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Ferme communautaire O’Connor : Pour remettre des familles debout

Avec l'élevage de poules, la ferme produit de nombreux oeufs.

La ferme communautaire O’Connor a lancé un potager familial et un élevage de poules afin d’aider des familles à connaître un meilleur demain. Cela, à travers l’agriculture. Ce projet leur a non seulement permis de gagner en autonomie mais leur a aussi apporté les outils nécessaires pour grandir et s’épanouir malgré la pauvreté dans laquelle certains sont plongés.

Loin du brouhaha des villes, elle se dessine dans un petit coin perdu en pleine nature où des personnes souvent malmenées par la vie essaient de prendre un nouveau départ. Pour y aller, il faut traverser tout Curepipe et une fois à O’Connor, au bout d’un sentier rocailleux et boueux au milieu d’un champ de cannes, se trouve une ferme pas comme les autres. Il s’agit de la ferme communautaire O’Connor, un projet qui a vu le jour il y a dix ans grâce à Caritas et ses partenaires. Depuis sa création, plus d’une cinquantaine de personnes ont pu bénéficier de ce programme dont l’objectif est de former des personnes, principalement issues de milieux difficiles, à l’agriculture afin qu’elles puissent travailler et subvenir aux besoins de leur famille.

 

Patricia Hurdoyal, coordinatrice de Caritas Ste-Hélène, se souvient encore de la naissance de ce projet. «Nous recevions à l’époque beaucoup de gens qui faisaient face à la crise alimentaire. En même temps, le diocèse avait ce terrain à Curepipe, qui était inoccupé. Nous nous sommes dit, pourquoi ne pas former ces personnes à l’agriculture pour qu’elles puissent produire elles-mêmes ce qu’elles consomment mais aussi vendre leurs récoltes pour gagner des sous.» En plus de l’accompagnement de Caritas, les bénéficiaires sont formés à la plantation et à l’élevage mais bénéficient aussi de cours en life skills management et en alphabétisation afin de les équiper au mieux dans la quête d’une vie meilleure. Une fois la formation achevée, ils peuvent lancer leur plantation dans cette ferme de Caritas, qui leur offre une petite allocation, avant de récolter les fruits de leurs efforts.

 

C’est comme ça, explique Patricia Hurdoyal, qu’en suivant ce programme, de nombreuses personnes ont découvert leur véritable potentiel et l’envie de s’en sortir pour garantir un meilleur avenir à leur famille. Elle se souvient d’ailleurs particulièrement d’une maman qui avait été contrainte d’arrêter de travailler pour veiller sur son enfant car elle ne pouvait pas se permettre de payer une garderie. «Elle ne savait pas comment faire pour joindre les deux bouts. Nous lui avons proposé ce programme et c’est grâce à ça et à sa volonté qu’elle a pu avancer. Quelques années plus tard, je l’ai accompagnée pour prendre les clés de sa maison à la NHDC. Elle était tellement heureuse d’un tel accomplissement.»

Aucun pesticide n’est accepté  C’est justement des réussites de ce genre qui poussent les accompagnateurs de Caritas à continuer sur cette voie. Depuis dix ans, le projet a d’ailleurs bien évolué. Récemment, la ferme communautaire O’Connor a connu quelques changements, devenant un potager familial. Sylvio Oodian, président du comité de gestion de la ferme, qui a en parallèle lancé un élevage de poules, a assisté à cette transformation. «Nous avons divisé le terrain en neuf parties, à destination de neuf familles. Chacune est responsable de la parcelle de terrain qui lui a été accordée. Elle est libre de choisir ce qu’elle veut planter comme fruits et légumes. Elle bénéficie de l’infrastructure mais aussi des autres facilités comme le compostage et l’eau, entre autres. Néanmoins, il y a des conditions à respecter. Elle doit en prendre soin et cultiver 75 % du terrain.» L’autre condition est de respecter les normes imposées par la ferme qui prône une culture organique des fruits et légumes. Aucun pesticide ou autre produit chimique n’est accepté.

 

Outre leur vente personnelle, ces familles profitent de la vente organisée par la paroisse de Ste-Hélène chaque premier dimanche du mois. Chaque six mois, l’équipe de Caritas procède à une évaluation pour déterminer le progrès de chaque famille bénéficiaire. Marie-Lourdes Mohabeer, 53 ans et maman de quatre enfants, est l’une des premières bénéficiaires du programme. Cette formation, dit-elle, a été une chance. Après trois ans à la maison suite à une maladie, elle a décidé de trouver du travail pour aider sa famille financièrement. Sans l’aide de Caritas, confie cette mère de famille, elle n’aurait jamais imaginé pouvoir cultiver ses propres légumes et les vendre pour être financièrement autonome. Sa reconnaissance envers ceux qui lui ont fait confiance est profonde. «Je suis très fière de faire partie d’un tel projet. Merci est la seule chose que je puisse dire.»

 

«La culture organique, c’est l’avenir»

 

Si auparavant, Stéphen Casquette, 43 ans et père de deux enfants, devait choisir quels fruits et légumes donner à ses enfants, aujourd’hui, il est beaucoup plus rassuré. «La culture organique, c’est l’avenir. J’ai toujours été intéressé par l’agriculture mais je n’avais pas de terrain où me lancer. Quand j’ai entendu parler de ce projet, je me suis dit, pourquoi pas. Aujourd’hui, consommer des fruits et légumes organiques coûte cher. Désormais, comme je plante moi-même mes propres produits, je n’ai pas à me casser la tête. Quand j’arrive à la ferme, j’oublie tout le stress, tous les problèmes qu’on peut avoir dans la vie.»

 

En sus d’aider des familles à se mettre debout et à gagner en autonomie, la ferme communautaire O’Connor a d’autres propriétés. D’ailleurs, Émile Lebrette, responsable à la ferme, est convaincu de l’impact positif qu’a ce projet de potager familial sur les bénéficiaires. «Dans un monde où les valeurs familiales se perdent de plus en plus, nous avons constaté que la ferme communautaire agit comme une thérapie qui amène les gens ensemble et les aide à avancer. Ça crée des liens et développe un grand amour les uns pour les autres.»

 

Ce qui est le plus important, souligne Patricia Hurdoyal, c’est qu’en faisant partie de ce projet de ferme communautaire, ceux qui auparavant désespéraient à l’idée de pouvoir un jour sortir la tête hors de l’eau et qui avaient perdu toute confiance en eux, ont retrouvé l’envie de se battre pour aller de l’avant. «Ça les aide à grandir. Ils ont compris qu’ils avaient du potentiel et de la valeur. Ils ont vu qu’ils pouvaient arriver à quelque chose s’ils le souhaitaient vraiment. Ils ont compris qu’ils avaient besoin de travailler, d’aider leur famille, d’envoyer leurs enfants à l’école.» Ceci, afin d’assurer un meilleur lendemain pour les siens.