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The Ripple Project : Des ambassadeurs en marche pour les règles

Selvamadee, Catherine et Medhavee se battent pour démystifier le tabou autour des règles.

De la puberté à la ménopause, les règles font partie de la vie des femmes. Et bien qu’elles se libèrent peu à peu des tabous qui l’entourent, elles font toujours «tache». D’où l’initiative de The Ripple Project de créer des Period Ambassadors pour lever le voile sur ce flux qui fait couler beaucoup… d’encre. Rencontre avec ces militants de la cause hors du commun.

«La mer est rouge», «les Anglais ont débarqué», «le cadeau de fin de mois», «la visite de dame nature», «Zorro est arrivé»… Toutes sortes de métaphores sont utilisées pour ne pas faire directement allusion aux menstruations. Car oui, les règles restent souvent taboues malgré toutes les avancées sociétales.

 

Face à cette triste réalité concernant un phénomène tout à fait naturel et normal, Djemillah Mourade-Peerbux, elle, a décidé d’agir en créant The Ripple Project en 2016, pour permettre à toutes les femmes, surtout celles qui manquent de moyens, d’assurer leur hygiène intime durant leurs menstruations. Et cette année, dans le cadre de la Journée mondiale consacrée à l’hygiène menstruelle, observée chaque 28 mai depuis 2014, The Ripple Project a lancé le projet Period Ambassador pour mettre en avant les messages de ceux qui militent pour la cause. 

 

«En lançant ce nouveau projet, mon but est, encore une fois, de m’attaquer aux tabous concernant les règles. Et donc d’utiliser les réseaux sociaux comme un moyen de mobiliser les gens autour de cette cause. Car ceux qui se prennent en photo avec des messages ont des amis qui voient le post et, de fil en aiguille, le message se transmet. La curiosité est attisée et les conversations autour des règles, de la pauvreté menstruelle et des tabous démarrent», explique Djemillah Mourade-Peerbux, toujours décidée à mettre les tabous autour du sujet K.O.

 

Pour que les règles soient plus légères à porter pour les femmes durant ces 30 à 40 ans où elles doivent compter avec, au nom de la vie, au nom de la féminité. Un long voyage souvent muet, rempli d’appréhension, de crampes abdominales, d’écoulement sanguin, sans parler du tourbillon émotionnel dû aux hormones.

 

Durant cette période, hélas, beaucoup de femmes cachent encore leurs serviettes hygiéniques ou tampons lorsqu’elles doivent aller se changer aux toilettes ou après en avoir acheté, afin que personne ne soit au courant. Mais nos Period Ambassadors, eux, veulent dire «stop» à tout cela. Ils veulent militer pour que les règles ne soient plus stigmatisées et que les femmes ne souffrent plus des stéréotypes sexistes et des croyances qui y sont liées. Catherine Prosper, 27 ans, a choisi de faire partie de ces ambassadeurs. «Il est temps qu’on comprenne que les règles sont naturelles et biologiques, et qu’elles sont importantes dans la création. Ce n’est pas normal qu’il y ait tant de tabous autour. C’est pour cela que j’ai voulu me faire ambassadrice des règles pour soutenir The Ripple Project. J’ai aussi eu envie de montrer aux autres femmes qui, comme moi, ont vécu des années avec cette idée reçue qu’on ne doit pas parler des règles ouvertement, qu’on doit en avoir honte, qu’il est temps de changer cette perception», lance-t-elle.

 

Les Period Ambassadors, ce n’est pas qu’une affaire de femme. N’est-ce pas Dimitri Makoona ? Pour ce jeune homme de 20 ans, l’idée, ce n’est pas seulement de faire le buzz sur les réseaux sociaux mais avant tout de se rallier à une cause importante. «J’ai voulu être Period Ambassador pour aider à rendre meilleure la vie des jeunes femmes qui ont du mal à avoir accès à des serviettes hygiéniques, que ce soit ici ou ailleurs. Car si on peut distribuer des préservatifs et faire des campagnes sur la sexualité, pourquoi ne pas aider les jeunes filles à avoir une vie saine et hygiénique, et aussi parler ouvertement des règles qui
sont naturelles ?»

 

Le combat de tous

 

Autre homme, même combat pour les femmes. Christophe Roquelore, 23 ans, dont la photo a fait le buzz sur les réseaux, estime que c’est du devoir de tous de militer pour lever le tabou sur les règles. «Il y a toutes sortes de campagnes autour de la sexualité, voire même la distribution gratuite des moyens de protection, mais autour des règles, c’est quasi inexistant. Alors que le sexe est un choix mais les règles non. C’est pour cela qu’être Period Ambassador est important. Nous ne pouvons plus mépriser la femme pour quelque chose qui est naturel et qui ne lui laisse pas le choix. Moi, en tant qu’homme,  je veux être percutant auprès de mes pairs pour un changement dans la manière de percevoir les règles car cette démarche ne se cantonne pas qu’aux femmes.»

 

Et les femmes sont bien évidemment nombreuses à avoir répondu à l’appel de The Ripple Project. Medhavee Shibnauth, 21 ans, a voulu apporter sa pierre à l’édifice. «C’est pour le moins surprenant que nous soyons trop gênés d’utiliser le mot règles ou menstruations. Alors que sans cela, la vie humaine n’existerait pas. Aujourd’hui, même si on est au XXIe siècle et que le monde a évolué et continue d’évoluer, le sujet reste enveloppé de stigmatisation et de honte. Être ambassadrice de The Ripple Projet, c’est passer le message à mon entourage que la menstruation est quelque chose de normal. Pourquoi éviter le sujet ? Pourquoi avoir honte d’en parler ? Pourquoi le ridiculiser ? Beaucoup de filles se forcent à respecter les restrictions imposées liées aux règles, que cela  soit chez elles ou lors d’événements religieux. La liberté des femmes ne doit pas être prisonnière du discours patriarcal dominant», s’insurge-t-elle.  Pour Selvamadee Veerapanaik, 26 ans, il est plus que nécessaire de briser ces tabous qui n’ont plus lieu d’être : «À la base, ce n’est même pas un sujet qui aurait dû faire le buzz. Les femmes ont leurs règles depuis la nuit des temps et je ne comprends pas qu’en 2019, ce soit tabou. Mais heureusement que les mentalités commencent à changer, surtout au niveau de la gent masculine, mais il y a encore pas mal de chemin à faire pour que notre société comprenne que parler des règles n'a rien de honteux ou de dégradant. En plus d’être une Period Ambassador, je tente à ma façon, au sein du collège pour garçons où j’enseigne, de faire comprendre à mes élèves que leur aide compte beaucoup pour changer la manière de penser à ce sujet.»

 

Être ambassadrice est un moyen, pour elle, de faire passer son message : «Nous vivons dans une société où la violence, la pauvreté ainsi que d’autres fléaux n’interpellent pas grand monde mais les gens affichent une mine choquée quand ils voient quelqu’un acheter des serviettes hygiéniques. Pour moi, c’est une preuve que notre société patriarcale n’a pas beaucoup évolué.» Catherine Prosper ne cache pas non plus sa révolte. «C’est triste de constater que ceux qui ne sont pas concernés par les règles se permettent de juger. C’est pour cela que moi, en tant que femme concernée par les règles au quotidien, je me fais un devoir de me battre pour mes droits.»

 

Si vous aussi vous désirez faire partie des Period Ambassadors et casser les tabous autour de «la mer rouz», prenez-vous en photo, partagez-la sur la page Facebook de The Ripple Project en y incluant un message pour briser les tabous autour des règles et les hashtags suivants : #PeriodAmbassador, #TheRippleProject et #PaPerPeryod.

 


 

 

Un peu d’audace…

 

The Ripple Project est une initiative citoyenne qui a été créée en décembre 2016 grâce à l’audace et la pugnacité de Djemillah Mourade-Peerbux. «Après une donation des denrées alimentaires à un abri pour femmes en détresse avec mes collègues, j’ai eu l’idée d’agir sur un aspect qui n’était pas vraiment pris en compte dans les donations. C’est-à-dire, tout ce qui a trait à l’hygiène féminine. Car quand on touche à l’hygiène féminine, on agit sur la dignité et l’estime de soi. Et pour des femmes vivant dans la pauvreté ou venant de conditions de vie pénibles, c’est important», explique Djemillah Mourade-Peerbux. Elle souligne d’ailleurs que ce n’est pas une ONG et qu’elle ne perçoit donc aucune aide financière pour les diverses initiatives organisées mais que tout découle d’une action citoyenne envers autrui.