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Patrick Belcourt : «Les législatives de 2019 ont été comme des éliminatoires qui ont révélé mon potentiel»

«Je dois maintenant chausser des crampons et continuer de m’entraîner en courant avec ceux qui ont été qualifiés… » C’est ce que nous confie Patrick Belcourt dans l’entretien qui suit. Celui qui, en novembre dernier, en était à sa première participation aux élections générales, et qui avait récolté 3 000 voix sous la bannière de Nou Repiblik, souhaite désormais explorer d’autres horizons…

Vous quittez Nou Repiblik… Pourquoi cette décision ? Le parti ne répond-il plus à vos idéologies ?

 

On parle souvent d’idéologie à Maurice, mais il me semble que c’est devenu une espèce de rougaille dans laquelle chacun met ce qu’il veut. Est-ce que j’ai une idéologie ? C’est vrai que j’essaie de promouvoir une certaine idée du développement que l’on qualifie de «développement intégré». C’est une manière de penser au bien-être intégral de tout un chacun, dans le cadre d’une société où nous devons songer au bien commun, avec le souci constant d’être en accord avec notre environnement.

 

Si on veut m’attribuer la responsabilité de cette idéologie où nous devons apprendre à raisonner de manière systémique et non parcellaire, alors je n’ai aucun mal à l’assumer. Mais, si on veut m’entraîner dans les catégories toutes faites de gauche, de droite et du centre, pour moi c’est «non merci». Maintenant, quand j’ai fini de vous expliquer mon orientation politique, je crois qu’on peut comprendre que les structures de Nou Repiblik ne vont pas me permettre d’aller davantage dans cette voie.

 

J’ai ma manière de concevoir l’action politique qui, pour moi, est un engagement. Je vous rappelle que j’ai quitté mes fonctions au sein d’une institution bancaire pour me consacrer à la politique. Je quitte mes camarades politiques sans aucune animosité, mais c’est clair que je n’ai pas prévu de me mettre en retrait en attendant les prochaines échéances électorales. Allons dire que les législatives de 2019 ont été comme des éliminatoires qui ont révélé mon potentiel. Si je veux être sérieux, je dois maintenant chausser des crampons et continuer à m’entraîner en courant avec ceux qui ont été qualifiés. Ce sont ceux-là que je dois affronter ; c’est important pour ceux qui croient en moi. Et, c’est comme cela que d’autres vont me suivre en considérant cette discipline que je m’impose à moi-même.

 

Ne pensez-vous pas que cela risque de décevoir ceux qui vous ont suivi, qui ont cru en vous et qui croient dans les valeurs que véhicule le parti ?

 

Ma décision, je l’ai prise justement pour ne pas décevoir ceux qui m’ont fait confiance. C’est plus réconfortant de se retrouver parmi ceux qui sont devenus des amis, mais il faut du courage pour s’élancer seul vers le grand large. Mais, voyez vous-même : si on laisse seulement ceux qui ont les grands bateaux aller vers le large, il ne faut pas s’étonner qu’ils ramènent les plus grosses prises. Je respecte ceux qui pêchent tranquillement dans le lagon, mais c’est clair qu’il faut que j’aille moi-même là où l’eau est profonde pour que d’autres puissent prendre confiance et venir avec moi pêcher dans ces eaux-là.

 

Ne pensez-vous pas que vous auriez pu continuer le travail commencé avec le parti et qui a convaincu/touché 3 000 personnes ?

 

Si c’était possible, j’aurais certainement continué. Je ne vous cache pas que c’est plus réconfortant de se retrouver avec des potes. Mais justement, quand 3 000 personnes vous font confiance, vous avez des devoirs envers eux. Ce ne sont pas des voix que je peux me permettre de rendre inaudibles durant cinq ans. Je ne suis pas là pour faire la leçon à quiconque, mais ma conscience ne me permet pas d’ignorer qu’il s’agit là d’une grande responsabilité.

 

Je vais vous faire un aveu : pendant que tout le monde me félicitait pour mon score et que chacun, bien légitimement, prenait un repos bien mérité après la campagne, mon équipe de campagne a mené un sondage auprès de 400 personnes au no 19. On se retrouve avec 85 % qui connaissent Patrick Belcourt qui vous disent que «c’est le type qui a quitté le monde de la finance pour faire de la politique». À l’opposé, j’ai 5 % qui disent connaître Nou Repiblik et qui pensent que c’est toujours un Think Tank et quelques autres qui pensent que j’appartiens à d’autres formations. Je veux bien entendre ceux qui diront que je suis aveuglé par ma performance, mais est-ce que je dois demeurer sourd à ces expressions de la réalité ? On me vante pour mes capacités d’écoute ; mais, il va falloir accepter que je puisse aussi me mettre à l’écoute de la base.

 

Avez-vous été déçu ? Espériez-vous plus que les 3 000 voix récoltées ?

 

Je suis allé rencontrer des aînés en politique qui m’ont prédit entre 1 000 et 1 200 voix. On m’a fait le calcul sur le scénario communal, sur le scénario de l’argent ; le meilleur pronostic que l’on m’a avancé, c’était 1 500 voix. J’ai fait le double ! Comment peut-on être déçu après cela ?

 

Je ne cache pas ma gratitude. Je suis profondément honoré qu’autant de personnes, malgré l’artillerie des gros partis, aient choisi de me faire confiance. C’est pour cela que je ne lâche pas l’affaire. Je n’ai pas le droit de leur faire ça. Comme je vous l’ai dit auparavant, je veux que les voix qui m’ont été confiées deviennent audibles.

J’entends rencontrer autant le gouvernement que l’opposition parlementaire ; je veux contribuer à une démocratie participative. Il ne faut pas laisser aux seuls élus l’exclusivité du débat public ; c’est ce qui nous maintient dans un rapport de forces constant et les Mauriciens sont pris au piège de la partisannerie politique. On n’imagine pas le mal que cela fait aux populations des quartiers vulnérables.

 

Je vous fais encore un aveu : j’ai rencontré cette semaine Arvin Boolell qui m’a reçu dans son bureau de leader de l’opposition. Je suis sensible à cet accueil et sensible aussi au symbole. Imaginez-vous : le leader de l’opposition reçoit au Parlement celui en qui il reconnaît la démocratie extra-parlementaire. Car, au cours de notre conversation, je lui ai bien précisé que c’est ce champ que je compte animer.

 

J’ai trouvé un aîné bienveillant et réceptif, un démocrate qui croit dans le débat contradictoire. Voilà ce que nous avons perdu dans nos traditions politiques et c’est essentiel pour notre pays. La campagne est finie maintenant, le débat politique devrait pouvoir être tenu sans qu’on soit à couteaux tirés. Si, au gouvernement, on souhaite me rencontrer, je répondrai positivement à l’invitation.

 

Est-ce que vous quittez Nou Repiblik pour rejoindre un grand parti ? Avez-vous été sollicité par le gouvernement pour un poste ?

 

S’il fallait rejoindre un grand parti, c’est avant les élections que je l’aurais fait. Quelques personnes me reprochent encore d’ailleurs de ne pas avoir accepté certaines propositions. Mais, comme vous pouvez le constater, ce n’est pas ainsi que j’envisage les choses. Pourquoi se voiler la face ? Nou Repiblik a été un vivier dans lequel les grands partis sont venus puiser. Que je rejoigne un grand parti ou le gouvernement n’est pas à l’agenda.

 

Comment s’annonce pour vous l’avenir ? Est-ce que vous êtes en projet de créer un parti ? Et pourquoi pensez-vous que votre avenir politique sera mieux qu’avec Nou Repiblik ?

 

Ce sera mieux parce que je crois qu’il faut incarner son message. Quand les gens me voient, ils se disent : cet homme fait ce qu’il dit ! C’est très important, et encore plus aujourd’hui quand la parole du politicien est mise en doute. Copier les idées, copier les solutions qui ont marché ailleurs sans même se soucier de la politique qui s’adaptent à nos réalités, ce n’est pas la façon de faire. J’ai mon approche personnelle, qui est à la fois flexible et ferme pour que nos différences ne nous divisent plus.

 


 

Bio express

 

Agé de 44 ans, Patrick Belcourt est le troisième d’une fratrie de cinq enfants. Son père était armurier et sa mère, femme au foyer. Il a grandi à Camp-Levieux, où se trouve d’ailleurs toujours la maison familiale. Il a fréquenté l’école primaire Notre-Dame-de-Lourdes et le collège St-Mary’s. Il a fait des études financières en France. Patrick Belcourt a aussi travaillé à Lyon, ville où il a rencontré son épouse Mariette. Il a passé quelques années dans le Midi, à Montpellier et à Pézenas. Il a travaillé pour une importante institution bancaire pendant quelques années avant qu’une autre banque française, ayant une branche à Maurice, ne le sollicite. Ensuite, c’est une banque mauricienne qui l’a recruté afin de s’occuper de la clientèle étrangère installée à Maurice ou à l’étranger. Il est père de trois enfants : François, 16 ans, Antoine, 12 ans, et Louis, 5 ans.