Le vernis craquèle… encore. Les finitions lisses servies pour les célébrations du 12 mars ne seraient qu’apparence. C’est ce qu’a laissé entendre le vice-Premier ministre et leader du MMM, Paul Bérenger, cette semaine. D’abord, à l’issue du Comité central du MMM : «Apre le 12 mars, li kler ki pou ena bann desizion difisil ki pou bizin pran.» Ensuite, le chef de file des Mauves aurait évoqué sa démission lors du bureau politique du parti, le 9 mars.
Dans son message à la nation, le Premier ministre Navin Ramgoolam a, lui, appelé à resserrer les rangs face aux défis auxquels le pays est confronté. La rentrée parlementaire, prévue pour ce mardi 17 mars, permettra de jauger les alliances et les mésalliances. Néanmoins, il est déjà palpable qu’au sein du MMM, les déclarations de Paul Bérenger divisent.
D'autant, estime un membre du parti, que ceux.celles qui ne font pas partie de la garde rapprochée du chef de file des Mauves sont maintenus.es dans le brouillard : «On apprend des choses par les journaux. C’est vraiment dommage. Surtout que nous avons toujours été fidèles aux valeurs du parti.» Il comprend l’engagement de son leader, dit-il, son besoin de transparence et de rigueur. Il le suit sur ses positionnements sur des dossiers sensibles comme Air Mauritius. Mais notre interlocuteur ne saisit pas ce besoin de «menacer» : «On ne va pas me faire croire que Paul Bérenger ne savait pas de quel bois est fait Navin Ramgoolam. Il ne pourra pas le changer. Il doit s’adapter et travailler dans l’intérêt de la population.»
Le fond semble faire l’unanimité au sein des Mauves. C’est la forme qui poserait, donc, problème. Et ça, le leader du MMM n’est pas prêt à l’entendre. C’est ce que laisse entendre un ancien du parti, resté très proches de ses anciens kamarad : «Il y a une tentative de modifier le rapport de force au sein du Bureau politique, car ceux qui s’opposent aux coups d’éclats de Paul Bérenger semblent être plus nombreux.» Des tensions internes, qui ne sont pas récentes au sein du parti, créent de nouvelles fissures qui, pour l’instant, ne semblent pas menacer pour autant la structure du MMM : «Je reste persuadé qu’il y a, au final, une majorité de militants qui souhaitent poursuivre le travail au sein du gouvernement.»
Si des rumeurs circulent concernant la démission de certains députés, dont des ministres, rien n’est acté pour l’instant, rassure-t-on du côté des Mauves. Tout devrait dépendre des actions futures du leader… ou pas. Désormais, et pour une nouvelle saison, c’est le temps des rencontres en mode damage control d’émissaires venus des rangs du MMM et du PTr. L’objectif est de montrer un front uni lors de la rentrée parlementaire. Du côté des Rouges, ce nouvel épisode reste en travers de la gorge mais se vit moins dramatiquement. Surtout qu’il serait entendu que si Paul Bérenger démissionne, il le fera presque seul : «Nous sommes en contact avec nos amis du MMM et ils nous ont fait comprendre qu’ils sont solidaires avec le gouvernement», confie un membre du PTr.
Les Rouges estiment, donc, qu’il n’y aurait pas de grand chamboulement à prévoir avec le départ de Paul Bérenger, même s’il est suivi de deux ou trois élus.es. Au MMM, cette sérénité affichée par les Rouges n’est pas à l’ordre du jour. Car la décision de Paul Bérenger affectera le cœur du parti, avec des répercussions qui ne sont pas quantifiables, selon un membre du Comité central mauve : «Certains estiment qu’il faut laisser notre leader prendre sa décision et l’accepter. Néanmoins, j’estime que s’il quitte le gouvernement, ce sera un tsunami pour nous.» Il craint que ce ne soit pas que le vernis qui s’écaille pour les Mauves…