Quand les enquêteurs de la Financial Crimes Commission (FCC) procèdent à l’arrestation de Mamy Ravatomanga, le 24 octobre 2025, rien ne laisse présager que le dossier va s’étirer sur près d’une année. Depuis, l’homme d’affaires malgache controversé très proche de l’ancien président Andry Rajoelina est toujours privé de liberté et ses avocats n’ont cessé d’explorer les différentes voies judiciaires pour obtenir sa remise en liberté.
La première demande de remise en liberté conditionnelle est présentée devant la Bail and Remand Court (BRC). La FCC s’y oppose, faisant notamment état des risques de fuite, d’interférence avec des témoins et d’altération d’éléments de preuve. Le 30 décembre 2025, la magistrate Karuna Dwarka Davay rejette la demande. L’enquête étant toujours en cours, les craintes avancées par la FCC sont jugées suffisamment sérieuses pour justifier le maintien en détention.
Pour la défense, ce premier revers n’est toutefois pas synonyme d’abandon. Les avocats de Mamy Ravatomanga annoncent leur intention de contester cette décision devant la Cour suprême. En janvier 2026, la défense engage donc une procédure de «bail review». Me Joy Beeharry et Me Khushal Lobine contestent notamment certains éléments retenus par la BRC. L›état de santé de leur client fait également partie des arguments avancés. Le dossier se retrouve devant la Cour suprême en février. La FCC, ainsi que le bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP), font connaître leur opposition.
Les débats se poursuivent au mois de mars. La défense soutient notamment que les conclusions de la BRC doivent être considérées et que la situation de son client, notamment sur le plan médical, n›a pas été suffisamment prise en compte. Mais ce recours connaît lui aussi une issue défavorable. Le 26 mai 2026, la Cour suprême rejette le recours de Mamy Ravatomanga et confirme, dans les grandes lignes, la décision de la BRC.
Parmi les facteurs pris en considération figurent notamment le risque de fuite, le risque d›interférence avec les témoins ou encore la possibilité d›une manipulation des preuves. La question de ses avoirs et de ses attaches à l›étranger est également évoquée. Concernant son état de santé, la cour estime qu›il n›a pas été démontré que les infrastructures pénitentiaires mauriciennes seraient dans l›incapacité de lui assurer les soins nécessaires.
Pour la défense, la bataille est toutefois loin d›être terminée. Les avocats de Mamy Ravatomanga reviennent à la charge avec une nouvelle demande de remise en liberté. Cette fois, l›argumentation s›appuie notamment sur la durée de la détention provisoire et sur l›évolution de l›enquête de la FCC.
La défense estime que la prolongation de la détention ne peut être indéfinie alors que l›enquête suit son cours. La question des garanties proposées par la défense devient alors déterminante. Parmi celles-ci figure notamment une résidence à Belle-Vue-Harel. La FCC soulève des réserves concernant cette adresse, notamment en raison de la durée du bail qui devait arriver à échéance le 26 août 2026.
La Commission conteste également la fiabilité du garant proposé, celui-ci faisant lui-même l›objet d›une enquête. Alors que les démarches se poursuivent à Maurice, la défense décide d›explorer une autre voie. En juillet, elle saisit le Judicial Committee of the Privy Council à Londres. Il ne s›agit pas, à ce stade, de demander à cette instance de se prononcer directement sur les accusations portées contre Mamy Ravatomanga.
Le Malgache veut contester des aspects juridiques liés à son maintien en détention et à l›interprétation de la législation mauricienne sur la liberté sous caution. Le 22 juillet, une demande d›autorisation d›appel est déposée auprès du Privy Council. Cette démarche donne une nouvelle dimension internationale à une affaire qui, depuis le début, est suivie avec attention à Madagascar.
Un autre développement intervient à la fin de juillet. Le 30 de ce mois, la FCC retire son objection préliminaire concernant la recevabilité de la nouvelle demande de remise en liberté. Cela ne signifie toutefois pas que la Commission accepte le principe d›une libération. Au contraire, elle maintient son opposition sur le fond. Les débats sont alors programmés pour les 17 et 18 août.
L›Acting Director de l›Investigation Division de la FCC, Paramhans Alleear, est appelé à témoigner. Son témoignage doit permettre à la cour de mieux comprendre l›état de l›enquête et les raisons pour lesquelles la Commission continue de considérer qu›une remise en liberté présenterait des risques. Le contre-interrogatoire est mené par Me Khushal Lobine, l›un des avocats de Mamy Ravatomanga. À l›issue de ces audiences, la bataille judiciaire n›est toujours pas terminée. Mamy Ravatomanga demeure détenu à Melrose dans l›attente de la suite de la procédure.
À Madagascar, l›affaire continue également de susciter de nombreuses réactions. La presse malgache s›est intéressée aussi bien à son arrestation qu›à ses différentes tentatives de retrouver la liberté. Madagascar Tribune avait notamment rapporté le rejet de sa première demande de caution. Plus récemment, Studio Sifaka s›est penché sur les nombreuses rumeurs circulant autour d›une éventuelle libération de l›homme d›affaires. Dans une publication consacrée à la vérification de ces informations, le média rappelle qu›aucune décision judiciaire n›avait alors ordonné sa libération.
Ces informations ont une résonance particulière à Madagascar, où Mamy Ravatomanga est une personnalité économique connue et dont les activités ont longtemps suscité l›intérêt du public et des médias. Près de dix mois après son arrestation, le dossier Ravatomanga reste donc loin de son épilogue.
La défense a déjà essuyé plusieurs revers, d›abord devant la BRC puis devant la Cour suprême. Elle a néanmoins multiplié les démarches : nouvelle demande de bail, contestation des conditions de détention et recours envisagé devant le Privy Council. De son côté, la FCC maintient que les risques liés à une éventuelle remise en liberté restent suffisamment importants pour justifier son maintien en détention.
La prochaine étape judiciaire pourrait donc être déterminante. Les débats reprendront les 26 et 27 août. En attendant, Mamy Ravatomanga reste derrière les barreaux, tandis que son bras de fer avec les autorités mauriciennes se poursuit sur plusieurs fronts judiciaires. Et une question demeure : après neuf mois de détention et plusieurs recours, Mamy Ravatomanga parviendra-t-il enfin à convaincre la justice de lui accorder la liberté conditionnelle ?