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Dr Ibrahim Norbert Richard, nouveau Secrétaire général de la COI

«La coopération est une force pour nos îles»

2 mai 2026

Fraîchement nommé à la tête de la Commission de l’océan Indien (COI), le Dr Ibrahim Norbert Richard affiche une ambition claire : renforcer la coopération régionale face à des défis multiples, allant de la sécurité maritime au changement climatique. Fort de son expérience diplomatique, il entend inscrire son mandat dans la continuité des priorités des États membres, tout en modernisant l’organisation et en consolidant son rôle au service des populations de l’Indianocéanie.

Quelle est votre vision pour la Commission de l’océan Indien (COI) durant votre mandat ?

Ma vision s’aligne sur celle des États membres, celle d’une Commission au service des pays et des populations. La COI est une organisation de proximité qui met en œuvre une coopération technique dans de nombreux domaines. Vous les connaissez : sécurité maritime, santé, culture, environnement, climat…

Quelles seront vos priorités immédiates à la tête de l’organisation ?

Il faudra d’abord que je prenne mes marques ! Mais cela devrait être rapide. Je connais bien le fonctionnement des organisations intergouvernementales ayant été sous-Secrétaire général à l’Organisation des États ACP. Les priorités thématiques sont déjà fixées par les instances de la COI. Il s’agit de la sécurité maritime, de la sécurité alimentaire ou encore de la modernisation de l’organisation, entre autres. Et la priorité calendaire sera de préparer le 40e Conseil des ministres qui se tiendra aux Comores dans les prochaines semaines.

En quoi votre parcours vous prépare-t-il à relever les défis de cette fonction ?

Je suis un diplomate de carrière et la COI est une organisation diplomatique. Comme je vous le disais, j’ai travaillé à l’OEACP et j’ai aussi été en fonction à l’Ambassade de Madagascar à Bruxelles pendant de nombreuses années. Je connais donc très bien les enjeux de l’aide publique au développement, le fonctionnement aussi de l’Union européenne qui est le partenaire historique de la COI et de la région. Et puis, je pourrai aussi compter, au siège de la COI, sur une équipe de fonctionnaires internationaux très dévoués et qui maîtrisent parfaitement les dossiers techniques et les défis de la région.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels fait face la région de l’océan Indien ?

Les défis sont multiples et interconnectés. Le contexte actuel ajoute de la complexité à ces défis. La forte dépendance de nos îles aux importations énergétiques et alimentaires s’aggrave. A cela s’ajoutent les crimes et délits en mer, on l’a vu encore récemment avec les saisies de drogues dans le cadre de l’architecture régionale de sécurité maritime mise en place par la COI. Et puis, les questions climatiques et environnementales restent cruciales parce qu’elles constituent des défis structurels dans nos îles.

Comment la COI peut-elle renforcer davantage la coopération entre ses États membres?

Il revient aux États membres de renforcer concrètement leur coopération au sein de la COI, qui est leur outil premier de coopération. La COI n’impose rien à ses États membres ; elle met en œuvre leurs décisions. Le rôle du secrétariat est alors de fournir des prestations de services de qualité qui permettent aux États membres de prendre les mesures adéquates dans le cadre de la mise en œuvre de leurs décisions. Je crois que la COI a un rôle croissant à jouer pour soutenir ses États membres dans une conjoncture plus complexe et plus tendue. Dans ces conditions, la coopération est une force parce qu’elle permet d’avancer sur des sujets où un pays a des limites quand il est seul.

Quelle place accordez-vous à la sécurité maritime et à la lutte contre les trafics dans la région ?

La sécurité en mer est cruciale pour nos économies. L’action de la COI repose sur une architecture régionale de sécurité maritime et deux Centres régionaux à Madagascar et aux Seychelles. Nous contribuons ainsi à la sécurisation des voies de navigation et donc du commerce, d’une part, et à lutter contre les trafics illicites et à prévenir les risques, comme les pollutions, d’autre part. J’évoquais la saisie d’une valeur supérieure à 63 millions € (Rs 3,5 milliards) de stupéfiants la semaine dernière dans le cadre d’une opération qui a mobilisé les autorités mauriciennes et seychelloises à l’initiative de la partie française. Cette opération baptisée Baldor s’inscrit dans l’architecture régionale de sécurité maritime établie par la COI avec l’appui de l’Union européenne et témoigne de sa pertinence. À travers ce cas, on voit en effet toute l’importance d’un tel dispositif qui doit être continuellement renforcé. La lutte contre ces trafics est essentielle parce qu’il est question de sécurité, de santé des populations, de risques sociaux et aussi de flux financiers illicites qu’il faut casser.

Quels projets comptez-vous promouvoir durant votre mandat pour stimuler l’intégration économique régionale ?

Il y a une forte demande pour plus d’échanges entre les îles de la région. La COI, seule, ne peut pas tout faire parce qu’elle n’est pas une communauté d’intégration économique comme le COMESA, par exemple. En revanche, la COI, en tant qu’organisation de coopération, appuie des initiatives qui doivent permettre d’améliorer les échanges. Je pense notamment au développement de chaînes de valeur régionale, à l’appui des États membres pour maîtriser les normes, à la promotion de partenariats public-privé visant à faciliter la circulation des marchandises dans l’espace indianocéanique. La COI avait aussi été à l’origine de la création de l’Union des chambres de commerce et d’industrie de l’océan Indien qui est devenue Cap Business océan Indien, de l’Association des îles Vanille ou encore de l’Association des ports des îles de l’océan Indien. Ce sont des structures régionales non-étatiques qui jouent, chacune, un rôle sur le plan de la coopération économique.

La connectivité inter-îles est également un grand défi à relever. À cet égard, j’ai appris que la COI a joué un rôle crucial pour la mise en place du câble à très haut débit METISS. Sur l’aérien, nous prévoyons de relancer les comités régionaux des aviations civiles et des transporteurs aériens. La COI sera facilitateur mais il reviendra aux opérateurs du secteur de décider concrètement de ce qu’ils acceptent de faire ensemble pour améliorer la connectivité. Le sujet est le même, ou presque, en matière de connectivité maritime. La COI est aussi appelée à collaborer plus fortement avec les douanes de nos États membres pour fluidifier les échanges et lutter contre les trafics. Nous faisons beaucoup et nous devons rester engagés car les besoins restent considérables.

Comment la COI peut-elle accompagner les États insulaires face aux défis climatiques ?

La COI soutient ses États membres dans de nombreux domaines de l’environnement et du climat. La COI a formé et continue de former des négociateurs climatiques. Elle accompagne des projets d’adaptation et d’atténuation sur le terrain, avec les communautés locales, notamment en promouvant la gestion intégrée des zones côtières. D’ailleurs, dans le cas de Maurice, elle collabore à l’élaboration du Plan national d’adaptation au changement climatique. Je précise aussi que la COI est accréditée auprès du Fonds vert pour le climat et du Fonds des pertes et dommages. Elle vise aussi l’accréditation auprès du Fonds d’adaptations. Ces accréditations sont importantes parce qu’elles donneront accès à nos îles aux financements climatiques.

Quel rôle la Commission peut-elle jouer dans le développement durable et l’économie bleue ?

Les objectifs prioritaires de la COI sont alignés avec l’Agenda 2030 des Nations unies. Tout ce que je vous ai partagé sur le climat, la sécurité maritime et l’économie le montre. Pour ce qui est de l’économie bleue et de tous les autres sujets du développement durable, la COI intervient à la demande de ses États membres sur la santé, la biodiversité, les pêches et bien d’autres domaines.

Comment souhaitez-vous impliquer davantage les jeunes dans les initiatives régionales ?

La COI a soutenu la structuration d’autres structures régionales de jeunes, comme Synergies Jeunes sur l’entrepreneuriat et SYAH, un groupement de jeunes insulaires. En 2025, elle a lancé le Parlement des jeunes de l’Indianocéanie. Le mois prochain, nous serons à Madagascar pour la finale du Regional Creative Youth Award que nous organisons avec l’Organisation internationale de la Francophonie. Cette initiative, qui capitalise aussi sur nos relations avec la Jeune Chambre Internationale, valorise de jeunes entrepreneurs engagés dans des projets d’économie circulaire et d’innovation. Vous voyez, il y a de nombreuses actions qui ont ciblé et qui mobilisent les jeunes, notamment dans les domaines de l’économie créative et de l’économie bleue. Je les encourage à suivre les réseaux de la COI pour se tenir informés des opportunités.

Quels programmes envisagez-vous pour favoriser l’innovation et l’entrepreneuriat dans la région ?

Des initiatives sont en cours, comme une stratégie régionale sur l’innovation. Des projets de la COI mobilisent aussi des chercheurs, des universitaires et des entrepreneurs de nos pays dans les domaines de l’économie circulaire ou des industries culturelles. Sur l’innovation, la COI conduit aussi une réflexion et des initiatives pilotes sur l’intelligence artificielle et la robotique. Notre ambition est de participer à la création de passerelles entre le secteur privé et le monde de la recherche et de l’innovation pour que les résultats de celles-ci puissent être appliqués dans la vie quotidienne et servir le progrès pour tous.

Quel message souhaitez-vous adresser aux citoyens des îles de l’océan Indien au début de votre mandat ?

La COI exprime l’envie de coopérer de nos îles. Elle est au service des États membres, et donc de leurs citoyens. Je les invite à s’approprier la coopération entre nos îles parce que, in fine, le bien commun est le cœur de notre mission.

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