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Patrimoine naturel et historique sous haute protection

Au chevet des îlots du Nord…

6 juin 2026

Au large de la pointe nord de Maurice, l’Îlot Gabriel et l’Île Plate apparaissent comme de véritables joyaux au milieu de l’océan. Derrière leurs plages de sable blanc et leurs eaux turquoise se cache pourtant une réalité moins connue du grand public : ces îles ainsi que le fameux Coin de Mire constituent aujourd’hui l’un des plus importants chantiers de conservation écologique du pays.

Il attire tous les regards. Ce petit fouquet sur la plage reste impassible aux touristes qui commencent à débarquer en masse sur la plage. Rien ne semble le perturber dans son bain de soleil de ce lundi matin pendant que ses congénères ainsi que des pailles-en-queues survolent le ciel comme un ballet bien répété pour le plus grand plaisir de tous ceux présents sur l’Îlot Gabriel. Pendant ce temps, une raie nage en toute quiétude dans le lagon turquoise. Ce petit oiseau et ce poisson particulier sont encore présents en ce lieu pour une raison particulière.

Depuis plusieurs décennies, les Forestry Services, la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), le National Parks and Conservation Service (NPCS) ainsi que plusieurs partenaires œuvrent à la préservation de ces espaces fragiles qui abritent une biodiversité exceptionnelle. Plantes endémiques rares, reptiles indigènes et colonies d’oiseaux marins y trouvent refuge dans un environnement unique. Pour les spécialistes, la protection de l’Îlot Gabriel, de l’Île Plate et du Coin de Mire passe avant tout par la lutte contre les espèces invasives. Des programmes d’élimination de plantes exotiques, de replantation d’espèces indigènes et de renforcement de la biosécurité sont progressivement mis en place afin de restaurer les écosystèmes originels. La reconstitution des forêts sèches côtières et la stabilisation des sols figurent également parmi les priorités.

«Aujourd'hui, nous faisons de notre mieux au niveau de la conservation des espèces sur les îles du Nord qui sont classées comme réserves», souligne Reza Ramjaun, Divisional Forestry Officer aux Forestry Services. Il rappelle que les efforts de conservation remontent aux années 1940, notamment en raison de l'importance historique et écologique de ces îles. Une décision majeure a été prise en 2015 avec l'interdiction pour les visiteurs d'apporter de la nourriture sur l’Îlot Gabriel et l’Île Plate. Cette mesure vise à limiter les risques liés à la présence de rats et autres espèces nuisibles. Selon Reza Ramjaun, les résultats sont déjà visibles. Plusieurs espèces végétales ont connu une régénération naturelle, notamment le célèbre baume de l'Île Plate, tandis que certaines populations d'oiseaux marins ont augmenté. La protection de l'avifaune constitue d'ailleurs l'un des axes majeurs du programme. Les pailles-en-queue et les fouquets, qui nichent parfois directement au sol, restent particulièrement vulnérables aux perturbations humaines. «Les visiteurs marchent sur les nids d'oiseaux et sur les jeunes plantes sans forcément s'en rendre compte», explique le Dr Vikash Tatayah, Conservation Director de la MWF.

Importance écologique

Selon lui, l'importance écologique des îles du Nord est comparable à celle des îlots du Sud. Il cite notamment les programmes de translocation d'espèces menés ces dernières années, comme l'introduction du boa sur le Coin de Mire, afin de renforcer les populations de certaines espèces menacées. Le travail de terrain se poursuit également grâce aux opérations de surveillance et de suivi scientifique. Deepak Ramjeeawon, Scientific Officer au NPCS, explique que des inventaires réguliers sont réalisés afin d'évaluer l'état des différentes espèces présentes sur les îlots. Le NPCS participe aussi à un programme de piégeage des rats à l'aide du système Good Nature Trap, financé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Mais au-delà de leur richesse naturelle, ces îles possèdent également une valeur patrimoniale considérable. L'Île Plate abrite notamment un phare datant du XIXe siècle, les vestiges d'une ancienne station de quarantaine ainsi que plusieurs sites liés à l'histoire de l'immigration et de la santé publique à Maurice. Les autorités souhaitent ainsi concilier conservation environnementale et mise en valeur de ce patrimoine historique unique.

La pression touristique demeure toutefois au cœur des préoccupations. Chaque année, l'Îlot Gabriel accueille de nombreux visiteurs attirés par son cadre idyllique. Pour limiter les impacts sur les habitats naturels, les barbecues y sont désormais interdits. «Les opérateurs touristiques doivent les faire à bord de leurs embarcations», explique Benny Henry, Assistant Education Officer à la MWF. Celui-ci souligne également qu'un vaste programme de sensibilisation a déjà permis de toucher plus de 2 500 personnes, incluant touristes, plaisanciers, pêcheurs et habitants des villages côtiers.

L'accès à ces espaces reste d'ailleurs strictement encadré. Sur l'Îlot Gabriel et l'Île Plate, le public est autorisé uniquement dans certaines zones de plage. D'autres îlots du Nord, comme l'Île Ronde, l'Île aux Serpents ou encore le Coin de Mire, sont totalement fermés au public afin de garantir la protection de leurs écosystèmes. Les autorités travaillent actuellement à l'élaboration d'un nouveau plan de gestion financé par le PNUD. Parmi les mesures envisagées figurent le renforcement de la surveillance environnementale, la protection des récifs coralliens, une meilleure gestion des visiteurs ainsi que l'installation éventuelle de clôtures sur certaines parties de l'Îlot Gabriel pour délimiter les zones sensibles. Dans un pays où les espaces naturels sont soumis à de nombreuses pressions, les îlots du Nord apparaissent aujourd'hui comme un laboratoire vivant de la conservation mauricienne. Un travail discret, souvent méconnu du grand public, mais essentiel pour préserver un patrimoine naturel et historique que les générations futures pourront encore découvrir et admirer.

Le Dr Vikash Tatayah, Reza Ramjaun, Benny Henry et Deepak Ramjeeawon.

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