Après une marche pacifique de sensibilisation, jeunes et moins jeunes se sont répartis dans neuf rues de Belle-Rose. Déchets ramassés, branches coupées, fleurs mises en terre, murs repeints… chacun a apporté sa contribution, avec le soutien des scouts de Rose-Hill, des officiers de la municipalité de Quatre-Bornes, des policiers de la région ainsi que de la Crime Prevention Unit. Mais très vite, nous avons compris que cette matinée racontait autre chose qu’une simple opération de nettoyage. Ici, prendre soin de son quartier, c’est aussi entretenir les liens qui unissent ses habitants. Les voisins se retrouvent, les générations se mélangent et les coups de main s’enchaînent naturellement. Dans cette partie de Belle-Rose, non loin de l’usine Pepsi, nous avons suivi ces habitants qui ont choisi de bousculer, le temps d’un dimanche, leur train-train quotidien pour rendre leur quartier plus propre, plus agréable et en faire un endroit où il fait bon vivre.
Un peu plus loin, à l’avenue Lapeyrouse, du côté du jardin d’enfants municipal de Belle-Rose, nous retrouvons Avinash Motah, président de l’aile jeune du Grup Vei Nu Kartier, les mains dans la peinture et le pinceau à portée de main. Car pour lui, pas question que cette journée se résume à ramasser des déchets. «Je ne voulais pas m’arrêter juste au clean-up. Je voulais qu’il y ait des choses interactives.» Une manière surtout d’impliquer les enfants et de leur faire passer le message autrement. Avec les bénévoles, deux espaces ont ainsi pris des couleurs : le jardin d’enfants municipal et un mur du côté de Beau-Séjour Government School. Avinash a participé à la conception des dessins, volontairement simples afin que petits et grands puissent y ajouter leur touche. Devant le jardin, de vieux pneus ont également trouvé une seconde vie : repeints, ils accueillent désormais des plantes et des fleurs. Derrière les couleurs, le message reste toutefois bien sérieux. Avinash veut notamment décourager les dépôts sauvages et responsabiliser davantage les habitants. Et pour lui, impliquer les enfants est aussi une façon de toucher les adultes : difficile de salir un endroit que son propre enfant a contribué à embellir. Et le mot d’ordre choisi pour cette journée résume bien l’esprit de cette mobilisation : «Ensemble pour un quartier propre, unis pour notre avenir.»
Pendant que les habitants s’activent dans les rues, les équipes de la municipalité de Quatre-Bornes sont également de la partie. Devant l’une des deux bennes installées pour l’occasion, nous rencontrons Yeshin Rughooputh, Senior Health Inspector. Camion, sacs et personnel ont été mobilisés pour prêter main-forte aux bénévoles. Un soutien qui lui semble tout naturel. «C’est une très bonne initiative et une très bonne organisation.» Sur le terrain, Yeshin est régulièrement confronté aux dépôts sauvages et aux terrains laissés sans entretien. À Belle-Rose seulement, il indique que trois à quatre notices sont émises chaque semaine. Autant dire que l’action du Grup Vei Nu Kartier prend tout son sens. Elle coïncide également avec une campagne lancée par la ville dans le sillage du World Cleanup Day. Et l’idée, pour lui, est maintenant de voir ce type de mobilisation se faire aussi ailleurs. «Nous invitons d’autres équipes à nous rejoindre et à faire cela dans les autres quartiers aussi.» Dès le début du mois d’octobre, des interventions sont prévues chaque week-end à travers Quatre-Bornes, notamment pour le ramassage des déchets encombrants. Une façon de prolonger l’élan observé à Belle-Rose et d’encourager chacun à prendre soin de son environnement.
Chez Eddy Veerasamy, ce jour-là, la porte est grande ouverte. Sa terrasse s’est transformée en véritable point de ralliement : on y vient s’hydrater, discuter, récupérer des plantes ou simplement souffler quelques minutes avant de repartir. À 72 ans, le président du Grup Vei Nu Kartier accueille tout ce petit monde avec plaisir. Pour lui, c’est aussi cela que le groupe a changé : des voisins qui se connaissaient parfois depuis des décennies ont appris à davantage se retrouver, échanger et partager des moments ensemble. Christiane Bigaignon, trésorière de la section troisième âge du groupe, en sait quelque chose. Arrivée à Belle-Rose à l’âge de 4 ans, elle y vit depuis 68 ans. «Avant, on travaillait, on n’avait pas le temps, même pour connaître les voisins.» Aujourd’hui, les rencontres, sorties, pique-niques et autres activités ont changé la donne. «Maintenant, on connaît les gens un peu mieux.» Et voir jeunes, adultes et aînés réunis autour d’un même projet lui fait particulièrement plaisir. Pour elle, le groupe est aujourd’hui «comme une famille». Une image qu’Eddy partage lui aussi. Pourtant, lorsque le Grup Vei Nu Kartier voit le jour il y a environ 18 mois, l’objectif premier est la sécurité, après un vol survenu non loin de sa maison. Peu à peu, ses membres comprennent que les besoins vont bien au-delà. «Nous avons ajouté la solidarité, le social, l’éducation, la protection, le bien-être et la santé.» Trois sections réunissent désormais les seniors, les jeunes et, plus récemment, les femmes. Cette volonté d’agir au-delà de la sécurité s’était déjà concrétisée en août avec l’organisation d’un Health Check Day à Beau-Séjour. Cette fois, c’est autour de l’environnement que les habitants se sont mobilisés. Pour Christiane, qui se souvient encore des maisons en bois et en tôle de son enfance, voir toutes les générations mettre la main à la pâte est aussi une manière de transmettre de bonnes habitudes. Eddy, lui, retient surtout la mobilisation collective. Habitants, scouts, municipalité, policiers… chacun a apporté son aide. Mais il insiste : «Il ne faut pas que ça s'arrête ici.» Car derrière les déchets ramassés, les fleurs plantées et les murs embellis, le président veut surtout faire passer une idée simple : «Notre quartier, c’est notre maison.» Et si chacun prend soin de ce qui l’entoure comme il prend soin de chez lui, Belle-Rose ne pourra que mieux porter son nom.