Que se passe-t-il réellement dans notre ventre ?
Vous vous demandez sûrement pourquoi votre ventre devient soudainement tout gonflé et ce qui se passe réellement à l’intérieur. Le ballonnement est l’un des symptômes digestifs les plus fréquents, mais aussi l’un des plus mal compris. On le voit souvent comme un simple problème d’inconfort ou d’apparence. Pourtant, c’est aussi un signal que le système digestif nous envoie. «Le ballonnement correspond à une accumulation de gaz et parfois de liquide dans le tube digestif, ce qui entraîne une distension de la paroi abdominale», explique Fanny Rengasamy, coach en nutrition de précision.
Concrètement, certains glucides fermentescibles, notamment certaines fibres, sucres et amidons, ne sont pas complètement digérés dans l’intestin grêle. Ils poursuivent alors leur chemin jusqu’au côlon, où les bactéries intestinales vont les fermenter. Cette fermentation produit des gaz… et c’est notamment cette accumulation qui peut donner cette sensation de ventre gonflé, tendu, voire douloureux.
Est-ce forcément dû au dernier repas ?
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le ventre gonflé après un repas n’est pas nécessairement la conséquence directe de ce que l’on vient de manger. Le phénomène peut être le résultat de plusieurs repas ou grignotages qui se sont enchaînés. Entre les repas, l’intestin grêle effectue naturellement une sorte de «nettoyage». Ce mécanisme, appelé complexe moteur migrant, correspond à des contractions qui aident à faire avancer les résidus alimentaires non digérés dans le tube digestif. «Chaque repas ou grignotage interrompt ce nettoyage pendant plusieurs heures. Si les repas s’enchaînent trop rapidement, le cycle ne se termine jamais complètement», explique Fanny Rengasamy.
Quels aliments peuvent favoriser les ballonnements ?
Certains aliments sont davantage concernés, notamment ceux riches en FODMAPs. Derrière cet acronyme scientifique se cachent des glucides à chaîne courte qui fermentent facilement dans l’intestin. On retrouve notamment l’oignon, l’ail, les légumineuses, certains légumes comme le chou, le brocoli ou le chou-fleur, les produits laitiers riches en lactose, certains fruits comme la pomme et la poire, mais aussi certains édulcorants tels que le sorbitol ou le xylitol, présents notamment dans des produits «sans sucre». Les boissons gazeuses peuvent également accentuer cette sensation de ventre gonflé. Le gluten, lui, ne provoque pas systématiquement de ballonnements. Il peut toutefois être mal toléré chez certaines personnes. Et surtout, inutile de commencer à supprimer toute une liste d’aliments de votre assiette. «Il n’existe pas de liste universelle d’aliments interdits. Le même aliment peut être parfaitement toléré par une personne et provoquer un inconfort marqué chez une autre», souligne la coach en nutrition. La tolérance dépend de plusieurs facteurs, dont le microbiote intestinal, le niveau de stress et l’état de la paroi intestinale. Autrement dit, si votre collègue peut manger une assiette de lentilles sans le moindre souci alors que vous vous retrouvez avec le ventre gonflé quelques heures plus tard, cela ne veut pas forcément dire que les lentilles sont «mauvaises» pour vous.
Manger trop vite peut-il aussi faire gonfler le ventre ?
«Eh bien oui, pour plusieurs raisons», avance Fanny Rengasamy. D’abord, il y a l’air que l’on avale. Quand on mange rapidement, qu’on parle beaucoup en mangeant ou qu’on boit avec une paille, on peut avaler davantage d’air en même temps que les aliments. Cet air peut ensuite provoquer des rots, une sensation de ventre plein et accentuer le gonflement. Quand on mange trop vite, on mâche souvent moins les aliments. Ils arrivent donc dans l’estomac en morceaux plus gros et ont été moins longtemps mélangés à la salive. Mais ce n’est pas tout. La vitesse à laquelle on mange va souvent de pair avec le stress et la précipitation. Et notre état nerveux joue lui aussi un rôle dans la digestion. «Le corps digère mieux lorsqu’il se sent détendu et en sécurité», explique Fanny Rengasamy.
Comment savoir qu’un aliment ne nous convient pas ?
Pour Fanny Rengasamy, l’un des outils les plus utiles reste le journal alimentaire et symptomatique. Pendant deux à trois semaines, il peut être intéressant de noter ce que l’on mange et ce que l’on boit, à quelle heure et en quelle quantité. Mais surtout, il faut noter comment le corps réagit : apparition des ballonnements, intensité, durée et évolution des symptômes. Le contexte compte également : niveau de stress, qualité du sommeil et, chez les femmes, période du cycle menstruel. En mettant toutes ces informations en parallèle, certains schémas peuvent apparaître. Plutôt que de se dire immédiatement «c’est sûrement le lait» ou «je ne supporte plus le gluten», on peut alors observer ce qui revient réellement. Une fois une tendance identifiée, il est possible de tester un aliment ou une famille d’aliments à la fois, de manière structurée. L’objectif n’est pas de supprimer tout ce qui pourrait éventuellement provoquer un inconfort. Cette approche permet justement d’éviter deux extrêmes : continuer à manger quelque chose qui entretient réellement les symptômes ou, au contraire, éliminer inutilement de nombreux aliments par peur de se sentir ballonné.
Que peut-on faire pour soulager naturellement les ballonnements ?
Quelques gestes simples peuvent déjà faire la différence. Manger plus lentement et bien mastiquer permettent de faciliter le travail digestif. Il est aussi conseillé de respecter de vrais intervalles entre les repas et de marcher 10 à 15 minutes après avoir mangé, afin de favoriser la motilité digestive. «Une astuce que je propose à certaines de mes clientes est d’associer cette marche à un appel téléphonique. Plutôt que de rester assise, on profite de l’appel pour marcher», explique Fanny Rengasamy. Après le repas, les graines de fenouil, la menthe poivrée, le gingembre ou encore une tisane chaude à base de fenouil ou de camomille peuvent également apporter un certain confort digestif. Il est par ailleurs préférable de limiter les boissons gazeuses et les édulcorants. La coach insiste aussi sur l’état dans lequel on prend son repas. Manger dans la précipitation, sous stress ou devant un écran ne favorise pas forcément une bonne digestion. Le ballonnement n’est donc pas forcément un ennemi à faire taire. Il peut aussi être un signal qui nous invite à ralentir et à écouter davantage notre corps.