C’était à prévoir depuis un moment. Lundi dernier 28 septembre, après une réunion du Petroleum Pricing Committee, les nouveaux prix de l’essence et du diesel étaient connus, avec une augmentation pour les deux : l’essence passe de Rs 70,65 à Rs 77,70 le litre, le diesel de Rs 71,25 à Rs 78,35. En première ligne, le ministre du Commerce et de la Protection des Consommateurs, Michael SikYuen qui s’est expliqué sur cette hausse dans les médias durant la semaine. Il parle donc de _«situation compliquée», «d’une hausse du cours de pétrole sur le marché mondial», «de pays qui veulent stopper leur exportation de gaziol». Bref, après tout ça, il faudra faire avec la situation, qui ne va pas manquer de s’empirer, puisque le ministre devait dire notamment «qu’une nouvelle hausse des prix n’est pas à écarter». L’Opposition n’y est pas allée de main morte, avec notamment cette déclaration de Pravind Jugnauth qui a fait son petit buzz. L’ex Premier ministre, qui sortait de son audition du CCID mardi dernier dans le cadre de l’enquête sur l’acquisition d’équipements d’écoute téléphonique durant son mandat devait déclarer : «Ki zot pa ti promet : landemin eleksyon ti pou bess pri lesans. C’est un gros mensonge qu’ils ont dit, maintenant le peuple paie ça au prix fort.»
Et bien sûr, tellement de secteurs vont y passer avec cet impact qui ne va pas épargner grand monde : transport, construction, consommation, prix dans les supermarchés, etc…Déjà, peu après l’annonce de l’augmentation des prix, la Central Electricity Board s’est fendu d’un communiqué qui n’annonce pas une augmentation de ses tarifs mais laisse entendre que l’évolution du Prix du Fioul Lourd, qui est l’une des sources principales de la production d’électricité à Maurice «_a des répercussions importantes sur les coûts de production de l’électricité du CEB.» _
De plus, plusieurs secteurs ont demandé à rencontrer le ministre Sik Yuen, comme l’Association des propriétaires de boulangeries, qui nous a confirmé qu’ils auront une rencontre avec le ministre durant la semaine à venir. Toute aussi concernée, la Taxi Proprietors Union devait aussi monter au créneau durant la semaine écoulée pour réclamer une aide financière au gouvernement.
Autant de secteurs concernés, et puis, il y a les consommateurs. Justement, l’Association des consommateurs de l’île Maurice, via son président Jayen Chellum, nous dira que «comme nous l’avons dit lors de notre dernière conférence de presse, nous réclamons la réduction des taxes prélevées par l’Etat. Si le gouvernement n’enlève que deux roupies sur les revenus sur les taxes, cela ne fera qu’une baisse d’environ 0.69% des revenus de l’Etat, ce qui est moins d’un 1%, peanuts» Jayen Chellum, qui souligne aussi que le coût des services liés directement ou indirectement aux prix des carburants comme le transport des marchandises risquent de prendre l’ascenseur «de façon exagérée vu que beaucoup de ces coûts ne sont pas contrôlés.»
Hier, le Fron Militan Progesis devait aussi poursuivre dans cette même direction lors de sa conférence de presse. Paul Bérenger devait dire :_ «le gouvernement ne fait pas ce qu’il faut faire afin que l’augmentation pa tap lor popilasion kouma li pe tape. Tout le monde sait qu’il y a toutes sortes de taxes qu’on aurait pu diminuer ou enlever. Mais il faut regarder les choses en face : cela affecterait le déficit budgétaire et la dette publique. C’est pour quoi cette question devrait être considérée dans le cadre du Budget de l’Etat par le ministre des Finances.» _
Cela pèse lourd, jusqu’à bien sûr atteindre les automobilistes. On en a parlé à deux qui font de longs trajets en voiture tous les jours, avec tout d’abord Kassendra qui habite à Curepipe, mais qui fait tous les jours tout un chemin pour aller bosser dans une école dans le Sud. Elle nous avoue que _«cette augmentation m’a bien énervé, et pas seulement pour le transport, car qui dit augmentation pour le carburant dit augmentation partout, réaction en chaîne ! Comment voulez-vous qu’on fasse dés économies avec tout ca, avec notre budget déjà serré qui devient encore plus serré ! Et j’avais même envisagé le transport en commun, mais cette fois-ci, c’est notre temps précieux qu’on perd, en plus de l’inconfort aux heures de pointe. Franchement, j’ai l’impression d’être dans un cercle où je n’arrive plus à avancer…C’est de la survie presque !» _
On a aussi parlé à une mère de famille, Jennita, de Vacoas, qui fait des va-et-vient entre le boulot, les enfants, les courses, comme tellement de mauriciens. Elle se dit bien déçue : «On a cru dans tout ce qu’ils disaient, qu’ils allaient rendre nos vies meilleures. On a voté, et maintenant on est déçus, même si le mot est faible. Ils ne se rendent pas compte que pour beaucoup, les trois quarts de notre salaire restant, en plus des dettes, va dans l’essence. Et en plus, ils savent que les mauriciens ont besoin du carburant dans leur quotidien, que beaucoup ne peuvent vivre sans, donc ils savent que nous serons obligés de payer le prix fort…»