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4 mars 2026 17:15
L’affaire qui secoue la Loreto Junior School de Curepipe depuis plusieurs semaines a pris une tournure majeure. Après la plainte d’une collégienne de 12 ans contre le professeur de musique Frédéric Pavaday pour des comportements jugés inappropriés, celui-ci a été placé en détention provisoire, inculpé de child illtreatment. La mère de la jeune fille se confie sur l’emprise qu’aurait exercée le quinquagénaire sur sa fille.
D’importants rebondissements ont eu lieu dans l’affaire qui secoue la Loreto Junior School de Curepipe depuis plusieurs semaines. Suite à la plainte formelle déposée par une collégienne de 12 ans à la police le lundi 23 février, le professeur de musique faisant l’objet d’allégations de child grooming a été appréhendé. C’est en présence de sa mère que l’élève a raconté aux enquêteurs que Frédéric Pavaday, 50 ans, qui a été son professeur de piano, aurait eu un des gestes jugés inappropriés à son égard à plusieurs reprises depuis 2022, soit depuis qu’elle était en primaire. Le lendemain, le quinquagénaire s’est présenté de son propre chef au poste de police de Curepipe. Appréhendé, il a comparu devant le tribunal où une accusation provisoire de child illtreatment a été logée contre lui avant qu'il ne soit placé en détention policière.
La mère de la collégienne, que nous avons contactée, relate : «Avant de nous rendre à la police, j’ai beaucoup discuté avec ma fille. Il fallait qu’elle soit d’accord, qu’elle comprenne ce qui se passe. Puis, nous avons eu des informations concernant un éventuel départ à l'étranger de M. Pavaday. Nous avons réalisé qu’il fallait agir au plus vite. S’il partait nous ne pourrions rien faire. Alors, on a pris cette décision. Avec ma fille, on s’est dit qu’il fallait l’arrêter. Heureusement, que ça n’a pas été "plus physique" avec elle. Mais nous avons un devoir de protection envers les autres enfants, désormais.»
Le témoignage de sa fille à la psychologue l’a bouleversée. «J’ai appris beaucoup de choses qu’elle avait tues. J’ai compris que c’était le résultat de la manipulation de M. Pavaday. Elle avait peur de parler avec moi, elle pensait qu’elle était fautive parce qu’elle avait répondu à ses messages, parce que c’était son professeur préféré. Il lui a fait croire que si elle racontait tout à ses parents, on ne l’aimerait plus. Il lui avait dit que nous, ses parents, nous ne l’aimerions que pour un moment, mais que lui, il l’aimerait pour toujours.» En effet, dans sa plainte, la collégienne a relaté qu’en 2022, son enseignant lui avait demandé de rester en classe après le départ de ses camarades. Lorsqu’ils se seraient retrouvés seuls, il lui aurait dit qu’il l’aimait et que personne ne pourrait l’aimer plus que lui, et l’aurait serrée dans ses bras. À plusieurs reprises, il aurait eu des comportements tactiles hors cadre pédagogique, et en 2025, il lui aurait envoyé des messages pour la complimenter.
«Elle est très fragilisée...»
«Aujourd’hui, je suis consciente que s’il n’y avait pas eu la plainte de ces deux anciennes élèves, il aurait pu aller beaucoup plus loin avec ma fille. Il la préparait à autre chose», poursuit notre interlocutrice. Cette semaine, dit-elle, «a été éprouvante, entre les rencontres avec la psychologue, les questions et le rendez-vous à l’hôpital. On n’arrête pas. J’essaie de tenir bon pour ma fille. Elle a besoin d’être encadrée, elle est très fragilisée après tout ce qui s’est passé». Elle lâche, indignée : «Je suis énervée, vraiment énervée. Plus j’en apprends sur ce qu’il a fait, plus j’ai du mal à contenir ma colère. Je suis extrêmement fatiguée, également. Je ne pensais pas que nous vivrions un tel tourbillon».
Frédéric Pavaday a retenu les services des Mes Sanjeev Teeluckdharry, Sachin Boodhoo et Anoup Goodary dans le cadre de cette affaire. Ces derniers ont plaidé en faveur de sa remise en liberté sous caution ce jeudi 26 février. Lors de l’audience, Me Sachin Boodhoo a argué que les accusations portées contre l’enseignant ne constituent pas une infraction. Cependant, la police a estimé que les circonstances justifiaient son maintien en détention en attendant la suite des investigations, insistant sur un risque d’interférence avec des témoins et des preuves, ainsi qu’une possibilité de fuite. Le suspect a donc été reconduit en cellule.
Dans une déclaration faite à la presse après l’audience, Me Anoup Goodary a déclaré : «Li inportan ki nou protez bann viktim me li ousi inportan ki nou pa sali repitasion enn profeser, sirtou si li touzour prezime inosan (…) Si nou aplik lalwa dan sa fason-la, tou profeser an danze. Nou pa kapav gat limaz dimounn ousi fasilman ; pou ena sirpriz dan sa case-la.» Abondant dans le même sens, Me Sanjeev Teeluckdharry a avancé : «Nou pe tro prese pou kondann la personn. Donn li loportinite donn so version. Nou pe fini tir bann konklizion ativ.» La prochaine comparution de Frédéric Pavaday devant le tribunal est prévue pour le 3 mars.
Rappelons que c’est suite à une vidéo publiée sur Tiktok le vendredi 13 février que cette affaire a éclaté au grand jour. Celle-ci évoque la relation inappropriée entre Frédéric Pavaday et une élève, ainsi qu’une plainte adressée à la Loreto Junior School de Curepipe par cette dernière et sa meilleure amie en août 2025, où elle retrace une chronologie de près de 11 ans au cours desquels elle dit avoir été manipulée et exploitée par l’enseignant. L’affaire avait, cependant, été traitée discrètement par l'institution, conduisant à la suspension du professeur de musique, puis à son limogeage suite à un comité disciplinaire qui s’est tenu le 27 janvier, cette année. En octobre 2025, deux autres élèves se seraient également confiées à leurs enseignantes pour se plaindre du comportement de leur professeur. Bien que celui-ci avait déjà été suspendu, il leur aurait envoyé des messages jugés inappropriés sur Tiktok.
Pourtant, ce n’est que la semaine dernière, quelque temps après que ladite vidéo est devenue virale que l’établissement a porté plainte au Family Support Service (FSS), suscitant la consternation de parents d’élèves concernant le manque de communication, la lenteur décisionnelle et l’absence de structure de soutien et d’accompagnement pour les élèves.
Des informations sensibles publiées par l’avocat de Frédéric Pavaday sur Facebook
Arianne Navarre-Marie : «C’est un acte criminel»
Ce vendredi 27 février, la publication, sur la page Facebook de l’avocat Anoup Goodary, d’un document dans lequel est mentionné le nom de la mineure ayant porté plainte contre son client Frédéric Pavaday, a suscité de vives réactions. Dans ladite publication, qu’il a par la suite effacée, l’homme de loi avait voulu présenter «the provisional charge for those who are indulged in speculations», mentionnait-il. S’exprimant à ce sujet à l’issue de la finale de la compétition Koz Pou Fam, la ministre de l’Egalité des genres et du Bien-être de la famille, Arianne Navarre-Marie, a déclaré que «d’après le Children’s Act, nous n’avons pas le droit de publier le nom ou la photo d’un.e mineur.e. C’est un acte criminel, qui est condamné par la loi. Nous avons pris connaissance de ce cas. Des officiers du ministère se sont rendus au poste de police, mais heureusement, en parallèle, les parents de la mineure ont également consigné une déposition en ce sens. Mo kapav dir ou ki mo minister, atraver so Family Support Services, pe swiv sa de tre pre».
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