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Permis à points

To fane, to maye

6 décembre 2025

Alain Jeannot et Sanjeev Mewasingh estiment que toutes les conditions doivent être réunies pour que le permis à points soit pleinement efficace.

Chaque jour, nos routes sont le théâtre de drames évitables. Pour changer la donne, le gouvernement planche sur la réintroduction du permis à points via un système modernisé qui vise à responsabiliser les conducteurs, sanctionner les comportements à risque et renforcer la sécurité routière pour tous.

Trop de drames, trop de morts sur nos routes, trop de tragédies qui auraient pu être évitées. Ces derniers temps, les Mauriciens le constatent chaque jour : presque aucune journée ne passe sans qu’un accident de la route ne survienne. Ils choquent, ils bouleversent, ils secouent. Ils sont régulièrement d’une violence inouïe, arrachent brutalement des vies – souvent celles de jeunes – créent une détresse profonde et ébranlent tout un pays.

Car oui ! Chaque accident, chaque mort sur nos routes ne représente non seulement une vie perdue, mais aussi des familles brisées, des rêves inachevés, et parfois des séquelles irréversibles pour les survivants. C’est pour toutes ces raisons que trouver une solution au problème de la sécurité routière est une urgence, et le gouvernement l’a bien compris en montrant une réelle volonté de remettre sur le tapis le permis à points. Avec de nouvelles sanctions et des mesures de sécurité renforcées, la réintroduction du permis à points représente aux yeux de nombreux Mauriciens un moyen concret de prévenir les tragédies avant qu’elles ne surviennent et de garantir une meilleure protection pour tous les usagers de la route.

Malgré certaines critiques concernant son côté répressif, le système de permis à points a déjà démontré son efficacité, ayant un impact considérable sur le nombre d’accidents et de décès sur nos routes. Le ministre du Transport, Osman Mohamed, estime d’ailleurs que son abolition en 2015 a été une erreur. Le gouvernement entend aujourd’hui corriger cette anomalie en mettant en place un système modernisé, entièrement informatisé, qui permettra aux automobilistes de suivre en temps réel leur solde de points.

Le nouveau permis à points concernera tous les conducteurs et permettra de sanctionner les infractions routières en attribuant des points selon leur gravité. Lorsqu’un conducteur dépasse le plafond de points, des sanctions s’appliquent, allant de la suspension à terme à l’annulation du permis. Le système inclut également des mesures pour récupérer certains points et vise à encourager une conduite responsable afin de renforcer la sécurité sur nos routes et réduire le nombre d’accidents et de tragédies.

Sanjeev Mewasingh, militant pour la sécurité routière, estime que le permis à points est une excellente mesure de dissuasion, surtout pour les conducteurs imprudents et dangereux pour la vie d’autrui. Cependant, dit-il, il y a un effet secondaire à ne pas négliger. «Avec cette mesure-là, les irresponsables vont perdre leur licence. C’est inévitable. Toutes les infractions seront punissables, y compris dans le système cumulatif qui existe maintenant. Ces personnes sont des dangers qui ne vont pas s’arrêter de conduire parce qu’elles ont perdu leur licence. Je me demande si la police est suffisamment équipée pour gérer ce genre de situation.»

Selon lui, il est important que nos policiers soient bien équipés afin qu’ils puissent gérer ces situations et prévenir les infractions graves. «Il faut qu’on arrive à prévenir ce qu’on appelle les vehicular crimes. Ils vont conduire quand même, refuser de s’arrêter et il y aura plus de risques de hit and run. Il faut qu’on se prépare à ça. Le permis à points, c’est très bien, mais ce n’est pas tout. D’ailleurs, ça a fait ses preuves, comme en Italie, où l’introduction de mesures similaires a permis de réduire de 15 à 19 % la mortalité routière, ce qui est encourageant. Mais nous devons nous préparer pour la suite et les challenges que cela va générer.»

Alain Jeannot, président de l’ONG Prévention Routière Avant Tout (PRAT), est lui aussi d’avis que la mise en place du permis à points est une bonne chose, car il s’agit d’un système largement utilisé à l’étranger et reconnu pour son effet positif. Malgré tout, dit-il, il ne s’agit pas d’un remède miracle : son efficacité dépendra d’abord de la qualité de sa mise en œuvre, de l’environnement dans lequel il sera appliqué, de la rigueur des contrôles routiers et du suivi des contrevenants.

Sensibilisation et prévention

Le fait que le système soit largement accepté par la population facilite sa mise en application. Cependant, Alain Jeannot rappelle qu’il ne pourra fonctionner pleinement que si les infrastructures suivent. «Il est clair que des infrastructures adéquates — et surtout bien entretenues — devront suivre pour soutenir la dynamique, favoriser le respect des règles et accompagner efficacement le système. Par exemple, il serait souhaitable de multiplier les panneaux de limitation de vitesse dans toutes les rues. Combien en voyez-vous dans les morcellements résidentiels ou les anciennes cités ouvrières ? Très peu. Et lorsqu’ils existent, la vitesse indiquée n’est pas toujours appropriée, comme au morcellement Mount Pleasant à Roches-Brunes, où le panneau affiche 60 km/h dans une zone résidentielle. À cela s’ajoutent les marquages routiers effacés, les trottoirs dégradés et les nids-de-poule qui jalonnent nos routes. Une remise à niveau rapide de ces éléments s’impose.»

L’expérience passée du permis à points à Maurice a montré qu’il pouvait réduire accidents et décès, mais elle a aussi révélé des limites. Pour qu’il soit pleinement efficace aujourd’hui, il est nécessaire de tirer les bonnes leçons. «Il est important de créer un système plus convivial pour les utilisateurs, ce qui, semble-t-il, est déjà en cours avec Mau Cloud. Nous devons aussi prendre en compte les grands changements survenus depuis la dernière application du permis à points. Par exemple, la flotte de véhicules a augmenté de 60 % depuis 2013, et le nombre d’abonnés à l’internet mobile a progressé de 72 %. Nous ne sommes plus dans le même contexte qu’il y a dix ans. Il faut donc être très vigilant et précis dans la mise en place du nouveau système.»

Une des conditions sine qua non pour un système de permis à points durable et significatif est la sensibilisation routière. «Il est tout aussi central d’assurer une sensibilisation routière qui correspond à tout cet effort. Je m’évertue, en vain, à attirer l’attention sur le site Respe de la TMRSU, qui n’est ni mis à jour ni alimenté régulièrement. La bannière de la page d’accueil date de la campagne de l’année dernière, le dernier post Facebook remonte à janvier et la chaîne YouTube ne compte que 51 abonnés. Un manque regrettable, car le digital est aujourd’hui le média idéal pour sensibiliser, particulièrement les jeunes.»

Si de nombreux citoyens approuvent l’introduction du permis à points, certains considèrent que certaines infractions devraient être prioritairement sanctionnées, car elles représentent les principales causes d’accidents graves. En ciblant ces comportements à haut risque, le système permettra de réduire le nombre d’accidents et de renforcer la sécurité routière. «La vitesse excessive et les comportements dangereux, comme le dépassement sur ligne blanche continue, restent des causes majeures d’accidents, avec 76 % des décès et blessures. La vitesse inappropriée reste également un fléau, et l’alcool ou la drogue au volant doivent être sanctionnés plus sévèrement. Pour mieux contrôler ces risques, un renforcement de la surveillance et un plus grand nombre de caméras fixes seraient souhaitables.» Une chose est sûre : si le permis à points est un outil utile pour sauver des vies, il ne remplace pas pour autant la responsabilité des usagers de la route. Et la sécurité routière est l’affaire de tous.

Ce qu’il faut retenir

1. Quand revient-il ?

Abandonné en 2015, le permis à points fait son retour.

Le Road Traffic (Amendment) Bill, déposé au Parlement le 28 no-vembre dernier, prévoit une mise en application dès janvier 2026. Le texte devrait normalement être adopté lors de la der-nière séance parlementaire de l’année.

2. Qui est concerné ?

Tous les conducteurs, sans exception :

• Permis provisoire

• Permis complet

• Permis international

3. Combien de points maximum ?

• Permis provisoire : 10 points sur 3 ans

• Permis complet : 15 points sur 3 ans

• Permis international : 15 points

Les points restent actifs 36 mois.

4. Comment les points sont attribués ?

Chaque infraction correspond à une fourchette de points se-lon sa gravité :

• Téléphone en main : 3 à 6 points

• Excès de vitesse important : 4 à 6 points

• Non-respect d’un feu rouge : 2 à 4 points

• Course de rue : 8 à 10 points

• Absence de casque / ceinture : 2 à 4 points

À noter :

• Les radars automatiques peuvent désormais attribuer des points.

• S’il y a plusieurs infractions en même temps : seuls les points de la plus grave comptent.

5. Que se passe-t-il si le plafond est dépassé ?

La Cour suspend automatiquement le permis :

• Permis complet : 6 à 12 mois

• Conducteur sans permis : interdiction d’en obtenir un pendant 12 à 24 mois

• Permis provisoire : permis annulé

Dans tous les cas : cours de réhabilitation obligatoire avant récupération ou nouvelle demande.

6. Et en cas de récidive ?

Deux disqualifications en moins de 36 mois

La Cour peut annuler le permis définitivement.

7. Peut-on récupérer des points ?

Oui, mais uniquement pour les permis complets et interna-tionaux, et sous conditions :

• Avoir entre 10 et 14 points

• Suivre un cours de réhabilitation agréé

• Possibilité de racheter jusqu’à 3 points

• Une seule demande tous les 36 mois

• Au-delà de 15 points, aucun rachat possible.

8. Nouvelles sanctions financières

Les amendes augmentent fortement.

Exemples :

• Conduite dangereuse / sous influence avec blessures graves ou décès : Rs 200 000 à Rs 500 000

• Ne pas rendre son permis dans les 5 jours : Rs 10 000 à Rs 50 000 + jusqu’à 12 mois de prison

9. Pourquoi réintroduire ce système ?

Parce qu’il avait un effet dissuasif :

• Avant (2010–2012) : 150 morts/an

• Après son introduction :

136 (2013), 137 (2014), 139 (2015)

Selon les autorités, son retrait a affaibli la sécurité routière.

10. Quelles autres mesures l’accompagnent ?

Le permis à points s’inscrit dans un plan global de sécurité routière, incluant :

Graduated Licensing Scheme (nouveaux conducteurs)

• Signalisation et éclairage renforcés

• raitement de 11 zones accidentogènes

• Audits de sécurité pour tout nouveau projet routier

• Zones limitées à 30–40 km/h

• Inspection de 150 km de routes pour corriger les risques

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