La National Crime Agency (NCA) était au cœur des critiques de Paul Bérenger, lors de la conférence de presse du Fron Militan Progresis (FMP), ce samedi 3 octobre. Le leader du mouvement ne remet pas en cause le principe de remplacer la Financial Crimes Commission (FCC), mais conteste ce qui est proposé par le gouvernement : «Nous sommes contre la Financial Crimes Commission, il faut la remplacer mais pas quelque chose de pire», affirme Paul Bérenger. Son principal point de désaccord concerne les rapports entre la future NCA et le Commissaire de police. Selon lui, permettre au Directeur général de la NCA de reprendre certaines enquêtes menées par la Police risque d’affaiblir l’autorité d’un poste constitutionnel. Il réclame plutôt la création d’un National Police Service (NPS), qui permettrait, selon lui, de consolider l’autorité du Commissaire de police et d’intégrer la NCA dans une architecture policière plus cohérente. Il estime par ailleurs que le modèle mauricien proposé ne suit plus l’évolution actuelle du modèle britannique. Le gouvernement britannique prévoit effectivement la création d’un National Police Service appelé à intégrer la National Crime Agency et d’autres structures nationales de lutte contre la criminalité. Autre sujet de préoccupation : la nomination du premier Directeur général de la NCA. Bérenger conteste notamment le dispositif transitoire et estime qu’il pourrait créer une proximité excessive avec le pouvoir exécutif : « Le premier DG par intérim sera nommé par Navin Ramgoolam. Ça le met totalement sous contrôle politique du Premier ministre, c’est dangereux et inacceptable.»
Son appel au gouvernement est donc de temporiser et de ne pas se précipiter à la rentrée parlementaire : « Pran letan etidie li bien ! Rann enn servis pei ! » Pour lui, il n’y a pas d’urgence à faire avancer un texte aussi fondamental.
Mais ses critiques dépassent la seule NCA. Paul Bérenger s’en prend également au Premier ministre Navin Ramgoolam, estimant qu’il existe «une crise de confiance envers sa personne» et qu’il ne devrait pas, selon lui, porter une réforme aussi fondamentale. Il réclame un nouveau Premier ministre et un nouveau Commissaire de police pour revoir plus largement la question du law and order.
Paul Bérenger a également abordé la prochaine nomination du Commissaire électoral, qu’il présente comme un choix particulièrement important pour le fonctionnement démocratique du pays. Il insiste sur la nécessité de retenir une personnalité qualifiée, compétente et intègre, mais estime aussi que les conditions de service doivent être suffisamment attractives pour attirer des candidats de haut niveau : «Le Commissaire électoral joue un rôle fondamental, un rôle essentiel. Il est le cœur même de la démocratie.» Bérenger rappelle que la Judicial and Legal Service Commission aura un rôle central dans cette nomination et estime que la responsabilité qui lui incombe est considérable. Le mandat de l’actuel Commissaire électoral arrivant à échéance en janvier prochain, il appelle à ce que le prochain titulaire bénéficie de garanties permettant de préserver son indépendance. À plus long terme, il souhaite toutefois que le pays ouvre une réflexion sur le fonctionnement même de cette institution : faut-il continuer avec un seul Commissaire électoral ? Le mode de nomination actuel est-il toujours le plus approprié ? Pour alimenter cette réflexion, il cite notamment le cas indien, où la composition et le mode de nomination de la Commission électorale ont fait l’objet de débats judiciaires et législatifs importants. En 2023, la Cour suprême indienne avait notamment proposé, dans l’attente d’une intervention du législateur, un mécanisme de sélection associant le Premier ministre, le Leader de l’opposition et le Chief Justice of India. Le Parlement indien a ensuite adopté une loi différente, elle-même contestée devant la Cour suprême. Pour Bérenger, ces questions doivent toutefois être examinées «à tête reposée». «On joue avec le cœur de la démocratie », insiste-t-il.