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Hausse du Repo Rate

Les Mauriciens entre résignation et désespoir

23 mai 2026

Un autre coup dur vient alourdir le fardeau des consommateurs qui oscillent entre inquiétude et incompréhension. La récente décision de la Banque de Maurice de revoir le repo rate à la hausse, le faisant passer de 4,50 % à 4,75 %, fait grincer les dents de nombreux Mauriciens déjà confrontés à une situation économique difficile. Alors que le coût de la vie ne cesse d’augmenter de jour en jour, cette nouvelle hausse aura un impact direct sur le budget des ménages et des entreprises ayant des prêts ou des leasings, avec des remboursements appelés à grimper davantage. Si certains affirment ne pas être surpris par cette décision, compte tenu du contexte économique actuel, beaucoup d’autres craignent qu’elle n’accentue encore plus la pression sur leur portefeuille. Entre la flambée des prix, l’érosion du pouvoir d’achat et les dépenses quotidiennes toujours plus lourdes, de nombreux Mauriciens disent avoir le sentiment d’être en mode survie.

Yash Ramchurn, directeur d’entreprise : «Une mesure difficile mais nécessaire»

«Même si cette mesure peut sembler difficile maintenant, elle a aussi des avantages sur le long terme car elle peut aider à stabiliser les prix dans le pays. Elle limite l’inflation et protège le pouvoir d’achat tout en renforçant la confiance des investisseurs dans l’économie mauricienne. Elle contribue à la stabilité financière du pays. La hausse du taux directeur représente un équilibre délicat. Cependant, à court terme, elle peut créer des contraintes supplémentaires pour les familles et les entreprises mauriciennes, notamment à travers l’augmentation du coût des prêts. Mais je suis d’avis que cette décision vise un objectif plus large qui est de contrôler l’inflation et de protéger l’économie du pays. Si elle fonctionne comme prévu, elle pourrait aider à stabiliser le coût de la vie et assurer une économie plus solide et durable pour Maurice. En résumé, il s’agit d’une mesure difficile mais nécessaire pour préserver la stabilité économique du pays dans une période sensible.»

Agnelle Scipion-Ramdoo, enseignante : «On ne vit plus vraiment, on survit»

«Avec le coût de la vie actuel, il devient de plus en plus difficile de garder la tête hors de l’eau. Déjà que beaucoup peinent à remplir leur panier, cette nouvelle hausse apparaît comme un coup de massue supplémentaire pour les consommateurs. En tant que maman et personne qui envisage de construire, ce genre de situation pousse à la réflexion. Je dirais même que c’est très décourageant. Je pense que beaucoup finiront par renoncer à leur rêve d’avoir un jour leur propre toit. Cela va aussi certainement décourager de nombreux jeunes. Entre les prêts, le coût des matériaux et les dépenses du quotidien, la charge devient de plus en plus lourde pour les familles. On ne vit plus vraiment, on survit. D’un côté, il y a les expatriés qui deviennent propriétaires, et de l’autre, des Mauriciens qui peinent à accéder à un logement décent. Le contraste est flagrant.»

Avinash Ram, Management Accountant : «Une dynamique sociale dangereuse»

«La décision de la Banque de Maurice d’augmenter le taux directeur n’a pas été surprenante. En réalité, compte tenu du contexte mondial, elle était presque attendue. Mais la question plus profonde est la suivante : une hausse supplémentaire de 25 points de base peut-elle réellement résoudre les pressions économiques auxquelles les Mauriciens ordinaires font aujourd’hui face ? À mon avis, la réponse est NON ! Car Maurice ne fait plus uniquement face à un problème monétaire. Elle fait face à une crise structurelle de l’accessibilité financière. Et de petits ajustements des taux d’intérêt ne peuvent pas réparer des faiblesses structurelles qui se sont installées silencieusement au fil des années sous la surface de l’économie. Les politiques économiques sont souvent abordées à travers un langage abstrait :"anticipations d’inflation", "resserrement monétaire", "absorption de liquidité", "stabilité des prix". Mais les familles ordinaires ne vivent pas dans des manuels d’économie. Leur réalité est différente. Elles vivent dans des budgets mensuels. Et pour de nombreux ménages mauriciens, ces budgets sont aujourd’hui sous une forte pression. Cela crée une dynamique sociale dangereuse. Les gens continuent de travailler. Beaucoup travaillent même plus qu’avant. Et pourtant, financièrement, ils se sentent de plus en plus fragiles.»

Reshma Rajcomar, assistante du secrétaire général : «Le Mauricien lambda est voué à tout encaisser»

«La Banque de Maurice a voulu prendre les devants pour gérer le taux d’inflation, ce qui, en soi, est une bonne manœuvre, car cela permettra aussi d’éviter que la roupie mauricienne ne se déprécie davantage. Mais cette décision pèse lourd dans la balance, parce que pour le Mauricien qui a plein de projets en tête, se tourner vers une banque pour obtenir un emprunt devient plus difficile. Et celui qui a déjà des emprunts se retrouve maintenant à payer plus. Cette décision affectera aussi le taux de chômage. Les entreprises qui ne pourront plus rembourser leurs emprunts risquent de se retrouver dans l’obligation de licencier des employés pour pouvoir rester à flot. Le Mauricien lambda est voué à tout encaisser : on se lève tous les matins pour travailler et essayer au maximum de faire des économies qui, malheureusement, serviront simplement à pallier une vie qui devient de plus en plus chère. Au final, ceux qui semblent sortir gagnants sont les banques et les grosses entreprises. Personnellement, j’aurais aimé que nos dirigeants prennent le temps de voir comment le Mauricien doit gérer tout un budget pour que sa vie continue de tourner comme il le faut. Je trouve que cette décision a été prise trop vite et je pense qu’il y aura encore des conséquences, surtout avec les conflits actuels en Iran.»

Irfaan Hussein, entrepreneur : «Je ressens une profonde tristesse et un découragement»

«C’est du jamais vu à Maurice. Nous vivons aujourd’hui dans un pays où de plus en plus de Mauriciens glissent vers la pauvreté. Il y a un sentiment général de détresse. La récente hausse du repo rate va impacter fortement tous les ménages et entreprises ayant des prêts ou des leasings, dans un contexte économique déjà très difficile. Seuls ceux disposant de grosses économies en banque pourront éventuellement profiter de meilleurs rendements en intérêts, tandis que la majorité verra sa charge financière s’alourdir.À cela s’ajoutent la pression sur les PME, la réforme des pensions ainsi que la flambée des prix, du carburant, du diesel, de l’électricité et de la taxe routière. Le pouvoir d’achat diminue fortement, ce qui rend la vie quotidienne de plus en plus difficile. Dans le même temps, les tensions sociales augmentent avec plus de road rage, d’accidents et de violences. Le law and order semble fragilisé, tandis que la drogue continue de ravager la jeunesse. Certains criminels obtiennent des cautions et ressortent presque en héros. La roupie se déprécie, les allocations pour enfants sont réduites, et l’économie paraît en recul.

Dans un pays de seulement 1,2 million d’habitants, cette accumulation de crises est difficile à comprendre. Beaucoup de Mauriciens, pourtant travailleurs et déterminés à construire un avenir pour leurs enfants, se retrouvent découragés face à des conditions de vie de plus en plus difficiles. Pour ma part, je ressens une profonde tristesse pour mon pays et un découragement grandissant à l’idée de rester dans ce que l’on appelle pourtant une île paradisiaque.»

L’économiste Manisha Dookhony : «Un petit coup de frein aujourd’hui pour éviter un crash plus tard»

Alors que la hausse du repo rate continue de faire réagir, beaucoup de Mauriciens s’interrogent sur les raisons qui ont poussé la Banque de Maurice à agir dans un contexte où les ménages font déjà face à une pression financière de plus en plus insoutenable. Pour mieux comprendre les enjeux derrière cette décision et ses conséquences possibles sur l’économie et le quotidien des familles, Manisha Dookhony, économiste, apporte son éclairage.

Pourquoi la Banque centrale intervient maintenant alors que les ménages suffoquent déjà ?

Parce qu’elle regarde ailleurs que dans le caddie des courses. Oui, l’inflation a ralenti. Mais l’argent qui circule dans le système bancaire, lui, n’a pas disparu. Sauf que cela a gonflé le prix de l’immobilier. Les prix des logements ont bondi bien plus vite que les salaires. Et ça, la Banque ne peut pas l’ignorer. Elle a peur que cet excès d’argent ne finisse par se réveiller un jour et ne frappe l’inflation courante. Alors, elle préfère taper maintenant, même si ça va piquer un peu pour les ménages. C’est un choix : un petit coup de frein aujourd’hui pour éviter un crash plus tard. Il y a aussi la possibilité que les prix grimpent encore dans les mois à venir car la guerre n’est pas encore finie.

Est-ce que ça cache une inquiétude plus profonde ?

Oui et non. Ce n’est pas la panique. Ce qui la tracasse vraiment, c’est que ses outils ne marchent plus très bien. Le taux officiel est à 4,75 %, mais dans les faits, l’argent reste abondant et pas cher. Les banques continuent de placer leurs sous chaque nuit à un taux bien plus bas. Donc, le signal qu’elle envoie avec son taux, c'est qu'il n’arrive pas vraiment jusqu’au terrain pour financer des projets et des investissements. En augmentant, elle essaie surtout de dire : «On est là, on contrôle encore, et on ne suit pas bêtement les Américains ou les Anglais.»

Jusqu’où peut-elle aller sans casser les ménages endettés ?

Pas très loin, honnêtement. La population a déjà des crédits immobiliers, des prêts pour les électroménagers, pour leur voiture. Chaque hausse de taux alourdit les mensualités. La Banque le sait. C’est pour ça qu’elle n’a augmenté que de 0,25 point, pas plus. Mais si elle doit continuer parce que le pétrole flambe ou parce que les liquidités ne se résorbent pas, elle finira par coincer les ménages entre des remboursements plus lourds et un pouvoir d’achat qui ne suit pas. À un moment, elle ne pourra plus lutter contre l’inflation uniquement avec le taux. Il faudra aussi aspirer les liquidités autrement, ou calmer le marché immobilier par d’autres moyens. Sinon, elle risque de casser la consommation et de pousser des familles dans le rouge. Et ça, personne n’a envie de voir ça.

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