Sa victoire a comme un goût amer. Victime d’attentat à la pudeur de la part du Dr Nishan Moheeputh il y a un peu plus de quatre ans, Sabrina* a été lavée de tout soupçon de provocation le 7 juillet dernier lorsque le tribunal a déclaré le chirurgien coupable sous la section 249 du Code pénal ; un dénouement qui ne lui apporte qu’un bien maigre soulagement puisque ce long combat juridique a réduit à néant les projets d’avenir qu’elle avait si soigneusement bâtis.
En voyant chacun de ses rêves s’effondrer un à un, elle a sombré dans la dépression, terrassée par le poids de cette injustice ; une épreuve psychologique particulièrement éprouvante dont elle a encore du mal à se relever aujourd’hui. Ce mardi 25 août, le Dr Nishan Moheeputh, chirurgien plasticien de 46 ans, a été condamné à six mois de prison devant la cour intermédiaire. Ayant interjeté appel, il a été libéré sous caution en attendant son nouveau procès. Qualifiant cette première sentence d’insuffisante pour tout le préjudice causé, la victime souhaite «qu’une punition juste lui soit infligée pour restaurer mon honneur et ma dignité».
Il y a un peu plus de quatre ans, elle menait une existence comme pratiquement toutes les jeunes femmes de son âge, portée par des projets, des rêves et de grandes ambitions. Alors âgée de 29 ans, Sabrina gagnait sa vie en tant que policière ; un métier noble lui permettant de soutenir financièrement ses parents en tant que l’aînée de sa fratrie. Elle envisageait de se marier, de fonder une famille, de voyager. Hélas, du jour au lendemain, sa vie a complètement basculé lorsqu’elle s’est retrouvée au cœur d’un procès. La voix toujours aussi tremblante d’émotion, elle revient sur cette journée fatidique où son cauchemar a commencé. Suite à une blessure provoquée par du verre sur son lieu de travail quelques années plus tôt, la jeune femme avait subi une légère déformation à la lèvre. C’est ce qui l’avait incitée à prendre rendez-vous avec le Dr Nishan Moheeputh en avril 2022 en voyant une annonce pour des lip fillers sur les réseaux sociaux. Bien que le chirurgien lui a appris que l’offre promotionnelle était terminée, elle a accepté d’effectuer le full payment pour pouvoir procéder à l’intervention.
«Moralement perdue ...»
Dans son cabinet, dit-elle, «li'nn dir mwa li bien amikal, ki li pou met mwa alez, ek li'nn met enn lamisik. Li'nn dir mwa li'nn sagrin ki promo-la finn fini, ki li pou ofer mwa enn tretman fasial konplemanter. Il a insisté pour que j’enlève mon haut mais j’ai refusé». Il aurait commencé à la toucher de manière inappropriée sans son consentement, prétextant que le massage était pour soigner sa peau trop sèche. Au moment d’effectuer les lip fillers, «linn netway mo lalev ek finn fer enn anestezi. Lamwatye mo figir ti angourdi. Li'nn dir mwa li bizin anbras mwa pou li kone ki kantite fillers mo bizin. Avan mem ki mo gagn letan dir li non, linn zet li lor mwa». À ce moment-là, dit-elle, «mo pann kone kouma pou reazir. Sak fwa monn repet li mo pa dakor avek seki li pe fer me li ti pe insiste, li ti pe dir mwa relax, ti pe fer mwa bann konpliman. Il a continué de me toucher de manière inappropriée». La raison pour laquelle elle n’a pas fait usage de force, poursuit notre interlocutrice, «c’est parce que je craignais qu’il me fasse du mal avec les équipements qu’il avait en sa possession. Je n’avais qu’une envie, pouvoir quitter son cabinet saine et sauve». Après qu’elle est rentrée chez elle, encore sous le choc, elle s’est confiée à l’une de ses amies, qui lui a recommandé de porter plainte. C’était sans compter que celui-ci riposterait en consignant une déposition contre elle à son tour, l’accusant d’être l’instigatrice des faits. «Kan mo'nn aprann sa, mo'nn koumans plore. Je me suis sentie perdue moralement, d’autant que je n’avais pas informé ma famille des faits parce que j’avais tellement honte. Mo enn sinp ti dimounn ek mo'nn retrouv mwa inn depans bann gro som pou mo defann mwa.» Avec l’aide de Me Asha Ramano qui, dit-elle, «m’a beaucoup soutenue», la charge que le chirurgien avait logé contre elle a été rayée. Les messages échangés entre les deux partis ont beaucoup contribué à prouver l’innocence de la jeune femme. Cependant, les répercussions que ce procès a eues sur sa vie ont été multiples.
Les deux premières années, relate Sabrina, «j’ai été suspendue de mon travail, comme le veut la procédure. J’avais contracté un emprunt bancaire pour aider mes parents, qui avaient, eux-mêmes, déjà du mal à s’en sortir. À ce moment-là, je ne touchais que la base de mon salaire ; je n’arrivais même plus à joindre les deux bouts. J’avais à peine suffisamment d’argent pour me nourrir. Li pa ti fasil. Tous les projets que j’avais – me marier, voyager – sont tombés à l’eau». Même après qu’elle a pu réintégrer son poste, poursuit la jeune femme, «j’ai senti que le regard de certains était différent. Ma réputation a été ternie. Se pa tou dimounn ki krwar dan mo version, sirtou fas a enn dokter». Sans compter que «sa de lane monn perdi dan mo travay, mo pou bizin retourn sa par la swit pou konplet mo tan servis». Qualifiant la première sentence de six mois d’emprisonnement infligée au médecin par le tribunal d’insuffisante, elle déplore que «la ousi li pa aksepte alor ki mwa monn tromatise a vi». À ce jour, elle continue de craindre de faire l’objet d’allégations infondées de la part du médecin. C’est la raison pour laquelle elle a pris la décision de consigner une Precautionary Measure après avoir appris que la liberté sous caution lui avait été accordée en attendant son procès en appel. Elle place désormais toute sa foi dans le judiciaire, souhaitant de tout cœur «que la loi sera appliquée équitablement indépendamment du statut social d’un accusé».
(*prénom modifié)