Le Parlement reprend, les attentes aussi... Car avec la rentrée parlementaire, sonne l’heure des comptes et des actions. Après près d’un mois de vacances, l’hémicycle rouvre donc ses portes ce mardi 1er septembre, avec une nouvelle configuration : Chetan Baboolall, qui dirige le principal groupe de l’opposition, le Fron Militan Progresis (FMP), au Parlement, assurera le rôle de leader de l’opposition, Joanna Bérenger coordonnera, pour sa part, les actions de l’opposition en tant que Whip de l’opposition, alors que la présidence du Public Accounts Committee (PAC) sera assurée par Joe Lesjongard, qui supervisera ainsi l’examen des dépenses publiques et les rapports de l’Audit.
Selon un nouvel agencement des bancs, les trois élus du FMP – Chetan Baboolall, Joanna Bérenger et Paul Bérenger – seront au premier rang, Joe Lesjongard et Adrien Duval devraient s’installer juste derrière eux et Franco Quirin devrait conserver sa place. Au menu de cette grande rentrée : des dossiers brûlants qui rythment la vie des Mauriciens en ce moment, des sujets polémiques et autres scandales qui font couler beaucoup d’encre et des actualités qui ne manqueront certainement pas d’agiter l’Assemblée nationale.
Sur les 80 questions inscrites au programme de la séance du mardi 1er septembre, 27 seront adressées au Premier ministre Navin Ramgoolam. À l’agenda de la reprise : des interrogations sur l’eau, la sécurité routière, la santé et la gouvernance économique, entre autres. Ainsi, la Whip de l’opposition Joanna Bérenger réclamera un état des lieux des projets d’investissement de Rs 649,7 milliards déclarés par l’Economic Development Board. Anil Bachoo, le ministre de la Santé, sera interrogé par le député Arvin Babajee sur le programme de substitution à la méthadone, le député Raviraj Beechook s’intéressera au bilan du Mauritius Film Rebate Scheme et Ashley Ramdass questionnera le ministre de l’Énergie, Patrick Assirvaden, sur le coût des projets censés résoudre les coupures d’eau récurrentes, entre autres.
Avec cette rentrée qui approche à grands pas, il va sans dire que les députés des deux camps affûtent leurs armes, sont gonflés à bloc et disent tous être sur le pied de guerre. On le sait, entre les questions, les absences de réponses ou celles qui ne convainquent pas toujours, au Parlement, il est aussi souvent question de brouhaha, d’attaques personnelles, entre autres remarques et commentaires pour tenter de déstabiliser son adversaire.
Une petite prise de température dans les deux camps confirme qu’ils sont tous chauds bouillants. Pour Joanna Bérenger, Whip de l’opposition, le fighting mood est bel et bien présent. «On s’apprête à reprendre le chemin du Parlement avec le même sérieux et l’espoir que les questions seront répondues intégralement, avec davantage de clarté, de précision, dans l’intérêt de la population et de notre démocratie, parce que durant la dernière session on a réalisé que les réponses étaient souvent approximatives, inexactes et incomplètes. Et de nombreuses questions non répondues à l’oral sont d’ailleurs encore sans réponses écrites», nous déclare une Joanna Bérenger très motivée. Les projecteurs seront aussi tournés sur Chetan Baboolall pour son baptême du feu en tant que leader de l’opposition. Peu après sa nomination, il y a quelques semaines, il nous faisait la déclaration suivante : «J’accueille ce poste de leader de l’opposition avec beaucoup d’humilité. Je serai un leader de l’opposition pour le peuple. Je vais me battre pour que leur voix soit entendue et respectée.»
Détermination
De son côté, l’équipe de la majorité affiche également de l’impatience à l’idée de retrouver le Parlement. C’est le cas pour Anabelle Savabaddy, la nouvelle Junior Minister au Tourisme : «Je me prépare pour cette rentrée parlementaire avec beaucoup de détermination, de responsabilité et de sens du devoir. Vous savez, pendant longtemps j’étais cette députée debout qui posait des questions qui dérangent. Mon rôle était de poser des questions, d’interpeller, de faire remonter les préoccupations du terrain. Aujourd’hui, en tant que ministre déléguée du Tourisme, la donne change. Je ne suis plus là pour questionner, je suis là pour répondre et pour agir.»
Elle ajoute, très déterminée : «Mon état d’esprit reste le même : celui du travail, de la proximité et de l’écoute. Mon engagement reste aussi le même : être proche du terrain, écouter nos opérateurs, nos travailleurs, nos jeunes qui veulent un avenir dans le secteur, comprendre leurs défis, apporter des solutions concrètes et défendre les intérêts de notre secteur touristique. Cette rentrée parlementaire, je l’aborde les deux pieds sur le terrain et la tête tournée vers l’avenir. Mon combat ne change pas, seul le champ de bataille change. Je suis là pour travailler, pour livrer, et pour prouver que la politique peut encore rimer avec courage, avec conviction et avec le bien commun.»
Même esprit combatif du côté de Tony Apollon, le ministre délégué aux Sports. «Je me sens bien dans mon poste de Junior Minister mais pouvoir poser des questions va me manquer. Ça aidait pour faire bouger les choses. Mais avec ma nouvelle fonction, la motivation est bel et bien là aussi pour que le travail avance et pour trouver des solutions aux problèmes des Mauriciens. Il y a une bonne entente entre tous les membres de l’équipe. On a beaucoup de défis à relever, nous sommes condamnés à être soudés et solidaires pour pouvoir relever tous les défis», nous dit Tony Apollon.
Bien évidemment, avec du nouveau à l’Assemblée nationale, surtout du côté de l’opposition, cette rentrée parlementaire sera très suivie par les Mauriciens. Quelles sont les attentes de la population par rapport au retour des élus dans l’hémicycle ? C’est la question que nous avons posée à l’observateur politique Faizal Jeerooburkhan. «Après un mois de vacances, les élus reprennent le chemin de l’Assemblée nationale dans une conjoncture politique, économique et sociale particulièrement délicate. Avec les turbulences des derniers mois et le renforcement de l’opposition, notamment avec l’arrivée du FMP, la population s’attend à un rapport de force plus équilibré au Parlement. Elle souhaite surtout voir une opposition plus vigilante et une majorité davantage appelée à rendre des comptes», nous dit Faizal Jeerooburkhan de Think Mauritius.
Chaque move de l’équipe dirigeante sera scruté, souligne-t-il : «Du gouvernement, les citoyens attendent un véritable sursaut. Après les lenteurs, les maladresses et ce qui a parfois donné l’impression d’un certain amateurisme dans la gestion des affaires publiques, l’exécutif semble vouloir désormais prendre le taureau par les cornes. La rentrée parlementaire sera l’occasion de vérifier si cette nouvelle détermination se traduira réellement par des décisions concrètes et efficaces.»
Pour l’observateur politique, la population s’attend à ce qu’une attention particulière soit accordée au problème de la vie chère. «La préoccupation première demeure le pouvoir d’achat. La population espère des mesures capables de contenir l’inflation, de renforcer le contrôle des prix dans les commerces et de soutenir la roupie face au dollar. Elle suivra également avec une attention particulière l’évolution du dossier de la pension de vieillesse, alors que les syndicats menacent de nouvelles manifestations et même d’une grève générale. Sur le front économique, les attentes sont tout aussi fortes. Les citoyens veulent connaître les mesures envisagées pour redresser les indicateurs macroéconomiques préoccupants, maîtriser et rembourser la dette publique et réformer en profondeur la fonction publique», nous dit Faizal Jeerooburkhan qui souligne les nombreuses attentes des Mauriciens par rapport à cette rentrée parlementaire.
«La population voudra aussi vérifier si les promesses de réduction des dépenses, de la lutte contre le gaspillage et de l’amélioration de l’efficacité du secteur public seront réellement mises en œuvre. Au-delà des joutes politiques, cette rentrée parlementaire sera donc jugée sur un critère essentiel : la capacité des élus à apporter des réponses concrètes aux préoccupations quotidiennes des citoyens», conclut-il en évoquant les préoccupations des Mauriciens autour de la prochaine rentrée parlementaire...