«Façonner un avenir en paix». Tel est le thème choisi cette année par l’UNESCO à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse observée chaque 3 mai. Ce qui coïncide avec le fait que 2025 a été l’année la plus meurtrière jamais enregistrée par l’ONG internationale Committee to Protect Journalists (CPJ). Selon eux, 129 journalistes et professionnels du media ont été tués l’année dernière parmi lesquels deux tiers sont des victimes de la guerre déclenchée par Israel.
Le thème a aussi été abordé lors du séminaire organisé le jeudi 30 avril, à l’Université de Maurice, à l’occasion de cette journée spéciale – comme c’est le cas chaque année – avec une forte participation des étudiants. Christina Chan-Meetoo, Senior Lecturer en Communication et en Journalisme, a notamment souligné que même si nous ne faisons, heureusement, pas face aux violences directement ciblées envers les professionnels des médias à Maurice, il existe toujours des problèmes systémiques qui contribuent à un sentiment d’insécurité.

Toutefois, pour être plus en phase avec la réalité mauricienne, l’université a choisi un thème modifié pour son séminaire : «Façonner un avenir pour un journalisme sûr, créatif et axé sur les jeunes dans une ère en pleine transformation». «Nous avions envie de modifier la thématique pour l’adapter à notre réalité axée sur la jeunesse car j’ai trop souvent des étudiants qui sont découragés et ne veulent plus poursuivre une carrière à long terme dans le journalisme après s’être aperçus des réalités du métier durant leurs stages», a expliqué Christina Chan-Meetoo.
La thématique était, évidemment, au coeur des témoignages des divers professionnels invités pour l’occasion. Plusieurs ont mis en avant le fait que le métier a beaucoup évolué ces dernières années avec l’information devenant plus accessible à travers différentes plateformes telles que la radio, la télévision et le web. Selon Abdel Baulacky, chef d’édition à la MBC, et Mukul Doollah, jeune journaliste multimédia chez le Défi Media Group, il y a une demande croissante aujourd’hui pour le journaliste qui sait comment générer du contenu à travers les divers médias, mais cela vient avec un prix à payer.
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Face à la compétitivité médiatique, la presse écrite se réinvente elle aussi. Pour Cloé L’Aimable, jeune journaliste de 5-Plus Dimanche, le coté humain est définitivement une signature qui permet de se démarquer des compétiteurs tout en instaurant des valeurs clés du métier au sein de la nouvelle génération de gens de la presse.
«Journaliste à vie»
Nirvan Armoogum ex-journaliste reconverti en Digital Marketer au sein de Business Publication Ltd, parle, lui, des contraintes du métier qui poussent à la reconsidération sur le long terme. Un plafond peut facilement être instauré sur l’échelle hiérarchique, dit-il, et peut s’avérer financièrement insoutenable pour beaucoup de personnes. Pour Richard Le Bon, rédacteur-en-chef de Business Magazine, même si quelqu’un décide de changer de métier par la suite, son identité ne changera pas : *«On est journaliste à vie ; la façon de penser journalistique ne se perd pas.» *

Ameerah Arjanee a, elle, choisi de travailler en freelance car travailler ainsi lui offre une liberté qu’elle ne pense pas pouvoir obtenir à temps plein. Ce choix lui permet depuis 2022 de travailler de manière contractuelle avec plusieurs entreprises de presse internationaux tout en lui offrant une certaine autonomie dans sa sélection de sujet à couvrir. Et bien sûr, tous ont fait ressortir que, la pression faisant partie intégrale du quotidien du journaliste, un débutant doit bien comprendre cette réalité et avoir une passion inébranlable pour le métier.
Les étudiants sont sortis de là ravis. Ghanishta Dhoonah, en première année, confie avoir beaucoup appris de ces échanges et que le concept du Freelance Journalism l’a étonnée : «Je ne savais pas qu’on pouvait faire du journalisme de cette manière. Devenir journaliste a toujours été un de mes choix, j’aimerais rencontrer différentes personnalités, travailler avec les gens et faire pleinsd’interviews.»

Faizaan Dulloo, étudiant en deuxième année qui a présenté un slam sur le thème «Ki to panse lor media dan Moris ?», est tout aussi enthousiaste. «J’avais la charge de la partie sur le slam et la poésie, quatre autres amis sont aussi venus de l’avant avec leur propre récit. J’ai tout le temps dit oui au métier du journaliste et je suis fier d’avoir opté pour ce chemin, car comme Richard le Bon l’a dit, journaliste un jour, journaliste toujours.»
Lloyd Lallmamode, étudiant en troisième année a, lui, joué le rôle de modérateur en binôme durant le panel de discussion. Et il en a beaucoup bénéficié. «Franchement, j’en ressors grandi. Ces échanges ont vraiment élargi mes perspectives et ma façon de voir le métier de journaliste. C’est un rêve d’enfant. Depuis tout petit, j’ai toujours voulu devenir journaliste. Ma volonté d’informer est restée et restera toujours.»
Voilà un riche échange qui a permis de marquer la Journée mondiale de la presse tout en mettant en lumière les défis et innovations dans le domaine, et en encourageant des jeunes à poursuivre dans cette voie.
