Sa coupe à la garçonne a marqué les esprits avant même que la couronne ne se pose sur sa tête. Avec ses cheveux courts, son allure élancée et son regard pétillant, Ève Gilles n’a jamais ressemblé aux Miss France formatées par les clichés. Et c’est peut-être justement pour cela qu’elle ne laisse personne indifférent.
Élue Miss Nord-Pas-de-Calais en octobre 2023, la jeune femme, alors âgée de 20 ans, décroche quelques semaines plus tard le titre de Miss France 2024, le 16 décembre, au Zénith de Dijon. Elle devient ainsi la quatrième représentante du Nord-Pas-de-Calais à décrocher la couronne, après Camille Cerf, Iris Mittenaere et Maëva Coucke.
Mais son sacre fait rapidement autant parler que sa silhouette. Première Miss France à arborer une coupe courte, Ève Gilles assume cette différence comme une déclaration : la féminité n’aurait pas une seule longueur de cheveux, ni une seule silhouette. «Personne ne doit vous dicter qui vous êtes», lance-t-elle alors, revendiquant une vision plus diverse de la beauté. Sur les réseaux sociaux, pourtant, les compliments se mêlent aux attaques. Ses cheveux sont jugés trop courts, son corps trop mince, sa poitrine pas assez généreuse. Les internautes se lâchent avec du body shaming et des commentaires haineux. Une pluie de critiques qui transforme rapidement le rêve de la couronne en épreuve personnelle.
Ève Gilles ne cache pas avoir été touchée par le déferlement de haine contre elle. «Les mots et le body shaming que j’ai pu subir m’ont blessée», confie-t-elle, expliquant que le soutien de ses proches l’a aidée à rebondir. Quant aux critiques sur son poids, elle répond avec une simplicité désarmante : son corps est ainsi, elle mange normalement et n’a pas l’intention de se transformer pour satisfaire les internautes. Face à la haine, elle choisit donc de ne pas courber l’échine. Mieux : elle transforme les attaques en combat. Durant son règne, elle s’engage notamment contre le harcèlement et le cyberharcèlement, devenant ambassadrice de l’association e-Enfance/3018.
Car derrière les paillettes, les robes et les flashes, Ève Gilles raconte une réalité beaucoup moins glamour : celle d’une jeune femme scrutée, commentée, jugée jusque dans les moindres détails de son apparence. Une violence qui l’a poussée à prendre la parole. Sa réponse à la haine ? Continuer d’avancer. Et peut-être offrir, à son tour, une autre définition de la beauté : celle qui ne demande pas la permission pour être différente. Une couronne, finalement, peut aussi servir à briser les codes.
Mais même sa vie privée n’échappe pas aux projecteurs. Depuis que sa relation avec Simon Favier, de 19 ans son aîné, a été révélée, Ève Gilles essuie de nouvelles critiques. Une différence d’âge devenue prétexte aux jugements et commentaires en ligne. Face à cette intrusion, la Miss France 2024 défend son couple et rappelle une évidence : sa vie amoureuse lui appartient. Au fil des épreuves, Ève Gilles a ainsi appris à transformer les critiques en carburant. Car malgré tout ce qu'elle a subi, elle avance, tête haute, avec cette détermination tranquille de celles qui refusent de laisser les autres écrire leur histoire.
Depuis son sacre de Miss France 2024, la jeune Nordiste n’a cessé ainsi de surprendre. Avec son style loin des standards parfois figés des concours de beauté : tout chez elle a été commenté. Mais plutôt que de se laisser enfermer dans le bruit des réseaux sociaux, Ève Gilles a choisi d’avancer. Et de foncer. En 2025, elle accepte un nouveau défi : Danse avec les Stars. Sur le parquet de TF1, elle abandonne la panoplie de Miss pour révéler une autre facette de sa personnalité. Plus spontanée, travailleuse, compétitrice, elle se lance corps et âme dans l’aventure aux côtés de son partenaire Nino Mosa. Éliminée en huitième position, elle aura surtout gagné autre chose : une nouvelle image, celle d’une jeune femme qui ose, qui apprend, qui tombe parfois... mais se relève toujours.
Singulière

Puis est venu le grand défi international. En juillet 2026, la jeune femme représente la France au concours Miss Supranational, organisé à Nowy Sącz, en Pologne. Et là encore, elle frappe fort. Dès les étapes préliminaires, elle se fait remarquer et décroche notamment le titre de Miss Photogénique. Le 31 juillet, face à 67 candidates, elle réalise une performance historique : première dauphine de Miss Supranational 2026, juste derrière la Philippine Katrina Llegado. Jamais une Française n’avait atteint une telle place dans cette compétition. Et le symbole est savoureux. Ce que certains avaient présenté comme ses «faiblesses» – ses cheveux courts, sa silhouette longiligne, son allure singulière – devient précisément ce qui lui permet de se distinguer sur la scène internationale.
Ève Gilles n’a donc pas changé pour plaire. Elle a persisté pour s’affirmer. Sa revanche n’est pas celle d’une femme qui cherche à faire taire ses détracteurs, mais celle d’une jeune femme qui leur répond par les actes. Et cette force de caractère frappe tous ceux qui ont eu l'occasion de la côtoyer.
Le Mauricien Bernard Charles en fait partie. «Je suis pâtissier-chocolatier, plus tourné aujourd'hui vers la chocolaterie. C'est lors du Salon du chocolat à Paris que j'ai rencontré Ève Gilles. J'ai plusieurs fois participé à ce genre d'événement. Il s'agit d'une collaboration avec un designer, une mannequin et un chef. En 2023, j'ai fait le salon en France ; le rêve de tous chocolatiers, parce qu'il est question de la crème de la crème avec des chefs connus. J'y étais pour représenter le Moyen-Orient. Le défilé se passe sur six jours. J'avais préparé cette participation avec une designer de l'école ESMOD à Dubaï. Il fallait faire une robe qui représente le Moyen-Orient. On a donc fait une robe avec, bien évidemment, du chocolat, une cape et avec des mots en arabe. On était vers fin octobre-début novembre, et l'élection pour couronner la Miss France allait avoir lieu en décembre. Je ne savais pas qui allait porter la robe qu'on avait imaginée jusqu'au moment où on a annoncé que notre création allait être portée par Miss Nord-Pas-de-Calais. Elle est venue, elle a regardé la robe et elle a porté la robe.»
Tout de suite, notre compatriote a vu qu'Ève Gilles avait, quelque chose. «Ce n'est pas parce qu'elle est devenue Miss France que je dis ça. Elle dégageait une aura. Elle a une façon de faire, une façon de marcher qui la différencie des autres. Elle a quelque chose de spécial. J'ai rencontré une personne d'une très grande gentillesse et de très humble. Notre collaboration s'est très bien passée. C'était un très beau moment. C'était mon rêve de faire le salon à Paris et le faire avec Ève Gilles qui allait devenir Miss France quelques semaines plus tard, était quelque chose. On a discuté un peu. Elle a accepté de faire une photo avec notre équipe. Sa simplicité m'a marqué et reste gravée dans ma mémoire», conclut Bernard Charles qui salue le professionnalisme d'une Miss avec une belle personnalité...
