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Andriana Coutequel, maman de 26 ans, assassinée par son ex-compagnon

Déchirants adieux à une jeune femme très appréciée

L’émotion était à son comble à Cité Balance le vendredi 27 février, lors des funérailles d’Andriana Coutequel, 26 ans. Deux jours plus tôt, cette jeune maman a été arrachée à la vie, poignardée à plusieurs reprises par Mike Lapuante, 37 ans, de qui elle venait de se séparer. Récit des adieux d’une famille décimée, marquée à vie par une douleur que rien ne pourra atténuer.

Sous le ciel éclatant de Plaine-Magnien, en ce vendredi 27 février, le soleil brille de mille feux, mais ne réchauffe personne. À Cité Balance, au domicile de la famille Coutequel, c’est dans une douleur qui dépasse l’entendement que se sont réunis la famille et les amis d’Andriana, 26 ans, venus lui rendre un dernier hommage avant qu’elle ne rejoigne sa dernière demeure. La foule est immense ; tellement que le couloir menant à la pièce où est exposé son corps est devenu trop étroit. Pourtant, un silence pesant, presque assourdissant, règne, rompu uniquement par quelques sanglots étouffés. Personne n’arrive à trouver les mots face à une fin si injuste et brutale.

À l’intérieur, la fatigue peut se lire comme un livre ouvert sur le visage de Wendy, la mère de la défunte. Des patchs de Salonpas collées sur les tempes, elle semble vouloir contenir un mal de tête qui ne s’éteindra pas. D’une voix blanche, elle refuse, avec une politesse qui force le respect, de s’exprimer sur la mort tragique de sa fille unique car, dit-elle, «cela ne nous la ramènera pas. Pour l’instant, nous voulons faire notre deuil avant tout» ; des mots qui pèsent plus lourds que n’importe quel témoignage. Au milieu de la foule, un petit visage captive les regards : celui du fils d’Adriana, âgé de 6 ans. «Pov zanfan», entend-t-on murmurer parmi les proches présents, tellement attristés de le voir perdre sa mère à un âge où il ne devrait connaître que la chaleur de ses bras. Vêtu d’une chemise blanche et de sa plus belle paire de chaussures, il demande avec une naïveté toute enfantine à sa tante de le coiffer pour cette cérémonie dont il n’a pas vraiment l’air de comprendre le sens. Il pense sans doute que sa maman se repose, ignorant que ce sommeil-là ne connaîtra pas de réveil. D’ailleurs, personne ne semble vouloir le confronter à cette douloureuse réalité et tous tentent, par tous les moyens, de lui changer les idées.

Un silence trop pesant

Il est 10 heures lorsque le cercueil se referme sur le corps meurtri d’Andriana ; un moment déchirant où des hurlements de douleur brisent le mutisme d’un silence trop pesant. Puis, le cortège se dirige vers l’église Saint-Patrice, dans la localité, pour un dernier moment de recueillement. La cérémonie est marquée par le témoignage déchirant de Roxana, la cousine et confidente de la défunte. Elle est la seule à avoir pu trouver la force de prendre la parole, même si sa voix se brise dès qu’elle prononce ses premiers mots... et les derniers qu’elle adressera à sa sœur d'âme. Le cœur en morceaux, elle évoque la femme «gentille, populaire, généreuse et à l’écoute» qu’a été Adriana. «Li ti bien kontan so fami mem si li ti enn kote. Récemment, elle disait qu’elle voulait réunir tous ses cousins et cousines pour une sortie. Li ti toultan devan devan pou organiz tou fet.» Hélas, elle aura finalement réuni tous les membres de sa famille, mais autour de son corps sans vie, pour un ultime adieu. «Li ti touzour prezan, a lekout. Li pou mari mank mwa», pleure Roxana. «Pardonner», c’est ce qu’a demandé le prêtre à l’assistance, conscient de la colère qui anime l’entourage de la victime ; une sommation qui leur semble insupportable. «Même si les circonstances dans lesquelles elle a trouvé la mort ne sont pas normales, il faut pardonner», a-t-il répété à l’assistance. Mais pourront-ils vraiment pardonner l’horreur un jour ?

Sur les réseaux sociaux, une pluie d’hommages a été rendue à Andriana, les uns plus bouleversants que les autres. Ne contenant pas leur colère, leur tristesse et leur indignation, tous ceux l’ayant connue s’accordent à dire que cette jeune femme qui «respirait la joie de vivre ne méritait pas une fin aussi atroce». Cela semble difficile, voire impossible, pour la famille et les amis d’Adriana d’oublier ce qui lui est arrivé ce mercredi 25 février. Ce jour-là, elle était sur le point d’aller retrouver sa cousine Roxana lorsque Mike Lapuante, 37 ans, est venu la retrouver à la gare de Mahebourg ; cet homme à la réputation violente (voir hors-texte) dont elle venait de se séparer il y a quelques semaines. Roxana relate : «Mo kone mo kouzinn ti kontan li. Kitfwa li ti ena lespwar ki li ti pou sanze, ek se akoz sa li'nn al zwen li sa zour-la. Me sa boug-la ti enn zougader, tronper ek li ti pe bat fam. Se pou sa rezon-la ki li ti kit li.»

Mare de sang

Tous s’accordent à dire qu’il aurait planifié son coup puisqu’il l’a poignardée à plusieurs reprises avec un couteau qu’il avait déjà sur lui. Son forfait commis, il a pris la fuite, laissant la victime agoniser dans une mare de sang, le corps mutilé de plaies béantes, sous un abribus. Malgré les tentatives désespérées des témoins de la scène à lui porter secours, elle n’a pas survécu et s’est éteinte avec une lenteur cruelle en se vidant de son sang ; une scène atroce filmée par des badauds et partagée sur les réseaux. Son frère a, d’ailleurs, consigné une déposition au poste de police en ce sens. Andriana a été poignardée près de l’œil, à la joue et à l’avant- bras, mais l’autopsie pratiquée par les médecins légistes Ananda Sunnassee et Sheila Jankee-Parsad a conclu que c’est un coup que son meurtrier lui a porté au cœur qui a eu raison d’elle ; ce même cœur qu’elle lui avait autrefois offert. Le même jour, Mike Lapuante a été arrêté après qu’il s’est rendu au poste de police de Mahebourg. Hospitalisé après avoir tenté de mettre fin à ses jours, il comparaîtra devant le tribunal pour meurtre lorsque son état de santé le permettra.

Issue d’une fratrie de trois enfants (elle avait deux frères), Andriana a été mariée, avant de se séparer du père de son fils. Elle avait cru retrouver l’amour auprès de Mike Lapuante ; une relation que les membres de son entourage n’avaient jamais vu d’un bon œil. D’une jalousie maladive, il lui avait rendu la vie impossible. Il lui aura fallu du temps pour se rendre compte qu’il lui empoisonnait l’existence et ainsi mettre un terme à leur histoire, mais Mike Lapuante n’avait jamais voulu accepter cette séparation. Après qu’Andriana est retournée vivre chez sa mère, il n’a pas cessé de la harceler, allant jusqu’à menacer de se donner la mort si elle ne se remettait pas avec lui, confie sa cousine Roxana. Mais c’est sa vie à elle qu’il aura fini par arracher froidement, refusant de lui donner l’opportunité de retrouver le bonheur dans les bras d’un d’autre.

Nella, témoin de l’horreur : «Ti kapav sov lavi madam-la si lanbilans ti vinn vit»

Elle a été confrontée à l’impensable ce mardi-là. Nella, 40 ans, explique qu’elle parcourt chaque jour la gare routière de Mahébourg «pou tras lavi». C'est comme ça qu'elle a assisté à l’agression mortelle d’Andriana Coutequel. «Mo ti pe kas enn poz pre kot lagar. Ariv enn moman mo'nn dekale pou al aste enn per dal puri pou manze. Misie-la ek madam-la ti pe kas poz anba bistop pou al Kirpip. Mo'nn trouv zot pe maye. Ti boug-la ti pe pas lame lor latet madam-la pou dres so seve», raconte-t-elle, la voix tremblante.

Quelques instants plus tard, alors qu’elle revient sur les lieux, l’horreur se déploie sous ses yeux. «Mo ti pe marse pou revini kan mo'nn tann madam-la kriye. Zis apre sa mo trouv misie-la galoupe. Li ti fini pik madam-la. Apre mo trouv li anba. Ti ena enn ta zom ki ti deza la me personn pa ti pe le tous li. Zot ti pe per pou lev li», précise Nella. Une vidéo de cette scène glaçante a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. On y voit Nella tenter de prodiguer les premiers soins à Andriana Coutequel avant l’arrivée de la police.

Elle confie que la victime était encore consciente à ce moment-là. «Mo'nn rod lev li. Mo'nn dir li ouver so lizie pou get mwa. Se koumsa ki mo'nn trouv kot misie-la finn bles li. Li ti pik li kot so leker ek kot so lizie. Li ti koup so lalev ek so ponie ousi», se souvient-elle. La quadragénaire regrette le retard des secours. «Ti kapav sov lavi madam-la si lanbilans ti vinn vit sa zour-la. Bann sekour inn tro tarde», affirme-t-elle, bouleversée.

La ministre Arianne Navarre-Marie : «Pa ezite pou denonse pou sov enn lavi»

A l’issue de sa participation à la finale de la compétition Koz Pou Fam, organisée par son ministère à l’Alliance française de Bell-Village ce vendredi 27 février, Arianne Navarre-Marie s’est exprimée sur ce crime odieux. «Yer mo finn prezan a Plaine-Magnien pou rann li omaz. Se enn krim atros. Mo finn gagn lokazion rankontre lafami.» Bien qu’elle s’attriste des circonstances dans lesquelles Andriana Coutequel a trouvé la mort, elle souligne le fait que «ses proches avaient fait de leur mieux pour la sortir de cette relation. Zot ti tir li laba pou protez li». Hélas, cette séparation n’aura pas suffi à lui sauver la vie. Elle précise que le cas de cette jeune femme n’avait jamais été rapporté au ministère de l’Egalité des genres, mais lance un appel à la population pour qu’elle vienne de l’avant pour dénoncer les cas de violence. «Pa ezite pou denonse pou sov enn lavi. Nous avons une hotline, le 139. Nou bizin partaz sa linformasyon-la avek tou nou bann pros, nou bann konesans. Sa nimero 139 la kapav sov enn lavi.»

Mike Lapuante, un présumé meurtrier au parcours chaotique

Le présumé meurtrier d’Andriana Coutequel a été arrêté peu après le drame. Cet habitant de Belle-Mare a avoué les faits avant de faire valoir son droit au silence. Il fait l’objet d’une charge provisoire de «murder».

Dans la soirée du jeudi 26 février, Mike Lapuante a été retrouvé insconscient dans la salle de bains du poste de police où il était détenu après avoir tenté de mettre fin à ses jours par pendaison. Il a ensuite été admis en soins intensifs à l’hôpital de Rose-Belle. Selon les dernières informations, il est hors de danger et a été transféré en salle.

Avant son arrestation pour meurtre, Mike Lapuante était déjà fiché à la police comme Habitual Criminal pour plusieurs délits de vol et d’agression. Il a commencé à avoir des démêlés avec la justice dès l’âge de 16 ans. D'ailleurs, à Belle-Mare, il est connu comme «enn gran lagel disan so», traînant une réputation de violence depuis son adolescence. Une source policière confie toutefois qu’il se tenait à carreau depuis plusieurs années. «Li ti aret met call depi 2012.» Mais ce mercredi 25 février, il aurait choisi d'enlever la vie d'Adriana, ne supportant pas leur récente rupture.

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