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Triple décès dans un accident | Varsha : «Je n’arrive pas à croire que trois membres de ma famille soient morts»

Seeta, Akshay et Priya ont succombé à leurs multiples blessures.

Une collision frontale et trois morts dans une même famille de Roches-Noires. Pour une raison encore inconnue, Akshay Heeramun a perdu la maîtrise de son véhicule, dans la soirée du 12 novembre, pour terminer sa course contre un pylône électrique. Il n’a pas survécu, ainsi que sa mère Seeta et sa belle-sœur Priya. Son grand frère Satyam, qui est aussi l’époux de cette dernière, est, lui, admis à l’unité des soins intensifs de l’hôpital de Flacq. Varsha, qui a perdu sa mère, un de ses deux frères et sa belle-sœur, témoigne de l’immense douleur de sa famille face à ce drame.

Elle semble écrasée de chagrin. Accablée par un désespoir inqualifiable tant il est immense. Varsha, vêtue d’un churidar blanc en signe de deuil, nage en plein cauchemar depuis quelques jours. Soit depuis qu’elle a perdu trois membres de sa famille d’un seul coup dans un accident. Dans la soirée du 12 novembre, vers 23h45, la voiture que conduisait son frère Akshay Heeramun, 24 ans, a fini sa course contre un pylône électrique en béton à Plaine-des-Roches, village voisin de celui où il habite : Roches-Noires. Il est mort sur le coup ainsi que sa mère Seeta, 62 ans, qui se trouvait sur le siège avant à côté de lui. Son grand frère Satyam, 38 ans, et sa belle-sœur Priya, 24 ans, qui étaient assis à l’arrière, ont été transportés d’urgence à l’hôpital de Flacq dans un état grave. Sur place, le décès de la jeune femme, maman d’une fillette de 3 ans, a hélas été constaté, alors que son époux a été admis à l’unité des soins intensifs. Son état est toujours critique.

 

Depuis, chez les Heeramun, la vie normale a laissé place au chaos, à l’incompréhension, à la tristesse, à l’angoisse et à l’impuissance qu’un tel traumatisme provoque dans les cœurs. Sous la salle verte aménagée à la va-vite dans la cour familiale, chacun essaie de panser ses plaies comme il peut en ce matin du jeudi 14 novembre, de trouver quelque chose à faire pour dissiper ne serait-ce qu’un peu cette sourde douleur qui l’étreint. Certains s’affairent à mettre un peu d’ordre dans la cour et à préparer les repas juste après qu’un religieux a fini la première hawan, soit la première des trois séances de prière hindoues qui se font après un décès.

 

La journée de la veille a été très dure pour Varsha et les autres membres de sa famille qui ont dû organiser trois funérailles à des heures différentes chez Subiraj Heeramun, un oncle, à Roches-Noires, pour rendre un dernier hommage aux disparus. À 15 heures, la dépouille de Seeta a quitté les lieux pour se rendre au crématoire de Piton. Une heure plus tard, c’est celle de Priya qui a été emmenée au crématoire de Laventure. Et à 17 heures, le corps d’Akshay a été transporté au crématoire de la localité. Que de larmes ont coulé, que de regrets ont été exprimés en ce jour de deuil qui s’étend aux autres jours qui passent.

 

Varsha, qui se fait la porte-parole de ses proches éplorés, tente tant bien que mal de reprendre ses esprits pour témoigner de leur état d’âme après cette tragédie. «Toute la famille est encore sous le choc. Nous peinons toujours à croire que ma mère, mon jeune frère et ma belle-sœur ne sont plus de ce monde. Nous prions tous pour que Satyam s’en sorte. Il est grièvement blessé à la tête. Il a également des fractures aux jambes», confie la jeune femme de 35 ans, maman de trois enfants. D’ailleurs, elle s’apprête à sortir pour aller rejoindre les siens à l’hôpital de Flacq. «Dokter inn fer apel fami zordi», lance-t-elle d’une faible voix, espérant de tout cœur une bonne nouvelle.

 

Des circonstances de l’accident, elle ne sait pas grand-chose, à part que la voiture se dirigeait vers Pamplemousses et qu’elle a heurté un pylône électrique à Plaine-des-Roches, le village voisin. «Zot ti pe al lopital. Mo gran frer ti malad. Zot dir mwa so latet ek so vant ti pe fermal me ena dimounn pe dir mo bann frer ti lager.» Elle n’en sait pas plus. Varsha explique qu’elle se trouvait chez elle, à Rivière-du-Rempart, ce soir-là, lorsqu’elle a reçu un inquiétant appel téléphonique. «On m’a demandé de venir chez ma mère tout de suite. Sur place, on m’a annoncé l’horrible nouvelle», lâche Varsha, la voix nouée par l’émotion. Son monde et celui de toute sa famille restante – elle a aussi une autre sœur – se sont effondrés.

 

Quelques heures plus tôt, dans l’après-midi du 12 septembre, elle avait rendu visite à sa mère et à ses frères, à l’occasion de Ganga Ashnan. «Je travaille comme employée de maison chez une famille à Roches-Noires. J’ai quitté mon travail un peu plus tôt ce jour-là pour venir rendre visite aux membres de ma famille. Je les ai tous vus vers 17 heures avant de rentrer chez moi. Ma mère m’a raconté qu’elle était également rentrée tôt après avoir travaillé sur la plage de Poste-Lafayette ce jour-là. Ils avaient tous fait leur prière du jour chacun de son côté. On n’avait rien prévu pour la fête Ganga Ashnan car on avait tous nos engagements professionnels.»

 

Seeta travaillait comme marchande de plage, son fils Akshay était employé dans un hôtel de la région et sa belle-fille Priya était, elle, femme au foyer. Elle travaillait toutefois à temps partiel comme représentante de produits cosmétiques pour aider son époux Satyam, un maçon, à faire bouillir la marmite. Akshay vivait au rez-de-chaussée avec sa mère, alors que Satyam vivait au premier étage avec son épouse – ils étaient mariés depuis six ans – et leur fille de 3 ans, Yeshna. D’ailleurs, le soir du drame, la petite l’a échappé belle car ses parents, au lieu de l’emmener avec eux, l’ont déposée chez ses grands-parents maternels qui habitent la même localité.

 

Les Heeramun n’ont maintenant qu’un souhait : que Satyam s’en sorte et qu’il leur revienne, surtout pour sa petite fille qui est maintenant orpheline de mère. «Nous prions tous pour qu’il se rétablisse rapidement», confie Varsha. Toute la famille mobilise donc toute l’énergie qu’il lui reste à prier et à espérer que le grand frère, seul rescapé de ce terrible drame, continue à vivre et pour longtemps. Ce serait comme un baume sur l’immense blessure de leur cœur.

 


 

Khamal Sujeewon, le père de Priya Heeramun : «Mo ti-zanfan pe res rod so mama ek so papa»

 

Bien qu’il pleure amèrement le départ soudain et tragique de sa fille Priya, il n’arrête pas de remercier Dieu d’avoir épargné la vie de sa petite-fille Yeshna, âgée de 3 ans. Khamal Sujeewon explique que Priya a déposé la fillette chez sa femme Kavita et lui avant de prendre la route le soir fatidique. «Zot ti pas kot mwa ver 22h45 par-la pou kit nou ti-zanfan ek nou avan zot al lopital. Mo tifi ti dir mwa ki so mari ti blese. Li ti pe amenn li lopital dan loto so frer. Seki monn aprann seki li ti diskit ek so frer. Mo ti trouv disan lor so linz kan mo ti sorti pou pran zanfan-la ek zot. Bondie kone kifer linn fer zot kit zot tifi isi», confie-t-il, partagé entre douleur et soulagement. Depuis ce jour-là, la petite, qui a fêté son troisième anniversaire le 11 novembre, soit la veille du drame, est avec ses grands-parents maternels et ignore tout du drame qui s’est joué et qui la prive de sa mère alors que son père est dans un état grave à l’hôpital. D’ailleurs, elle ne cesse de réclamer ses parents, nous dit son grand-père : «Mo ti-zanfan pe res rod so mama ek so papa. Nou pe bizin anbet li kan li rod zot. Erezman, ena plin zanfan pou zwe ek li. Mo madam Kavita ek mo mem ki pe okip li la. Mo garson osi la mem.» Khamal et sa famille prient également pour que Satyam se remette rapidement de ses blessures et que leur petite-fille puisse grandir aux côtés de son père.