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Cancer à Maurice

Des chiffres qui alarment, une prévention qui reste en retard

13 octobre 2026

Installé en Europe depuis plus de 30 ans, Balram Dyal n’a jamais oublié Maurice. Survivant d’un cancer et devenu patient expert, il transforme les épreuves de la maladie et la perte de proches en un engagement pour les patients. À travers son témoignage que vous pouvez retrouver dans la version papier de votre journal et cet article, il alerte sur les failles du système de santé mauricien et plaide pour une prise en charge plus humaine, fondée sur l’écoute, le dialogue et le respect.

Chaque mois, des centaines de familles reçoivent le même coup de téléphone. Entre 250 et 300 nouveaux cas de cancer sont détectés chaque mois à Maurice, soit environ 3 500 nouveaux cas par an. En 2024, le pays a enregistré 3 362 nouveaux cas, soit une hausse de 18 % par rapport à 2023. Ce sont des chiffres donnés par le ministère de la Santé lui-même.

Derrière chaque statistique, il y a une mère, un père, un voisin, un collègue. Le cancer n'est plus «la maladie des autres». Il est entré dans chaque maison, dans chaque village, dans chaque famille. Le mal progresse depuis 20 ans

Ce n'est pas nouveau - et c'est justement ça le problème. En 2001, le pays comptait environ 1 394 cas de cancer par an. En 2023, ce chiffre avait plus que doublé pour atteindre 2 841 cas. Et la montée continue.

Chez les femmes, le cancer du sein arrive en tête, très loin devant les autres. Chez les hommes, ce sont les cancers de la prostate, du côlon-rectum et du poumon qui frappent le plus. La prévention ne suit pas

Face à cette vague, que fait-on ? Pas assez. C'est le constat amer de nombreux professionnels de santé et d'associations. • Le dépistage arrive trop tard. Beaucoup de patients apprennent leur maladie à un stade avancé, quand les chances de guérison sont déjà réduites. • Les campagnes de sensibilisation sont trop timides. Une affiche par-ci, une journée de communication par-là - pendant que les cas augmentent de 18 % en un an. • Le système est à genoux. Le pays compte trop peu de spécialistes. À titre d'exemple, il n'y aurait que deux pathologistes pour tous les hôpitaux publics, ce qui oblige à envoyer des analyses à l'étranger et fait perdre un temps précieux. • On compte les malades, mais on ne cherche pas assez les causes. Peu d'études sérieuses, cas par cas : modes de vie, alimentation, environnement, zones géographiques. On enregistre les décès sans assez chercher le «pourquoi».

Pourtant, on peut agir. La bonne nouvelle, c'est qu'une grande partie des cancers peut être évitée ou guérie si on les détecte tôt. Le tabac, l'alcool, la mauvaise alimentation et le manque d'activité physique sont des facteurs connus. Le dépistage régulier - sein, col de l'utérus, côlon, prostate - sauve des vies, tous les jours, ailleurs comme ici.

Ce qu'il faut, c'est : • Une vraie politique de dépistage accessible à tous, partout dans l'île, y compris à Rodrigues. • Des campagnes de sensibilisation simples et répétées, en créole aussi, pour que tout le monde comprenne. • Plus de spécialistes et d'équipements dans les hôpitaux publics, pour que personne n'attende des mois un diagnostic. • Des études sérieuses sur les causes, pour comprendre pourquoi l'île compte autant de cas.

Octobre Rose : l'occasion de passer des paroles aux actes

Nous sommes en octobre, le mois de l'Octobre Rose, la grande mobilisation mondiale contre le cancer du sein. Je fais partie de l'association française «Patients en Réseau», qui accompagne les patients concernés par les cancers du sein, gynécologiques, du poumon et colorectal. En Europe, ce mois est marqué par des campagnes de grande envergure, des consultations de dépistage ouvertes à tous et une vraie médiatisation.

Et à Maurice ? Chez les femmes, le cancer du sein est de loin le premier cancer. Que fait-on, concrètement, durant ce mois d'octobre ? Un ruban rose sur les réseaux sociaux ne suffit pas.

Octobre Rose devrait être, chez nous aussi, le mois du dépistage : des brigades mobiles dans les villages, des consultations dédiées dans les régions les plus reculées, des messages de sensibilisation en créole à la radio et à la télévision. C'est une occasion unique, chaque année, de rattraper notre retard, à condition de s'en saisir vraiment.

Un appel à tous

Au gouvernement : le temps des discours est passé. Les chiffres de 2024 exigent un plan d'urgence, avec des moyens concrets. À chacun de nous : ne négligez pas votre santé. Un dépistage fait à temps peut vous sauver la vie. Parlez-en à votre famille, à vos proches, encouragez-les à se faire examiner. Le cancer ne fait pas de distinction de classe, de communauté ou d'âge. Seule la détection précoce fait la différence entre la vie et la mort. Agissons avant qu'il ne soit trop tard.

Sources : Registre national du cancer de Maurice (rapports 2023 et 2024), ministère de la Santé et du Bien-être, African Cancer Registry Network, OMS.

**Par Balram Dyal **— Patient, membre de l'association «Patients en Réseau» (France)

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