D’un côté, le gouvernement persiste et signe. De l’autre, les syndicats ne comptent pas reculer et maintiennent la pression. Le bras de fer entre les deux parties est bel et bien engagé, alors que le dialogue semble aujourd’hui au point mort. Cette semaine au Parlement, malgré la mobilisation de plusieurs milliers de personnes dans les rues de Port-Louis le 11 juillet, le Premier ministre a campé sur sa position, affirmant qu’il était hors de question de revenir en arrière concernant la State Age Pension (SAP). Une position confortée par le Fonds monétaire international (FMI), qui encourage Maurice, dans son rapport publié le 15 juillet, à poursuivre la réforme du système de pension et recommande même un relèvement progressif de l’âge légal de la retraite jusqu’à 69 ans.
Face à la détermination du gouvernement à aller de l’avant avec ces changements, la Platform Komun Sindikal (PKS) n’a pas dit son dernier mot. Après le succès de sa dernière manifestation, la plateforme syndicale poursuit sa mobilisation et n’écarte pas la possibilité d’une grève générale, annoncée lors de la marche du 11 juillet. Toutefois, les syndicats attendent la publication du Finance Bill avant de prendre une décision finale. En attendant, ils multiplient les réunions et les tournées à travers le pays afin de sensibiliser davantage de travailleurs et maintenir la pression sur le gouvernement.
Pour eux, une chose est claire : la pension universelle à 60 ans doit être rétablie. Haniff Peerun, de la Mauritius Labour Congress, dit constater avec «une profonde inquiétude» l’attitude du gouvernement, qui resterait sourd aux revendications de la population. «L’ego du Premier ministre semble malheureusement prendre le pas sur l’intérêt général. La mobilisation populaire a envoyé un signal fort et sans équivoque à nos élus. Il est temps qu’ils se ressaisissent et refusent de pénaliser nos aînés, qui ont consacré toute une vie au développement socio-économique de notre pays», affirme-t-il.
Tournée à travers le pays
Face à une réforme qu’ils jugent injuste, notamment en raison de la réduction permanente de la pension pour ceux qui choisiraient un départ à 60 ans, les syndicats assurent ne pas vouloir baisser les bras. Ils estiment que le gouvernement dispose d’autres solutions de financement. «Le Front commun syndical poursuivra sa campagne d’information et de mobilisation à travers différentes localités du pays. Nous resterons particulièrement vigilants face aux démarches entreprises par le gouvernement et continuerons à organiser des actions syndicales avec la participation active de la population. À l’issue de la présentation du Finance Bill au Parlement, le Front commun syndical décidera de la marche à suivre. D’ores et déjà, les travailleurs sont mobilisés et nous interrogent quotidiennement sur la date de la prochaine manifestation et de la grève annoncée», indique Haniff Peerun.
Pour Ashvin Gudday, négociateur syndical à la General Workers Federation, le message envoyé par la population est clair et c’est sur cette base que la PKS entend poursuivre son combat. «Nous devons empêcher le démantèlement de l’État-providence, car la justice sociale a permis à notre pays de vivre en paix et de progresser. La voix populaire s’est également exprimée en faveur de la poursuite de la mobilisation. La possibilité d’une grève générale reste plus que jamais d’actualité et les syndicats demeurent mobilisés. Des réunions régionales à travers l’île seront organisées afin de maintenir la pression. Les actions suivront en temps et lieu», souligne-t-il.
Les recommandations du FMI ne surprennent pas Ashvin Gudday. «Plusieurs de ses propositions vont dans le sens d’un agenda favorable au grand capital. Nous estimons que le gouvernement s’aligne sur ces recommandations, notamment à travers une SAP qui évolue entre 60 et 70 ans. D’autres priorités, comme une meilleure gouvernance et une gestion plus efficace des finances publiques, semblent pourtant passer au second plan», avance-t-il.
Pour le syndicaliste, le peuple mauricien a aujourd’hui démontré sa maturité et sa capacité à distinguer la réalité des promesses. «Il n’est plus dans la confusion et saura, le moment venu, sanctionner les politiciens qui l’ont déçu», conclut-il. Que ce soit le gouvernement ou les syndicats, les deux camps demeurent aujourd’hui inflexibles.