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Par Elodie Dalloo
26 mars 2026 09:12
En l’espace de quelques jours, l’enquête sur la disparition de Yogeshwaree Bhujun, âgée de 37 ans, a connu des développements majeurs. L’arrestation de trois suspects, le samedi 14 mars, a orienté cette affaire vers un meurtre prémédité. Alors que les recherches sont toujours en cours pour retrouver le corps de la trentenaire dans le lagon de Case-Noyale, les interrogations subsistent quant au motif et aux circonstances ayant conduit à sa mort puisque les individus appréhendés, notamment son compagnon, le Dr Arvind Ramchurn, ont avancé des versions contradictoires. En attendant que l’enquête progresse, l’entourage de la victime, submergé de questions, s’exprime.
Leurs dernières illusions se sont envolées lorsque la piste criminelle s’est précisée. L’enquête sur la disparition inquiétante de Yogeshwaree Bhujun, plus connue sous le nom de Deepika, âgée de 37 ans et portée manquante depuis le 23 février dernier, a connu une accélération brutale avec l’arrestation de trois autres suspects et leurs témoignages, brisant net le mince espoir que les membres de sa famille entretenaient encore de la retrouver en vie.
Le mardi 10 mars, rappelons-le, son concubin, le Dr Arvind Ramchurn, 47 ans, a été inculpé pour meurtre dans le cadre de cette affaire où il continue de nier avoir orchestré le meurtre de sa compagne. Quatre jours plus tard, soit le samedi 14 mars, les limiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT) ont procédé à l’arrestation de trois autres individus après avoir longuement visionné les images des caméras Safe City. Il s’agit de Fadhill Hoossen Dulloo, un Nursing Officer de 40 ans, Mamade Imteaize Peeroo et Khalif Ul Ahmad Raffick, tous deux âgés de 46 ans. Ils sont notamment soupçonnés d’avoir aidé à transporter le corps de Yogeshwaree Bhujun jusqu’à la jetée de Case-Noyale, où ils auraient pris place à bord d’une embarcation avant de balancer le cadavre dans des eaux plus profondes. S’ils disent avoir suivi les instructions du Dr Arvind Ramchurn, les investigations se poursuivent afin de déterminer les responsabilités de chacun.
L’entourage de Yogeshwaree Bhujun vivait dans l’ombre de cette éventualité depuis des jours, car «elle n’aurait jamais quitté la maison en abandonnant ses enfants», nous avait déclaré son père Prakash. Cependant, pour lui comme pour ses sœurs, les récents développements majeurs survenus dans le cadre de cette enquête policière ont rendu leur douleur encore plus réelle. Lorsque nous les rencontrons chez eux, à Lallmatie, ils tournent et retournent les faits dans leur esprit, en cherchant un sens là où il n’y a que de la barbarie. Ils avaient, certes, pris connaissance des problèmes de couple de Yogeshwaree et de son époux l’an dernier mais, affirment-ils, «zame nou ti panse ki so misie kapav fer enn travay koumsa». Ils sont davantage attristés par le sort de leurs deux enfants – une fille ayant célébré ses 3 ans le 12 mars et un fils de 9 mois. «Se enn mari kado laniverser ki sa papa-la finn donn so tifi», ironisent amèrement Ansuya et Savritee, les tantes de la victime. «Azordi mama finn mor, papa dan prizon, se sa de zanfan-la ki pou soufer», lâchent-elles, profondément accablées. Ils avaient d'abord été confiés à une amie du Dr Arvind Ramchurn, mais un préposé du ministère de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille précise qu’à la demande du père, ils ont finalement été placés sous la garde de leur oncle paternel.
À ce stade de l’enquête, le plus grand souhait des proches de Yogeshwaree Bhujun est de connaître la vérité sur ce qui lui est arrivé. «Nou kone nou finn perdi li, me nou anvi kone ki finn pase. Ziska ler nou pankor kapav komans fer nou dey, nou ankor pe atann laswit lanket pou nou kapav koumans bann servis.» D’après nos renseignements, les limiers de la MCIT n’écartent pas la possibilité que les trois hommes aient été recrutés par le Dr Arvind Ramchurn pour s’en prendre à la victime contre une importante somme d’argent parce qu’il la soupçonnait de lui être infidèle.
Les versions contradictoires de tous ceux qui seraient impliqués dans cette affaire ont rendu cette enquête déjà très sensible encore plus compliquée. Si les trois suspects sont déjà passés aux aveux sur le volet concernant la dissimulation du corps, le mystère reste entier quant à l’identité de l’auteur du meurtre. Les enquêteurs ignorent encore si Yogeshwaree Bhujun était vivante, inconsciente ou déjà morte au moment où son corps, toujours introuvable jusqu’ici, a été jeté en mer. Les recherches sont, par ailleurs, toujours en cours pour le retrouver. L’interrogatoire du Dr Arvind Ramchurn, maillon clé de cette enquête, est une étape jugée cruciale par les enquêteurs. Cet exercice devait avoir lieu ce vendredi 20 mars, mais a dû être reporté en raison de son état de santé.
Violence domestique
En attendant que l’enquête progresse davantage, seuls les dires des autres suspects et des preuves circonstancielles incriminent le Dr Arvind Ramchurn pour l’instant, notamment le fait que la victime avait déjà porté plainte contre lui à deux reprises pour violence domestique dans le passé ; la première en août 2024 et la seconde, en août 2025. Selon une proche de la jeune femme, son calvaire remonterait, toutefois, à bien plus longtemps. «Kan li ti ansint so premie zanfan, li ti deza pe gagn bate. Au départ, j’avais du mal à y croire car son compagnon s’était toujours montré calme, discret. J’avais du mal à croire qu’il puisse être violent, mais je savais que Deepika n’aurait eu aucune raison de me mentir.» Notre interlocutrice poursuit : «Au départ, elle m’a raconté qu’il l’avait giflée, puis les coups étaient devenus de plus en plus brutaux. Elle dissimulait ses marques avec du maquillage. Elle ne voulait pas en parler à son père et à ses tantes pour ne pas les inquiéter.»
Leurs disputes répétées, dit-elle, survenaient pour diverses raisons. «Deepika le soupçonnait d’entretenir des relations extraconjugales parce qu’il rentrait souvent tard à la maison. À chaque fois qu’elle le questionnait, il s’énervait et la battait. Il se fâchait également à chaque fois que les enfants faisaient du bruit lorsqu’il rentrait du travail. Li ti pe tir tou so fristrasion lor li.» Aux coups physiques, dit-elle, s’ajoutait une violence psychologique quotidienne, faite d’injures répétées et d’humiliations constantes. «Il la provoquait constamment, la dénigrait. Li ti pe dir li ki li pena fiel pou pran responsabilite zot de zanfan, ki li pena ase ledikasion pou gagn enn bon travay.» Notre interlocutrice avance que Yogeshwaree Bhujun aurait même proposé à son compagnon une thérapie de couple, mais «il refusait à chaque fois et la traitait de folle».
Cette proche de Yogeshwaree Ramchurn décrit cette dernière comme une jeune femme «joviale, amicale, toujours solaire. Li ti kontan koze, riye. Elle n’avait jamais eu du mal à se faire des amis parce qu’elle était très sympathique, mais son compagnon n’aimait pas cela chez elle. Il l’isolait de sa famille, de ses amis, pour mieux la contrôler». Ce serait d’ailleurs pour cette raison que ce n'est que l'an dernier que les membres de son entourage ont appris qu’elle vivait un calvaire à ses côtés. La raison pour laquelle la trentenaire a encaissé injures et violences pendant si longtemps, selon notre interlocutrice, «c’était pour préserver sa famille. Elle avait, elle-même connu la douleur d’avoir des parents séparés et ne voulait pas que ses enfants aient à subir le même sort».
À ce stade, le Dr Arvind Ramchurn continue de nier qu’il se trouvait à son domicile le 23 février, soit le jour où le meurtre aurait été commis, et invite les enquêteurs à vérifier les images des caméras CCTV des commerces où il dit s’être rendu ce jour-là ; une version complètement contradictoire de celle de l’un des suspects, qui affirme qu’il était présent. L’enquête se poursuit afin de faire la lumière sur cette affaire. Les résultats des analyses des traces de sang retrouvées dans sa voiture sont toujours attendus, tandis que son cellulaire et ceux des autres protagonistes sont actuellement examinés par les enquêteurs.
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