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Bois Rouge

Bien plus qu’un village de passage

24 septembre 2026

Direction Bois-Rouge. La dernière fois que nous avions pris cette route, c’était pour une incursion sur les traces de la canne, avec un rendez-vous au Domaine de Mauricia. Cette fois, pas question de simplement traverser Bois-Rouge : on s’y arrête. Entre le Mahogany Shopping Promenade et le stade Anjalay, non loin de Pamplemousses, ce petit village vit à son rythme. Ici, les gens se connaissent, se saluent et prennent encore le temps de discuter. Et lorsqu’on pousse la porte d’un commerce ou que l’on s’arrête pour poser quelques questions, l’accueil vient naturellement. Une simplicité et une gentillesse qui nous accompagneront tout au long de notre balade.

Le 24 août dernier, Bois-Rouge a inauguré son nouveau complexe sportif, fruit d’une collaboration entre le ministère des Collectivités locales et Terragri Ltd. Doté d’un terrain de football et d’un espace dédié à la pétanque, le projet vise notamment à faciliter l’accès des enfants et des jeunes à des infrastructures sportives, tout en offrant aux habitants un nouveau lieu de rencontre et d’activités. D’autres aménagements devraient également venir compléter le complexe à l’avenir. Ceux qui y vivent depuis toujours, ceux qui y travaillent, mais aussi ces commerçants qui font parfois venir des clients des quatre coins de l’île dans ce petit bout du Nord... Nous sommes allés à leur rencontre pour parler de leur quotidien, de leurs souvenirs, de ce qu’ils aiment ici et de la manière dont ils voient leur village évoluer.

Le ministre des Collectivités locales, Ranjiv Woochit, lors de l’inauguration du nouveau complexe sportif, en présence de plusieurs représentants de la région et de Terragri Ltd.

Sur la route Royale, nous faisons une halte au Beni Restaurant, où Vanisha et Kishan Gopee nous réservent un accueil particulièrement chaleureux.Pour Vanisha, Bois-Rouge, c’est chez elle. Elle y a grandi, s’y est mariée et y vit toujours. Elle se souvient d’un village beaucoup plus retiré, qui s’est peu à peu transformé. «Avant, c’était vraiment tranquille et il n’y avait pas autant de facilités.» Avec l’arrivée de Mahogany Shopping Promenade, les nouveaux développements résidentiels et les nouvelles routes, elle a vu la région peu à peu changer. Cette évolution se ressent aussi au Beni Restaurant, un commerce familial ouvert il y a neuf ans. L’adresse attire aujourd’hui des clients venus parfois de loin, notamment de Mahébourg ou de Chemin-Grenier. Aux fourneaux depuis quatre ans, Vanisha mise surtout sur la cuisine mauricienne et les fruits de mer. Langoustes, camarons et poissons grillés figurent parmi les incontournables de la maison. Le nouveau complexe sportif est également bien accueilli. Vanisha aimerait toutefois que les enfants puissent bénéficier de davantage d’encadrement, avec, par exemple, un jardin d’enfants, une école de football ou des moniteurs pour les entraîner. Le couple pointe aussi un problème du quotidien : la circulation sur la route Royale. Avec le nombre croissant de véhicules, voitures et camions, notamment ceux transportant la canne, y roulent parfois vite. Pour eux, l’installation de ralentisseurs permettrait de sécuriser davantage. Ils souhaiteraient également des abribus mieux aménagés pour ceux qui dépendent des transports en commun.

Sur la route Royale de Bois-Rouge, la tabagie Kewlee & Son Shop fait partie du décor depuis 2013. Derrière le comptoir, nous rencontrons Sarika Munhurun. Voilà 30 ans qu’elle vit dans le village, où elle s’est installée après son mariage. À l’époque, Bois-Rouge était bien différent. «En face de chez nous, c’était encore des champs de canne.» Les maisons étaient peu nombreuses, tout comme les commerces. Elle se souvient notamment d’une coopérative et d’une boutique chinoise, aujourd’hui fermée. Puis, au fil des années, les habitations ont gagné du terrain et de nouveaux commerces ont ouvert. Malgré ces changements, Sarika retrouve toujours ce qui lui plaît à Bois-Rouge : le calme et la bonne entente entre les habitants. «Isi bien trankil, ena lape.» Elle accueille aussi favorablement le nouveau complexe sportif, surtout pour les jeunes qui manquaient, selon elle, d’activités dans le village. Il reste toutefois une facilité qu’elle aimerait voir arriver plus près des habitants : une pharmacie. La plus proche se trouve à Mahogany. «Enn farmasi dan landrwa, nou bizin sa. Sirtou aswar, kan pena transpor.»

Un peu plus loin sur la route Royale, non loin du Shivala, difficile de mettre une seule étiquette sur Bawol Supermarket. Supermarché, quincaillerie, bazar… on y trouve un peu de tout. À sa tête, Nanundan Bawol, qui connaît Bois-Rouge depuis son enfance. Né à Mapou, il s'est installé dans le village avec sa famille après le passage du cyclone Carol. À l’époque, le décor était bien différent. «Bois-Rouge était beaucoup moins développé.» Parmi ses souvenirs d’enfance, il y a ces trajets à pied jusqu’à Pamplemousses Government School. Depuis, il a vu le quartier changer au fil des années. En 2016, avec son épouse, Nanundan décide de transformer un bâtiment alors à l’abandon en commerce. «On a commencé petit à petit.» L’idée était simple : proposer un peu de tout afin d’éviter aux habitants de devoir systématiquement quitter le village pour leurs achats. Une proximité qui garde toute son utilité, selon lui, malgré l’arrivée de Mahogany et les nouvelles facilités dans les environs. Le nouveau complexe sportif représente pour lui une bonne chose pour Bois-Rouge. Mais lorsqu’on lui demande ce qui manque encore au village, Nanundan pense surtout aux aînés. Il aimerait voir naître un centre communautaire où ils pourraient se retrouver et participer à des activités.

En poursuivant notre balade, un petit bâtiment sans enseigne attire notre attention. Un habitué nous glisse alors : «Isi popiler pou so halim ek gato delwil dan tanto.» Il n’en fallait pas plus pour piquer notre curiosité. À l’intérieur, Nitish Soobhug nous accueille et, avant même de raconter l’histoire des lieux, il insiste : pour comprendre sa réputation, il faut d’abord goûter. Quelques instants plus tard, nous voilà avec un bol d’halim entre les mains. Difficile de refuser… et encore plus de regretter ! Ici, pas besoin de nom ni de grande enseigne. Le bouche-à-oreille a fait son travail et les habitués connaissent l’adresse sous le nom d’«Halim Pamplemousses». Une histoire qui remonte à une trentaine d’années et qui commence avec son père, Dramashdeo Dayanand, que beaucoup surnommaient Taker, et sa mère, Sooroojwanti, alias Sita. À ses débuts, son père vendait sur son tricycle, près de l’ancienne boutique coopérative. Petit à petit, le commerce familial a grandi avant de s’installer dans ce bâtiment. Après le décès de son père en 2018, Nitish, ingénieur en mécatronique de formation, reprend progressivement le flambeau. Il apprend les recettes familiales, modernise certaines méthodes de travail, mais veille à conserver les saveurs qui ont fait la réputation de l’adresse. L’halim reste l’une des vedettes, avec une particularité : la base est végétarienne et chacun peut ensuite choisir son accompagnement. À cela s’ajoutent les gâteaux piments, les boulettes de thon, le chana puri et autres petits gâteaux salés, sans oublier les plats proposés à l’heure du déjeuner, ainsi que le dipin tikka ou catless. Comme nous le font comprendre les clients croisés sur place, l’adresse est un petit passage obligé après le travail, le temps d’un encas avant le dîner. Et si «Halim Pamplemousses» continue d’attirer bien au-delà de Bois-Rouge, Nitish tient surtout à poursuivre ce que ses parents ont construit.

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