Décidément la formule «A week is a long time in politics» n’aura jamais paru aussi juste pour qualifier les dernières secousses sur notre échiquier politique. En l’espace de quelques jours, nous avons assisté à un incroyable scénario : celui d’un leader, numéro deux de la majorité, critique envers son propre gouvernement qu’il menaçait de quitter, se retrouvant finalement mis en minorité par son parti, avant de démissionner du poste de vice-Premier ministre.
Un épilogue inattendu qui a pris tout le monde de court tant la situation relève de l’inédit. D’un côté, Bérenger qui claque la porte du gouvernement ; de l’autre, la majorité de ses camarades – à l’exception de sa fille, dont la position reste encore floue – qui choisissent de rester au sein de la majorité.
Si cette scène paraît surréaliste, c’est aussi parce que le chef du MMM n’a pas encore dit son dernier mot quant au rôle qu’il entend jouer au Parlement. Va-t-il siéger comme simple backbencher ? Ou tentera-t-il une manœuvre stratégique pour briguer le poste de leader de l’opposition ? Autant de questions qui restent en suspens en attendant la réponse à une interrogation majeure : le leader historique ira-t-il jusqu’à quitter son propre parti, ou s’achemine-t-on vers une bataille juridique pour le contrôle du nom et du symbole mauve ? Est-ce que, comme certaines rumeurs veulent le faire accroire, Bérenger fondera un nouveau parti à l’aube de ses 81 ans ?
En attendant les prochains développements, c’est le MMM qui sort affaibli de cette crise faisant voler en éclats le cœur mauve quand il n’est pas tout simplement brisé ! Alors que l’opinion publique semblait se lasser des tergiversations de son leader, sa démission a paradoxalement suscité une vague de sympathie. Son parcours, intimement lié à l’histoire politique du pays, ainsi que le courage de renoncer à un poste de vice-Premier ministre sont aujourd’hui salués par le grand public ainsi que les politiciens de tous bords.
En revanche, ses anciens camarades – la bande des 16 –, qui se retrouvent sous le feu des critiques après avoir choisi de rester au gouvernement, sont accusés de trahison malgré leurs explications invoquant le respect de la volonté de la base militante, exprimée lors du Comité central, en faveur du maintien du MMM dans l’Alliance du Changement.
Mais si ce groupe parlementaire est pointé du doigt, c’est parce que ses membres ont été incapables de prendre de la hauteur, de ne pas tomber dans l’inélégance, en se lâchant sur un leader déjà à terre, qui s’est progressivement mis à l’écart pour se retrouver complètement esseulé et qui n’avait pas besoin des coups de couteaux d’anciens camarades. La dignité attendue dans de tels moments n’était pas au rendez-vous ! Au contraire, certaines déclarations ont provoqué un malaise, notamment celle de Bhagwan quand il a associé le militantisme à du clientélisme politique en faisant référence à «enn ti travay dan enn kor para-etatik» !
On retiendra que, pour l’heure, c’est Ramgoolam qui semble, sortir gagnant de cette situation et du rapport de force qui s’est installé depuis quelque temps entre lui et Bérenger ! S’il y avait une impression qu’il était contraint de céder à certaines demandes de son adjoint avec quelques têtes sacrifiées ça et là (les derniers exemples étant à l’EDB et à la direction de la prison), désormais, il n’a aucun compte à rendre à un groupe parlementaire n’ayant même pas de leader et dont plusieurs membres lui ont déjà manifesté leur loyauté.
Non seulement ceux qui ont pris la parole ce vendredi ont jugé utile de remercier le chef du gouvernement, mais le ministre Gunness s’est illustré en allant jusqu’à prendre sa défense sur la polémique autour d’un gang, l’un des points de litige mis en avant par Bérenger. C’est ainsi que pour Gunness, ce gang évoqué serait «bann kolaborater» du Premier ministre ! Et comme pour enfoncer davantage le poignard dans le dos de son ancien leader, il a cru utile d’ajouter un «li pa ti ena gang li ?».
Est-ce qu’en adoptant pareille attitude, ces cadres mauves visent le poste de vice-Premier ministre ou veulent-ils donner l’assurance de leur fidélité à un Ramgoolam, «triste» devant la situation, mais qui se retrouve seul grand maître à bord, ayant dans ses mains toutes les cartes d’un jeu politique qu’il peut mener à sa guise ? Quels sont les développements auxquels on assistera pendant les prochains jours ? Décidément, la formule «A week is a long time in politics» n’a jamais sonné aussi juste qu’en ce moment !