Publicité

Disparition inquiétante de Yogeshwaree Bhujun, 37 ans

Son père Prakash : «Le plus dur est de ne pas savoir ce qui lui est arrivé»

17 mars 2026

Les interrogations qui demeurent ne font qu'accentuer l'angoisse de Prakash Bhujun.

La dernière fois qu’elle aurait été aperçue remonte au 23 février dernier, mais à ce jour, le mystère reste entier quant à ce qui a pu arriver à Yogeshwaree Bhujun, une habitante de Fond-du-Sac âgée de 37 ans. À ce stade, les limiers de la MCIT ont appréhendé son compagnon, le Dr Arvind Ramchurn, qu’ils soupçonnent de meurtre, bien qu’ils ne détiennent pas encore de preuves directes l’incriminant. L'homme continue de clamer son innocence. Dans le flou totale, le père de la trentenaire s’exprime.

Cela fait plusieurs jours qu’un va-et-vient continuel anime l’entrée menant au domicile des Bhujun, à Lallmatie. Amis, proches et voisins ne cessent de se relayer à leur chevet, venus partager cette douleur qui les ronge, devenue collective. Entre deux tasses de thé offertes, on chuchote, on s’interroge, mais on continue surtout de prier pour un miracle, en refusant de croire au pire. Cela fait un peu plus d’une semaine que les membres de cette famille ont appris la disparition d'une des leurs, Yogeshwaree Bhujun, plus connue sous le nom de Deepika et âgée de 37 ans. Mais c’est le 26 février que la trentenaire, qui vivait à Fond-du-Sac avec son compagnon et ses deux enfants en bas âge, aurait été aperçue pour la dernière fois.

À ce stade, ne voulant écarter aucune piste, les enquêteurs de la Major Crime Investigation Team (MCIT) ont inculpé son concubin pour meurtre, bien qu’il continue d’affirmer qu’il n’a aucune idée de l’endroit où elle se trouve. En attendant une percée dans l’affaire, chaque sonnerie de téléphone envoie une décharge d’adrénaline aux proches de Yogeshwaree Bhujun au quotidien, les tiraillant entre l’espoir d’une bonne nouvelle et la peur d’un dénouement tragique.

Cela fait environ 12 ans que Yogeshwaree Bhujun a quitté le domicile de son père, à Lallmatie, pour s’installer à Fond-du-Sac avec son compagnon Arvind Ramchurn, un médecin. De leur union sont nés deux enfants – une fille de 2 ans et un fils de 8 mois. Bien que des kilomètres les séparent, la trentenaire est restée omniprésente dans la vie de ses proches. Elle s’est toujours fait un devoir de garder le contact avec les membres de sa famille, à travers des appels téléphoniques ou des visites réguliers. Sa mère ayant quitté le toit familial alors qu’elle était très jeune, elle a grandi en tissant des liens fusionnels avec ses tantes paternelles, devenues ses «mamans de cœur». C’est d’ailleurs à celles-ci qu’elle téléphonait toujours pour prendre des nouvelles de son père, qui a la santé fragile. Tous s’accordent à dire que la discrétion de la trentenaire est sa marque de fabrique. Si bien qu’elle a toujours préféré dissimuler les souffrances de sa vie de couple derrière son sourire pour préserver les siens.

Jardin secret

Le voile s’est levé sur son jardin secret l’an dernier. «Nou'nn kone ki li ti pe gagn boukou problem dan so koup. So misie ti sonn enn fami, ti fer li kone ki enn problem inn arive ek ki mo tifi ti al dan enn shelter», nous raconte Prakash, le père de la jeune femme. Aussitôt, ils avaient entamé des démarches pour pouvoir la contacter et la ramener à la maison. «Nou'nn telefonn shelter, nou ti resi gagn li lor telefonn. Lerla se mo ser, so garson ek so belfi ki ti al rod li laba. Apre sa, li ti vinn rest lakaz kot mwa pandan enn moman», dit-il. Toutefois, elle n’a jamais voulu leur donner plus de détails sur les raisons qui l’avaient poussée à quitter le toit conjugal. «Kan mo tifi ti pe vini, problem ki li ti pe gagne ek so misie li pa ti pe rakont ni avek mwa, ni avek so bann matant. Li pa ti pe koze, li ti pe soumet, li ti pe res trankil. Problem li ti pe gagne kot li, nou pa ti o kouran zame. Se koumadir li pa ti anvi donn traka so fami me mo panse li ti al dan shelter parski li ti pe gagn bate.» Elle avait d'ailleurs consigné une déposition dans ce sens. Et son entourage a appris avec stupeur, après sa disparition, qu’il ne s’agissait pas de sa première plainte pour violence conjugale puisqu’elle en avait consigné une autre en août 2024.

Lorsque Yogeshwaree Bhujun a choisi de retourner auprès de son compagnon après son séjour chez son père en 2025, ses proches ne se sont pas interposés. «Lepok li ti pe res kot mwa, li ti pe bizin al lakour pou sa bann problem-la, pou kone ki pou fer pou bann zanfan, kouma zot pou debrouye si zot separe. Li ek so misie ti pe bizin prezant laba ek ousi Family Protection Unit ; zot ti pe ale vini ansam. Linn rekoumans al kot so misie, res laba enn-de zour, apre li retourne. Tigit tigit, zot inn rekorek», explique Prakash.

Préférant mettre ses ennuis de couple de côté, elle a fini par repartir vivre définitivement à Fond-du-Sac. Par la suite, elle n’a plus jamais donné l’impression que quelque chose clochait entre elle et son compagnon. D’ailleurs, lors de sa dernière visite chez son père avec sa petite famille, le 11 janvier, ils avaient tous passé un agréable moment ensemble. «Zot tou ti vinn ansam lakaz ; li, so misie ek zot de zanfan. Nou'nn manze, pas enn ti letan ansam, apre zot inn ale. Zame misie-la inn donn bann sign ki li violan, li ti trankil sak fwa li ti pe vinn lakaz kot nou. Seki ti pe pase kot zot, nou pa ti kone ditou, se zis zot de mem ki kone kouma sa ti pe pase ant zot.»

Traces de sang

Le mardi 5 mars, Arvind Ramchurn a consigné une precautionary measure au poste de police de Plaine-des-Papayes, indiquant que la trentenaire aurait quitté le toit conjugal une semaine plus tôt, soit le 23 février. «La police nous a par la suite contactés pour nous informer de la déposition qu’il avait consignée. Un officier m’a expliqué que son compagnon avait déclaré qu’il s’était rendu au travail ce jour-là, et qu’il s’était aperçu qu’elle n’était plus là à son retour. Le policier m’a posé des questions, mais je lui ai répondu que je n’étais pas au courant, que j’apprenais la nouvelle à l’instant», raconte le père de la jeune femme. Sous les recommandations de l’enquêteur, il s’est, à son tour, rendu au poste de police de Plaine-des-Papayes le jeudi 7 mars pour signaler la disparition de sa fille.

Les jours suivants, après que l’affaire à été confiée aux limiers de la MCIT, cette enquête a connu une accélération fulgurante. Ce qui n’était, au départ, qu’une disparition inquiétante est désormais traitée avec la rigueur d’une enquête pour homicide. Des traces de sang retrouvées dans le véhicule du concubin de la disparue après un Blue Star Test ont conduit à son arrestation le mardi 10 mars. Soumis à un feu roulant de questions, Arvind Ramchurn a affirmé qu’elles proviennent de carcasses d’animaux qu’il aurait achetées pour ses chiens et nie catégoriquement avoir tué sa compagne. Il a néanmoins été inculpé pour meurtre devant le tribunal et reste en détention policière le temps que l’enquête se poursuive. Sa prochaine comparution est prévue pour le 18 mars.

À l’heure où nous mettions sous presse, le mystère était encore entier. Jour après jour, les interrogations s’accumulent et devient une véritable torture psychologique pour l’entourage de Yogeshwaree Bhujun. «Se pa dan so labitid pa donn nouvel koumsa. Zame li ti pou les so bann zanfan tousel. Le plus dur est de ne pas savoir ce qui lui est arrivé», lâche son père, rongé par l’angoisse. Sans vouloir sombrer dans le soupçon facile, il se pose tout de même une question essentielle : «Pourquoi son compagnon n’a-t-il informé aucun membre de notre famille de sa disparition avant de se rendre à la police ?»

En attendant que les résultats des analyses du Forensic Science Laboratory (FSL) sur le sang retrouvé dans la voiture d’Arvind Ramchurn leur soit communiqués, les enquêteurs continuent d’explorer toutes les pistes. Ils ont notamment visionné les images des caméras Safe City pour obtenir la chronologie de ses déplacements durant les jours ayant suivi la disparition de la trentenaire. S’agit-il d’une dispute conjugale ayant pris une tournure tragique, d’une disparition volontaire qui cache une réalité plus sombre ou est-ce qu’une tierce personne est impliquée dans cette affaire ? La suite de l’enquête le déterminera.

Me Neelkanth Dulloo, avocat du suspect : «Il n’y a aucune preuve directe l’accusant, que des "circumstancial evidences"»

Une semaine après qu’il a consigné une precautionary measure à la police dans le cadre de la disparition de sa compagne, le Dr Arvind Ramchurn a été appréhendé par les limiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT). Bien qu’il n’y ait aucune preuve directe et que Yogeshwaree Bhujun est toujours introuvable, les enquêteurs n’écartent pas la possibilité qu’il ait pu la tuer, d’autant que des traces de sang ont été décelées dans son véhicule. Des analyses sont toujours en cours pour déterminer s’il s’agit de sang provenant de carcasses animales, comme il l’a affirmé lors de son interrogatoire. Bien qu’il continue de clamer son innocence, le compagnon de Yogeshwaree Bhujun a tout de même été inculpé pour meurtre et reste en détention policière. Il a retenu les services des Mes Rama Valayden et Neelkanth Dulloo.

Sollicité, ce dernier avance : «Nou pe fer nou lanket nou ousi. Seki nou pe fer, se pou asiste lapolis parey kouma nou ti fer dan case Kistnen. MCIT ousi pe fer so lanket, me nou pa pe ignor okenn lapist. Nou pa pe baz nou zis lor seki lapolis pe dir nou. Nou anvi kone kinn arive vremem, kouma sa relasion-la ti ete ek si ena enn third-party inplike. Si wi, nou anvi kone kisana sa.» S'agissant de son client, Me Neelkanth Dulloo insiste sur le fait que «pour l’heure, il n’y a aucune preuve directe l’accusant. Ena zis bann circumstancial evidences. Ena boukou alibi ki lapolis inn verifie ek pe kontign verifie». S’il déclare que malgré l’absence de preuves ou de corps, «la police a l’autorisation judiciaire pour garder Arvind Ramchurn en détention», il prévient que «de ki mwa ek Me Valayden pou panse ki la rezon detenir li pa tini larout, nou pou azir an konsekans ek lazistis pou bizin transe».

Ce qu’il déplore, c’est que bien que nos enquêteurs soient déterminés à résoudre cette affaire, «nos forces de l’ordre sont très limitées en termes de ressources. Dans une affaire comme celle-ci, c’est inadmissible que nous soyons encore en train d’attendre les résultats des analyses de sang pour la suite de l’enquête ou que nous n’ayons pas pu retracer le cellulaire de la disparue. Il aurait également dû y avoir une meilleure coordination entre nos institutions, quelle que soit la vérité. Un juge d’instruction aurait été nécessaire.»

Publicité