Publicité

Meeting du MSM à Flacq

Flacq, premier test de la reconquête de Pravind Jugnauth

25 juillet 2026

Pravind Jugnauth lors de la campagne électorale de 2024.

À Flacq, Pravind Jugnauth joue son premier grand test depuis le 60-0 : celui de la remobilisation d’un électorat orange encore meurtri.

Mobiliser. Convaincre à nouveau. Le MSM repart à la conquête de son électorat… en commençant par un rendez-vous régional. À Flacq, le mercredi 29 juillet, le parti orange tiendra son premier grand rassemblement depuis la défaite historique du 60-0 aux législatives de 2024. Dans un contexte marqué par les critiques contre certaines décisions du gouvernement, ce meeting prend des allures de premier test grandeur nature pour Pravind Jugnauth et son équipe. Une première étape d’une opération de reconquête que les organisateurs placent sous le signe du mécontentement populaire. Ils évoquent «l’impopularité grandissante du gouvernement» et «le ras-le-bol de la population», tout en affichant leur ambition de réunir «enn gran lafoul».

Deux ans après avoir quitté le pouvoir, Pravind Jugnauth retrouvera ainsi la scène publique pour tenter de renouer avec sa base. Un retour qui intervient dans un climat politique animé marqué par les convocations de dirigeants du MSM par la Financial Crimes Commission (FCC) dans le cadre de l’enquête sur l’affaire Mercantile & Maritime Co. Ltd. En fin de semaine, l’ancien ministre des TIC, Deepak Balgobin, a également été entendu au *Central CID *dans une autre affaire. Une séquence que certains responsables du MSM considèrent comme troublante. «C’est la Gestapo !» a lancé l’ancien ministre Maneesh Gobin (voir hors-texte).

Le retour du leader du MSM est hautement symbolique pour Kamini Arnachellum. Elle est engagée depuis de nombreuses années dans la vie politique de sa localité et elle estime que nombreux sont ceux qui attendaient le retour de Pravind Jugnauth au-devant de la scène : «Il a toujours honoré ses engagements envers la population et j’ai confiance en son leadership.» Habitante du nord de l’île, elle fera la route jusqu’à Flacq ce mercredi : «Il est essentiel d’assister à ce meeting afin d’entendre directement les projets et les propositions du parti pour bâtir une meilleure île Maurice.» Pour elle, pas de doute, le MSM a mené le pays vers une nouvelle ère : «Mon soutien au MSM repose principalement sur les politiques, les projets et les réalisations du parti au cours de ses précédents mandats, qui ont, selon moi, largement bénéficié à Maurice et ce, malgré les difficultés engendrées par la pandémie de Covid-19.»

Stéphane sera aussi de la partie. La politique d’austérité prônée par le gouvernement mené par Navin Ramgoolam ne convient pas à sa vision de l’avenir, dit-il : «Je ne suis pas un die-hard MSM, mais, aujourd’hui, j’ai de quoi comparer. Et ce que je vois ne me plait pas. Je n’ai que 28 ans mais je suis touché par ce qu’on fait de la pension quand je pense à mes parents. J’ose dire que c’est un crime contre notre humanité.» Il n’a pas oublié, dit-il, les épisodes de Missie Moustass, l’impression de «vivre en autocratie» et les «mesures liberticides» du précédent régime. Néanmoins, il retient une chose : *«Le dernier gouvernement était le plus socialiste qu’on ait eu. Et ce sont des valeurs qui me parlent.» *

Comme beaucoup de jeunes, il a voté contre le MSM en 2024. Aujourd’hui, il dit vouloir écouter avant de juger. Le terreau est fertile pour voir refleurir des fleurs mises de côté : «Surtout après la désillusion post-2024.» Il est «ouvert d’esprit» : «Je veux entendre ce que Pravind Jugnauth a à dire. Il est encore capable d’apprendre de ses erreurs.» Alors, il est prêt à se laisser convaincre. Et le MSM est dans les starting-blocks pour tenter d’y parvenir.

Mais si le parti de Pravind Jugnauth espère capitaliser sur le mécontentement suscité par certaines réformes, l’Alliance du Changement continue de défendre ses mesures budgétaires comme des décisions difficiles, mais nécessaires, pour redresser des finances publiques qu’elle estime avoir héritées dans un état préoccupant après le dernier mandat du MSM… Entre le souvenir du précédent gouvernement et le discours de redressement défendu par l’actuelle majorité, le débat reste ouvert. À Flacq, le MSM tentera de mesurer si la page de 2024 peut déjà commencer à se tourner.

Là ou pas là ?

Les alliés d’hier feront-ils partie de ce come-back ? Du côté du Mouvman Liberater mené par Ivan Collendaveloo, on assure qu’aucune décision n’a été prise pour l’instant. Le Mouvman Patriotik d’Alan Gannoo a affiché ses couleurs, il y a quelques jours, en provoquant la surprise sur l’estrade du Reform Party. Tania Diolle, elle, ne sera pas à Flacq. Elle a lancé son parti politique, Repiblik Sitwayen Popiler, a participé aux municipales, et se concentre sur le travail de terrain : «Je ne suis plus en relation avec le MSM. Nous travaillons sur nous-mêmes. Il n’est pas question d’alliance.» Sandra Mayotte ne fera pas partie des personnes présentes au meeting, non plus : «Je suis en vacances ! J’ai pris mes distances de la politique depuis deux ans.» Et la Plateforme Militante ? C’est Dominique Soopramanien, le secrétaire général, qui précise la position du parti mené par Steven Obeegadoo : «Nous avons appris pour ce meeting à travers les médias. Nous avons de bonnes relations avec les alliés de l’alliance à laquelle nous avons appartenu. Depuis les dernières élections, nous avons décidé de travailler chacun de notre côté. Pour le moment, c’est ce que nous faisons. C’est un meeting régional du MSM afin de relancer ses activés ; c’est un événement de parti. Nous ne sommes pas invités. Nous leur souhaitons tout le succès. Nos amis dans la région peuvent bien sûr aller écouter les discours.»

Enquête de la FCC, interrogatoire : chronologie «troublante», soupçons et bataille politique

Un kari-melanz ! L’enquête de la Financial Crimes Commission (FCC) sur l’attribution, en 2023, du contrat d’approvisionnement en produits pétroliers de la State Trading Corporation (STC) à Mercantile & Maritime Co. Ltd. continue d’alimenter les débats. Alors que la FCC assure que ses investigations sont menées en toute indépendance, plusieurs figures du MSM s’interrogent sur le timing des récents événements…surtout après l’annonce du meeting des Oranges.

L’ancien ministre Maneesh Gobin met en avant une chronologie qu’il juge troublante : «*Le samedi 18 juillet, une réunion au Sun Trust décide de l’organisation du grand meeting à Flacq et confirme la date du 29 juillet. Le lundi 20 juillet, la FCC expédie par voie express les convocations au leader et à la secrétaire générale du MSM. C’est la Gestapo !» *

Deepak Balgobin, convoqué au Central CID en fin de semaine, concernant une loi passée au Parlement alors qu’il était ministre des TICs, s’interroge également sur le calendrier de ce rendez-vous aux Casernes : «Par respect pour l’enquête, je ne ferai aucun commentaire sur ce sujet. Mais je trouve que c’est une drôle de coïncidence que, quelques jours avant le meeting dans la circonscription n°9, où mes camarades et moi organisons les activités, je reçoive soudainement une convocation. Je laisse la population tirer ses conclusions.» Poursuivant dans le même sens, il ajoute : *«Pourquoi m’appeler aujourd’hui, quelques jours avant le meeting pour venir donner des explications ? Vous êtes assez intelligents, assez éclairés pour tirer vos propres conclusions.» *

Cette semaine a été riche en communications officielles. Dans un premier communiqué, la FCC a fermement rejeté les accusations de motivations politiques. Elle affirme que les convocations de l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth et d’autres protagonistes «découlent uniquement de l’évolution de l’enquête» et rappelle que sa mission consiste à faire la lumière sur les circonstances ayant conduit à l’octroi du contrat pétrolier.

La controverse s’est toutefois amplifiée lorsque des informations concernant les interrogatoires à venir ont été publiées avant même que les personnes concernées ne soient entendues. Dans un communiqué, le MSM s’est interrogé sur ces fuites présumées et a demandé si l’enquête est «menée dans le respect des procédures ou s’il s’agit d’une opération destinée à orienter l’opinion publique». Le parti réclame également des explications de la FCC sur l’origine de ces informations, estimant qu’«une communication sélective» ne devrait pas entourer des enquêtes en cours.

Publicité