Il tenait le coup contre son gré. Esquissant même un léger sourire à l’attention de tous ceux venus lui témoigner, ainsi qu’aux siens, leur soutien. Mais l’arrivée de Vialli, venu de France en urgence pour rejoindre la famille dans cette épouvantable épreuve, a déclenché chez lui les torrents de larmes qu’il peinait à contenir. Cassé par l’émotion, Nando Bodha, politicien de longue date et plusieurs fois député et ministre, s’est laissé aller dans les bras de son fils avant de se reprendre pour accueillir les autres personnes venues adresser leurs condoléances à sa famille, dont plusieurs personnalités politiques. (voir hors-texte)
En effet, la foule de gens venus rendre un dernier hommage à Gino Bodha, 44 ans, fils de Nando Bodha, ne cessait de grossir au domicile familial à Solferino, Vacoas, en ce samedi 16 mai, à quelques heures de la cérémonie funéraire. Entre les larmes et les témoignages de sympathie, les commentaires allaient bon train et les hommages affluaient pour saluer la mémoire de cet homme enlevé à la vie de manière tragique. Son corps sans vie a été retrouvé dans les environs de La Nicolière dans l’après-midi du vendredi 15 mai. Il aurait été tué chez lui à Calodyne et ses présumés meurtriers ont ensuite transporté sa dépouille dans cette zone boisée pour s’en débarrasser. Deux suspects ont été arrêtés pour meurtre et sont passés aux aveux *(voir hors-texte). *
Un énorme choc pour tous ceux qui connaissaient la victime. «Je connaissais Gino depuis qu’il était enfant. Il ne fumait pas et ne buvait pas. C’était un très bon garçon. C’était un professionnel. Il ne méritait pas de finir ainsi», lâche un ancien proche collaborateur de Nando Bodha. Ce dernier n’est d’ailleurs pas le seul à dire que le défunt était «enn bon garson».
L’avocat Kailash Trilochurn, oncle maternel du jeune homme, a également des mots élogieux à son égard. Il est d’ailleurs le seul membre de la famille à avoir accepté de témoigner. Sa sœur et son beau-frère Nando sont trop éprouvés : «Gino était un garçon doux. C’était un garçon très artistique. Il n’a jamais eu de problème avec qui que ce soit. Quand on a appris qu’il ne donnait plus signe de vie, ma sœur a consigné une déposition au poste de police de Grand-Gaube pour signaler sa disparition. Il y a eu une enquête policière.»
«Gentil» et «respectueux»
L’homme de loi remercie d’ailleurs la police pour sa prompte réaction dans cette affaire : «La police a arrêté un premier suspect alors que celui-ci se trouvait à bord de la voiture de mon neveu. L’individu portait la montre de Gino. À partir de là, il y a eu des aveux sur son agression mortelle avec la complicité d’un autre individu qui a également été arrêté. Selon l’enquête policière, mon neveu a été étranglé avec un lacet. C’est un événement extrêmement triste et douloureux pour la famille.»
Les amis et autres connaissances ayant côtoyé Gino Bodha sont également bouleversés. Aruna Varuni Hanoomansing, qui le connaissait bien, se dit très touchée par cette tragique disparition. «Je peux imaginer ce par quoi passe Nando Bodha, que je connais, car j’ai aussi perdu un fils. C’est une grande douleur. Je connais bien Gino, car je travaillais dans les assurances et je m’occupais de la compagnie pour laquelle il travaillait, qui s’appelle Ambrex, avec le groupe Mikado à Arsenal. Il travaillait dans l’atelier. On était en bons termes. C’était quelqu’un de très respectueux et de très gentil», souligne notre interlocutrice.
Elle n’a que des bons souvenirs de Gino Bodha : «Au départ, et pour l’époque, je ne savais pas qu’il était le fils d’un ministre. Il ne s’en vantait pas. Il était très simple, humble et très instruit. Il était aussi quelqu’un qui aimait beaucoup la famille et cela m’avait touchée. On se voyait aussi lors de cérémonies de prières, et c’est là également que j’ai découvert qu’il était une personne très spirituelle. On s’était d’ailleurs vus à la dernière cérémonie de Ganesh Chaturthi. On s’était assis ensemble et on avait discuté. J’ai été choquée d’apprendre la nouvelle de son décès et j’en suis très triste.»
Une autre personne ayant côtoyé Gino Bodha évoque un trait de caractère souvent mis en avant ces deux derniers jours : sa douceur. «Il était quelqu’un de doux, gentil, humble et talentueux. À un moment, il dessinait des montres. C’était un designer très talentueux. Il soutenait également son père lors des élections», nous confie cette personne. Elle n’est pas la seule à saluer le talent artistique du défunt. Kaysen, un «bon pote», explique que son frère et lui connaissaient très bien Gino parce qu’ils partageaient la même passion. «Nous achetions et montions des figurines Gundam. Les plus populaires sont des robots géants japonais. C’est ainsi qu’on est devenus amis», confie le jeune homme.
Saad, un autre ami de longue date faisant partie du collectif AKIRA, qui parraine des événements et conventions geek dans le monde du cosplay, est également sous le choc après ce terrible drame. «Gino ne ratait aucune occasion de contribuer. Il était un geek dans l’âme. C’était un gamer invétéré de Tekken qui officiait comme juge lors des tournois de jeux.»
Selon lui, le fils aîné de Nando Bodha était «toujours discipliné et très généreux». «Il incarnait une jeunesse qui ne baissait pas les bras quoi qu’il arrive. Il était aussi un grand collectionneur de Lego Technic et de Gundams. Il adorait les dessins animés, spécialement Saint Seiya, avec Shaka, Chevalier de la Vierge, comme personnage préféré. Nous partagions aussi un intérêt commun pour la politique et l’amélioration de la vie des gens, avec nos parents respectifs qui étaient déjà amis depuis le collège», confie Saad.
La disparition tragique de Gino constitue une grande perte pour lui, tant comme ami que comme partenaire de travail. *«Et la communauté geek de Maurice perd un de ses membres les plus dévoués.» *
En tout cas, proches et amis s’accordent tous à dire qu’ils ne savaient pas si le défunt avait un problème d’addiction, comme l’a laissé entendre un des suspects du meurtre qui a déclaré à la police qu’une altercation entre eux avait éclaté autour d’une histoire de drogue et d’argent. Un autre proche de Nando Bodha souligne que le jeune homme avait toujours été très discret. Gino Bodha, qui était divorcé et avait refait sa vie depuis, vivait d’ailleurs seul à Calodyne.
Le religieux qui a officié à ses funérailles dans l’après-midi de ce samedi 16 mai a demandé à tous ceux présents de prier pour qu’il trouve une place au paradis. «Zot bizin priye boukou pou sa zanfan-la. Zot bizin ousi priye pou so fami. Ouver zot leker. Ouver zot lizie dan ki direksion sa pei-la pe ale. Personn pa epargne fas a enn sitiason parey. Zot bizin priye pou ki Bondie donn li enn plas dan paradi», a exhorté le prêtre hindou.
Plusieurs personnalités présentes aux funérailles

Il n’y avait pas que des proches et des anonymes aux funérailles de Gino Bodha. Plusieurs personnalités politiques avaient fait le déplacement à Solférino afin de soutenir l’ancien ministre Nando Bodha et sa famille dans cette terrible épreuve. Parmi elles figuraient Arvin Boolell, Mahen Gondeea, Stéphanie Anquetil, Véronique Leu-Govind et Sydney Pierre, du gouvernement, ainsi que Joanna Bérenger et Chetan Baboolall, de l’opposition. D’autres leaders et figures politiques étaient également présents, notamment Xavier-Luc Duval, Roshi Bhadain, Steven Obeegadoo, Jean-Claude Barbier, Avinash Teeluck, Madun Dulloo, Kavi Ramano, Anil Gayan, Aurore Perrault, Dev Sunnasy et Malini Sewocksingh. Des membres du barreau avaient aussi fait le déplacement, notamment Rama Valayden, Yatin Varma, Nabil Kaufeed, Deepak Rutnah, Sanjeev Teeluckdharry et Anoup Goodary. L’ancien Speaker Dharam Fokeer et l’ancien président de la République Cassam Uteem étaient également présents, de même que Lindsay Rivière, Georges Ah-Yan, le Dr Ramkoosalsing, Karl Mootoosamy, Vinod Appadoo, Ashok Mattur et Rakesh Gooljaury. Vous pouvez retrouver les poignantes déclarations de certaines de ces personnalités sur notre page Facebook.
Des images Safe City révélatrices et deux suspects rapidement placés sous les verrous

C’est la Criminal Investigation Division de Goodlands qui est chargée de l’enquête après la découverte du corps de Gino Ronnie Bodha, plus connu comme Gino et âgé de 44 ans, dans l’après-midi du vendredi 15 mai. Sa disparition avait été officiellement signalée plus tôt le même jour par Satyabhamma Bodha, la femme de son père, au poste de police de Grand-Gaube. Il n’avait pas donné signe de vie à ses proches depuis la matinée du 14 mai.
Les images du réseau Safe City ont joué un rôle important dans l’enquête, permettant aux policiers de remonter plusieurs pistes. Leurs recherches les ont finalement menés dans la région de La Nicolière, où le corps sans vie de Gino Bodha a été retrouvé dans une zone broussailleuse. Deux habitants de Grand-Gaube, Maël Olivier Rose, plus connu comme Olivier, et Ismaël Larhubarbe, tous deux âgés de 21 ans, ont été arrêtés peu après avant d’être traduits devant la Bail & Remand Court (BRC) sous une accusation provisoire de «murder». Ils ont ensuite été reconduits en cellule policière.
Selon les premiers éléments de l’enquête, Maël Olivier Rose semblait bien connaître la victime. Lors de son interrogatoire, il a affirmé qu’une dispute a éclaté entre eux sur fond de problèmes financiers et de consommation de drogue. Le suspect a expliqué qu’il s’était rendu au domicile de Gino Bodha vers 21 heures, le 13 mai, en compagnie de son ami Ismaël Larhubarbe. Il a précisé qu’ils connaissaient Gino Bodha car, en tant qu’hommes à tout faire, ils faisaient des travaux chez lui depuis un mois car il avait des problèmes de plomberie. Les trois hommes auraient ainsi sympathisé. Maël Olivier Rose a allégué que quand Ismaël Larhubarbe et lui se sont présentés chez Gino Bodha ce soir-là, ce dernier était très énervé car il n’avait pas d’argent pour payer ses doses quotidiennes. Toujours selon ses dires, ils auraient ensuite eu une violente altercation. Entre-temps, Ismaël Larhubarbe avait quitté les lieux.
Dans ses aveux, Olivier Rose déclare : «Linn rod pous mwa. Mo finn trangle li par ledo. Monn pez so lebra ousi ziska li tonb san konesans. Monn met mo ledwa kot so nene. Li ti ankor pe respire selma. Lerla monn pran lakord so jaket monn pas anba so likou ek rise ziska linn mor anplas.» Pris de panique, il aurait appelé son ami Larhubarbe afin que celui-ci vienne l’aider. Ils auraient ensuite enveloppé le corps dans du plastique avant de le placer dans le coffre de la voiture de la victime. L’enquête révèle également qu’après les faits, les suspects auraient utilisé le téléphone portable du défunt pour effectuer des transactions bancaires. Ils se seraient ensuite rendus à Grand-Baie où ils auraient effectué un retrait de Rs 1 000 à un ATM. Selon les enquêteurs, ils auraient utilisé Rs 600 pour s’acheter de la nourriture et des cigarette et dépensé le reste en carburant. Les deux suspects auraient ensuite pris la direction de La Nicolière. Sur place, ils se seraient arrêtés à un endroit discret où il y avait une pente et auraient balancé la dépouille de Gino Bodha dans le vide. Son corps a atterri cinq mètres plus bas.
Après cela, ils auraient repris la route en direction de Grand-Baie avant de rentrer chez eux. Le lendemain, les deux jeunes hommes se seraient rendus à un car wash de leur localité pour «lav loto-la». Des gants brûlés avec de l’essence – qui seraient des gants de cuisine de la victime utilisés pour déplacer sa dépouille – ainsi que plusieurs objets appartenant aux suspects ont été retrouvés au car wash lors d’une reconstitution des faits. L’autopsie révèle que Gino Bodha a succombé à une «ligature strangulation».
Jusqu’à cette sordide affaire, les suspects étaient inconnus des forces de l’ordre car ils n’étaient pas fichés à la police.