En ce début de soirée du 6 septembre, Ranjiv Doolub comprend que quelque chose ne va pas. À cette heure-là, son fils Bhuvesh, plus connu comme Ayush et âgé de 19 ans, aurait dû être à son poste de vigile à Cent-Gaulettes. Mais il n’y est pas. Quelques heures plus tôt, son père et lui avait fait un videocall où il était en compagnie de deux amis. Ranjiv ne le reverra plus vivant. Depuis le mois de mai, le jeune homme travaillait comme agent de sécurité. Un travail qu’il partageait avec son père, plus connu comme «Président», qui a occupé pendant quatre mandats la fonction de président du village de sa localité.
«Nou travay ansam lor mem site. Kan li fer shift lizour mo trouv li zis apre parski momem ki pran relay apre pou fer night duty», raconte le père. Ce 6 septembre, Ayush prend son service à 6 heures. Vers 9 heures, son père lui fait un videocall pour prendre de ses nouvelles. «Pandan ki nou ti pe koze, mo’nn remarke ki ti ena de kamarad ek li ki ti pe lapes dan baz-la», se souvient Ranjiv. Le site est pourtant une zone restreinte, avec un bâtiment du CEB, une digue et une rivière où certains viennent pêcher. Pour y accéder, il faut notamment traverser des champs de canne.
À 18 heures, Ranjiv arrive sur les lieux pour prendre la relève. Mais Ayush n’est pas à son poste. «So telefonn travay, so telefonn personel ek so tablet ti dan ti mess kot nou gard nou bann zafer. Mo’nn koumans rod li lerla», se souvient Ranjiv. Ne le trouvant pas, le père appelle son fils aîné et lui raconte ce qu’il avait vu lors du videocall. Celui-ci part alors à la recherche des deux jeunes qui étaient avec Ayush quelques heures plus tôt. Il apprend que l’un d’eux est déjà rentré chez sa mère, à L’Escalier. L’autre est retrouvé endormi chez lui. Ranjiv l’emmène sur le site. Mais les réponses tardent à venir.
«Mo’nn koumans poz li kestion me li pa’nn reponn. Li’nn zis dir mwa ki li pa konn nanye», explique Ranjiv. Pourtant, un autre élément intrigue le père. Un ami lui avait indiqué avoir parlé au téléphone avec Ayush vers 11h30. Les deux jeunes, qui sont tous deux mineurs, étaient alors toujours avec lui. «Mo’nn fini kone garson-la pe koz mwa manti. Mo’nn bizin mari insiste pou li dir mwa ki sa plas kot mo garson ete la kapav li’nn fini mor», confie Ranjiv. Il est alors 19h15. Les recherches commencent. Des habitants viennent prêter main-forte. La police est alertée. Le GIPM arrive rapidement.
Pendant ce temps, un membre de la famille se rend à L’Escalier pour retrouver l’autre jeune. Petit à petit, une terrible histoire se dessine : les trois amis seraient allés nager ensemble. À un moment, Ayush aurait coulé. «Sa trwa-la abitie sorti ansam. Enn ladan finn gagn letan rant lakaz rakont so fami ki’nn arive me li pa’nn dir nou nanye. Li ti kapav fer nou kone pli boner», relate Rajiv. Le corps du jeune homme est finalement retrouvé dans la rivière. Il porte encore son pantalon de travail. «Mo garson finn noye ek so linz travay. Ena labou sa plas li’nn mor la. Nou’nn gagn so savat dan de plas zis apre», soutient Rajiv.
Pour sa famille, la douleur est immense, mais les interrogations demeurent. «Nous comprenons que c’est un accident», avance Sarita, 48 ans, la mère du défunt. Elle veut toutefois savoir ce qui s’est exactement passé durant ces heures où son fils était avec ses amis. «De kamarad-la de zanfan lakaz sa. Nou anvi konn laverite lor lamor Aysuh. Kifer zot pa’nn vinn dir nou seki finn arive ? Kifer enn ladan finn kit landrwa finn sove alor ki zot ti abitie manze bwar kot nou ?» s’interroge Ranjiv.
Ayush était aussi un jeune homme engagé dans le social, à l’image de son père, notamment au sein de «lekip souval». Il aimait la musique et jouait également dans un groupe. Il caressait le rêve d’avoir un 4x4 et travaillait dur pour réaliser son rêve. Sa vie s’est arrêtée brutalement le 6 septembre. Pour ses parents, restent désormais une absence et un chagrin immenses dont ils ne savent pas comment se remettre. L’autopsie a conclu à une «asphyxia due to drowning».
Les deux mineurs ont été interrogés pour les besoins de l’enquête. Il nous revient qu’ils ont expliqué aux enquêteurs qu’Ayush serait tombé dans l’eau et se serait noyé après avoir «glis enn kout». Ils ont été autorisés à rentrer chez eux après. L’enquête policière se poursuit pour faire la lumière sur cette affaire.