«Li ti enn bon mari, enn papa ekzanpler». C’est en ces mots que Jenna décrit Naraindeo Neemaye, l’homme dont elle est tombée amoureuse il y a 25 ans et qu’elle a épousé il y a 22 ans. Au-delà d’un compagnon de vie, elle voyait en lui un meilleur ami ; quelqu’un avec qui les silences étaient confortables, les rires étaient spontanés et les habitudes du quotidien étaient devenues des moments de plaisir partagé. A son grand regret, la lumière qui éclairait son quotidien s’est éteinte ce lundi 22 juin lorsqu’il a quitté ce monde brusquement à l’âge de 47 ans, tué sur le coup dans un accident de la route dans la matinée alors qu’il rentrait du travail à moto. Elle tente aujourd’hui de trouver la force de réaliser tous les rêves et projets d’avenir qu’ils avaient dessiné à deux pour leurs deux enfants – une fille de 19 ans et un fils de 13 ans.
Dans leur localité, Naraindeo Neemaye, surnommé Babal, et son épouse Jenna incarnaient l’image même du couple fusionnel et profondément soudé, qui forçait l’admiration de tous ceux qui croisaient leur chemin. Complices à la maison, ils partageaient également le même quotidien professionnel, travaillant côte à côte chaque jour. Dans son entourage, tous gardent de Naraindeo Neemaye l’image d’un homme «dévoué» et «débrouillard», qui se consacrait corps et âme à sa famille. Barman le jour, jardinier lorsqu’il avait du temps libre, il arrondissait ses fins de mois en exerçant le métier de gardien la nuit.
Ce lundi 22 juin, c’est justement après son service nocturne, en effectuant le trajet pour rentrer chez lui très tôt dans la matinée, que cet habitant de Cité EDC, Tamarin, a été victime d’un accident. Il circulait à moto aux abords de la Black River Road, dans les parages de L’Embrasure, Le Morne, lorsque son deux-roues se serait encastré dans un nid-de-poule. Déséquilibré, il a été projeté avec une violence inouïe et n’a pas survécu au choc de l’impact après sa chute. Après que son décès a été constaté par un médecin du Service d’Aide Médicale Urgente (SAMU), son corps a été transféré à la morgue de l’hôpital Victoria, à Candos, pour une autopsie. Celle-ci, pratiquée par le Dr Sunassee, médecin légiste de la police, a attribué sa mort à un shock due to multiple injuries.
«...Pressentiment...»
Tous les jours, relate Jenna, «il me préparait le thé en rentrant du travail. Il ne venait jamais me réveiller mais appelait sur mon téléphone pour me demander de descendre le rejoindre». Toutefois, ce matin-là, elle a été intriguée de recevoir son appel plus tôt que d’habitude. En décrochant, «j’ai eu un policier au bout du fil m’informant de son accident. Il ne m’a pas laissé savoir qu’il était déjà décédé».
Après qu’elle a passé quelques coups de fils, des proches sont venus la récupérer pour la conduire au poste de police. «Lorsque nous étions en chemin, j’ai vu un véhicule mortuaire prendre la direction opposée et j’ai immédiatement eu le pressentiment qu’il s’agissait de lui. Les membres de mon entourage étaient déjà au courant mais n’ont pas voulu me l’annoncer.» Ce n’est qu’en arrivant au poste de police que ses soupçons se sont confirmés. Les larmes aux yeux, elle lâche avec regret : «Il faisait toujours attention sur la route. Il s’agit de son tout premier accident et il lui a coûté la vie».

L’entourage de Naraindeo Neemaye raconte que si le quadragénaire travaillait si dur, c’était pour que les membres de sa famille ne manquent jamais de rien. «Il faisait nos enfants et moi-même passer avant tout le reste. L’argent qu’il gagnait, il l’utilisait pour nous faire plaisir, pour satisfaire nos moindres envies, sans jamais penser à lui. D’ailleurs, même sa moto, il n’avait accepté de la changer et d’en acheter une autre qu’après que je le convainque qu’elle nous servirait à accomplir nos tâches quotidiennes», témoigne Jenna, qui ne cache pas toute l’admiration qu’elle lui portait.
La sœur de cette dernière, également affligée par la disparition tragique de son beau-frère, lâche : «Zame li ti pe refiz rann enn servis, zame li ti pe refiz pou fer kitsoz pou so bann pros». Tous ses projets gravitaient autour d’un seul objectif : le bonheur et les besoins de ses proches. Il rêvait notamment d’acheter une voiture pour pouvoir offrir de belles sorties à son épouse et à ses enfants et espérait faire l’acquisition d’un terrain pour pouvoir s’adonner à sa passion pour l’élevage et le jardinage.
Le cœur en mille morceaux, Jenna relate : «Li ti enn gran sipor pou nou. Nou ti ena boukou proze, sirtou pou nou bann zenfan. Après la perte d’un être cher, beaucoup se plongent dans le travail pour oublier mais vu que nous travaillions ensemble, tout ce que je ferai me rappellera constamment son absence. Li les enn gran vid.» Pour sa famille, ce décès ne doit pas être vain : ses proches lancent un appel aux autorités pour que les routes soient enfin réparées en ces lieux afin de protéger la vie des autres usagers. «Se pa premye fwa ki ena aksidan par laba akoz leta sime-la. Nous espérons que le nécessaire sera fait pour remédier à la situation car nous ne souhaitons à aucune autre famille de vivre une tragédie similaire.»
Les funérailles de Naraindeo Neemaye ont eu lieu ce mardi 23 juin.