Un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre et de larmes
«Il aura fallu des décennies de combats, de témoignages brisés et de mobilisations citoyennes pour qu’une évidence s’impose enfin à une majorité d’Européens : on ne “guérit” pas une orientation sexuelle ou une identité de genre. Les prétendues “thérapies de conversion” ne sont pas des soins, ce sont des violences psychologiques et parfois physiques d’un autre âge. Je me réjouis donc que le Parlement européen qualifie enfin ces pratiques de “honteuses et inacceptables”. Il faut appeler les choses par leur nom : ces méthodes relèvent de la barbarie morale. Derrière des discours pseudo-religieux ou pseudo-scientifiques, il y a des vies détruites, des jeunes poussés à la culpabilité, à la dépression, parfois au pire. Et sur ce sujet, la France peut être fière d’avoir été pionnière. Dès 2022, notre pays a interdit les thérapies de conversion avec une loi portée par la majorité présidentielle et votée très largement au Parlement. Cette loi a permis de sanctionner pénalement ceux qui prétendent “corriger” l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. À l’époque déjà, certains expliquaient qu’il ne fallait pas “aller trop vite”. Comme souvent lorsqu’il s’agit de droits humains, les frileux d’hier deviennent les silencieux d’aujourd’hui. Maintenant, l’Europe doit aller jusqu’au bout. La Commission invoque des limites juridiques ? Très bien. Alors, changeons le cadre juridique. Quand il s’agit de protéger la dignité humaine, l’Union européenne ne peut pas se contenter de demi-mesures technocratiques. La liberté, ce n’est pas de tolérer qu’on humilie des personnes LGBT au nom de traditions rétrogrades. La liberté, c’est de permettre à chacun de vivre pleinement, sans honte, sans peur et sans avoir à demander pardon pour ce qu’il est.»
Les thérapies de conversion en question
«Je n’ai pas forcément envie de m’étaler dans les détails sur ce que j’ai vécu, parce que cela relève aussi de l’intime. Et je pense qu’on vit parfois dans une drôle d’époque : certains réclament des témoignages comme on consomme des documentaires. Or, derrière ces sujets, il y a des blessures très réelles. Ce que je peux dire, en revanche, c’est que les thérapies de conversion ne ressemblent pas toujours à l’image caricaturale qu’on s’en fait. Ce n’est pas forcément une cave obscure avec des gourous fanatiques. C’est souvent beaucoup plus insidieux. Du harcèlement moral permanent. Des rendez-vous lourds et culpabilisants, tantôt chez le psychologue, tantôt chez le pasteur. Une mécanique où l’on vous répète que vous devez être “corrigé”, “réparé”, “normalisé”. Et parfois, cela va très loin dans l’absurde. Même le relooking y passe. Comme si changer une coupe de cheveux ou une manière de s’habiller allait transformer ce que vous êtes profondément. Avec le recul, cela en dit surtout long sur la panique de certains face à la différence. Je crois qu’il y a deux façons d’en sortir : soit on en ressort complètement détruit, soit on décide d’en faire une force. Moi, j’ai choisi la deuxième option. Aujourd’hui, si j’en parle publiquement, ce n’est pas pour régler des comptes ni pour susciter la compassion. C’est parce que je refuse que d’autres jeunes traversent ce type de violences dans le silence et la honte. Et aussi parce que je considère qu’en politique, on ne défend jamais aussi bien la dignité humaine que lorsqu’on sait ce que son absence produit concrètement.»
Pride Month, un moment de fierté
«Le Pride Month est un moment de visibilité, de fierté et de célébration, évidemment. Mais il ne faut jamais oublier pourquoi ces marches existent. Si nous devons encore descendre dans la rue en 2026 pour rappeler qu’un homosexuel mérite les mêmes droits, la même sécurité et la même dignité que n’importe quel autre citoyen, c’est bien que le combat n’est pas terminé. Et ce combat est permanent, parce que l’obscurantisme rôde toujours. Il change parfois de visage, de vocabulaire ou de costume, mais il est toujours là. Certains veulent nous faire croire que les droits LGBT seraient “acquis pour toujours”. C’est faux. L’Histoire nous enseigne justement que les libertés reculent dès que les démocrates baissent la garde.
J’ai surtout une pensée pour les jeunes homosexuels du Sénégal, et plus largement pour tous ceux qui vivent dans des pays où aimer une personne du même sexe reste un crime. Aujourd’hui encore, dans le monde, plus de 65 pays pénalisent l’homosexualité.
Et derrière ce chiffre, il y a des réalités effroyables : des peines de prison, des amendes, des travaux forcés, des châtiments corporels, et même parfois la peine de mort. Rien que le dire à voix haute paraît irréel : en 2026, des êtres humains risquent encore d’être tués simplement parce qu’ils sont gays. Rendez-vous compte de ce que cela signifie ! Être condamné non pas pour ce que l’on fait, mais pour ce que l’on est. Alors oui, en Europe, nous avons progressé. Et heureusement…»
