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Chaleur extrême et isolement

Pran kont nou bann koray…

28 mars 2026

Les bénéficiaires du projet lors d’une sortie le week-end dernier dans le cadre de ce projet de restauration.

Face à la montée des températures océaniques, les récifs coralliens tentent de s’adapter. Mais dans l’océan Indien, cette adaptation pourrait être freinée par les courants marins eux-mêmes. C’est ce que révèle une récente étude menée à Maurice, à Rodrigues et aux Seychelles.

Sous la surface des eaux turquoises de l’océan Indien, une lutte silencieuse se joue : celle des coraux face à un réchauffement qui redessine leur avenir. Une récente étude menée à Maurice, à Rodrigues et aux Seychelles vient confirmer ce constat. Les chercheurs se sont intéressés à deux espèces emblématiques de coraux bâtisseurs de récifs, l'Acropora muricata et le Pocillopora damicornis, afin d’évaluer leur capacité à faire face au stress thermique. Leur conclusion apporte une lueur d’espoir : certains coraux possèdent des gènes favorisant une meilleure tolérance à la chaleur. Un espoir réel mais limité.

Car l’étude révèle surtout une fracture marquée entre les récifs du Nord, aux Seychelles, et ceux du Sud, à Maurice et Rodrigues. En cause : les courants océaniques qui freinent considérablement la dispersion des larves entre ces régions. Conséquence directe, les gènes potentiellement résistants circulent peu d’une île à l’autre. Les scientifiques ont ainsi identifié des centaines de marqueurs génétiques associés à l’adaptation thermique. Ces résultats confirment que certains récifs, notamment dans le Sud de la région, sont mieux armés pour faire face à des conditions plus chaudes et instables.

Mais cette capacité d’adaptation reste confinée à des zones bien précises. Au-delà de ces constats, l’étude appelle à repenser les stratégies de conservation. Protéger les récifs ne suffit plus : il devient essentiel de préserver leur diversité génétique et, si nécessaire, d’envisager des interventions ciblées pour favoriser la propagation des coraux les plus résistants. Ces travaux ont été menés avec la participation de Vinayagen Munusami et Vasisht Seetapah, membres de l’équipe d’Eco-Sud, avec le soutien de Sarvesh Mundil, Mehreen Nohur et Armiyo Vurdapanaiken pour la collecte des données. «La disparition des récifs coralliens constitue une menace majeure, non seulement pour les écosystèmes marins, mais aussi pour les populations qui en dépendent directement pour leur subsistance, leur alimentation et leur bien-être. Ce phénomène, qui s’est accéléré au cours des dernières décennies, appelle aujourd’hui à une mobilisation urgente, tant au niveau local qu’international», souligne Vinayageni Munusami, responsable de l’équipe scientifique d'Éco-Sud.

Engagée depuis 2008 dans la restauration des récifs du lagon de Grand-Port, l’organisation a progressivement étendu ses actions dans le sud-est de Maurice. En 2021, avec le soutien du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et de l’Adaptation Fund, ainsi que la participation de 43 habitants de la région, Eco-Sud a intensifié ses efforts dans le parc marin de Blue-Bay. Depuis 2023, l’organisation a collaboré avec SECORE International, la Fondation Odysseo et l’Université de Maurice pour développer des techniques innovantes de reproduction sexuée des coraux. L’année suivante, un nouveau projet d’adaptation fondée sur les écosystèmes a été lancé avec l’appui du CEPF et de FORENA, combinant restauration corallienne et lutte contre l’érosion côtière, notamment autour de l’île aux Phares, grâce à l’utilisation de structures telles que les spider frames.

Ces actions s’accompagnent d’un travail scientifique constant visant à affiner les méthodes de restauration et à adapter les interventions aux réalités écologiques du terrain. Elles sont également menées en étroite collaboration avec des institutions publiques comme l’Albion Fisheries Research Centre et le Mauritius Oceanography Institute. Parallèlement, Eco-Sud mène un travail de plaidoyer pour une meilleure prise en compte des récifs coralliens dans les politiques de gestion du littoral.

L’organisation s’attache à sensibiliser le public et les décideurs, tout en valorisant les connaissances issues de la recherche et du terrain, afin de promouvoir des réponses ancrées dans la science et adaptées aux réalités locales. Le constat est sans appel : face au réchauffement climatique, l’avenir des coraux dépend autant de leur patrimoine génétique que des courants marins qui les relient ou les isolent.

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