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D’un monde à un autre…

Au-delà des débats provoqués par les résultats du School Certificate, reste, qu’on le veuille ou non, un constat fondamental : notre système éducatif ne correspond pas aux besoins de nos étudiants d’aujourd’hui. Depuis l’annonce des résultats, des critiques fusent et fustigent ces milliers de jeunes qui, parce qu’ils ne détiennent pas les cinq credits, seraient, selon une majorité d’avis, des paresseux, des étudiants qui profitent de la gratuité de l’éducation ! Ne parlons pas de l’utilisation des smartphones, pointée du doigt car étant coupable devant le tribunal de l’opinion publique d’une supposée baisse de niveau dans la performance académique de notre jeunesse. L’ironie est que ces commentaires viennent souvent de ceux qui passent autant de temps, sinon plus, sur leur téléphone, mais nous diront-ils, eux, n’ont pas d’examens à la fin de l’année ! 

 

De toutes les opinions émises, nombre d’entre elles, un brin réactionnaires, tombent dans la facilité du piège de la comparaison des époques. Comme si l’on peut mesurer le temps d’aujourd’hui avec celui d’avant, en ne prenant pas en considération les contextes. Beaucoup de voix s’élèvent pour faire accroire qu’au temps de leurs années de collège, il leur fallait autant les cinq credits, qu’ils l’ont fait sans difficulté et que, forcément, la génération actuelle est bête, sinon feignante. Cela ressemble à une forme d’auto-satisfaction, frisant un égoïsme, tendant à faire croire qu’on est meilleur que les autres, pour mieux se réfugier dans un monde nostalgique connu comme «avant, c’était mieux» ! Si l’on regarde dans la direction de cette école de pensée, les 5 518 élèves (à qui nous disons bravo) qui passeront en grade 12 n’auraient donc pas de smartphones, ont fait forcément plus d’efforts que les autres et illustrent la crème du système éducatif.

 

Si c’est un fait que tout système de sélection produit forcément une élite, est-ce pour autant juste de mettre la responsabilité de l’absence des cinq credits sur les uniques épaules des collégiens ? Ces résultats ne traduisent-ils pas plutôt la faillite de tout un système, nous invitant à ouvrir les yeux et à revoir en profondeur la source du mal à tous les niveaux : mode d’enseignement, valeurs véhiculées par l’école, qualité de nos profs, moyens technologiques, méthodologie d’évaluation de performances, environnement familial, évolution de la société… Ne devrait-on pas digérer l’idée du passage d’un monde à un autre en tentant de trouver des solutions durables face aux défis d’aujourd’hui au lieu de nous en prendre à ces milliers d’étudiants ? Qu’on le sache, les quelque 13 000 collégiens qui ne pourront accéder à la Lower VI faute de ne pas avoir obtenu cinq credits n’ont pas fonctionné ensemble comme un seul bloc en se donnant le mot pour délaisser leurs études au profit de leur smartphone. Ça se saurait si ceux-là, qui fréquentent l’école depuis leur tendre enfance, avaient décidé sciemment de ne pas obtenir les cinq credits pour ne pas poursuivre leurs Higher School Certificate (HSC) !

 

D’autant que, à voir de près les résultats, 70,93 % ont réussi ces examens. C’est le mode de sélection qui ne leur permet pas d’aller plus loin sur le plan scolaire. Si d’aucuns estiment que la méthode Ramgoolam, qui favorisait les trois credits pour poursuivre le HSC, s’apparente à un nivellement par le bas, d’autres voient l’obligation des cinq credits du gouvernement Jugnauth comme un goulet permettant uniquement à un gratin d’émerger.

 

Entre-temps, il faut s’interroger sur ces milliers d’étudiants – surtout ceux qui en sont à leur deuxième tentative – à qui on dit que leur parcours académique dans l’école publique s’arrête là. Qu’ils ne pourront donc compter sur l’éducation nationale pour un jour avoir une place dans une institution tertiaire. Ne faut-il pas se demander si nous ne produisons pas ainsi des citoyens vus comme étant de seconde zone ? Ne devrions-nous pas nous interroger en nous demandant si le système est équitable et permet l’égalité des chances ? Est-ce au gouvernement de décider que 13 000 étudiants ne pourront continuer leur classe alors que nombre d’entre eux (avec moins de credits, certes) ont réussi leurs examens et font partie des 70 % de réussite ? Est-ce à l’État de décider que ceux-là devraient embrasser les filières pré-professionnelles, même s’il y a définitivement du bon dans les écoles polytechniques ? Aucun gouvernement ne peut se permettre de compromettre les rêves et le futur d’une jeunesse.

 

Cette génération-là représente l’avenir de notre pays. Pensons-y !