Il pensait avoir touché le fond en perdant sa mère dans ces circonstances tragiques moins d’un an après la mort de son père. Déjà meurtri par le deuil, Vedashay ignorait, cependant, que le destin lui réservait un autre violent coup de massue. Moins d’une semaine après cette tragédie ayant bouleversé à jamais sa vie, les enquêteurs de la Major Crime Investigation Team (MCIT) ont arrêté son oncle, mais également son épouse, qu’ils soupçonnent d’avoir donné des instructions à Radhakrishna Mooneesawmy pour commettre ce crime odieux. Arrêté pour meurtre deux jours après que le corps sans vie de Saraswatee Mootia, 60 ans, a été retrouvé dans sa plantation, celui-ci les a désignés comme les commanditaires. Accablé par cette double trahison, Vedashay nous a confié, peiné : «Se enn sok terib pou nou tou !»
Le corps de Saraswatee Mootia, rappelons-le, avait été découvert par son fils dans sa plantation dans la matinée du vendredi 18 septembre. Lorsque nous l’avions rencontré le lendemain du drame, il nous avait fait part de son incommensurable tristesse. Il nous avait raconté que chaque matin, sa mère, qu’il nous avait décrit comme une femme «touzour debrouyar ek ki zame finn depann lor kikenn», se levait aux aurores pour se rendre à pied dans sa plantation, située à la rue Bon Air, à côté de la Mediclinic de Triolet. Elle y arrosait ses plantes, récoltait ses légumes et rentrait ensuite à la maison aux alentours de 9 heures, juste avant d’aller revendre la récolte du jour. Le jour fatidique, cependant, elle n’est pas revenue à l’heure habituelle. Inquiète de ne pas la voir rentrer, la sœur de Vedashay l’a contacté pour lui demander de s’enquérir de la situation. En arrivant sur les lieux, il a découvert l'horreur. «Mo’nn trouv li finn tonbe dan kwin. Li pa ti pe reazir. Li ti fini desede.» Elle a été conduite dans l’établissement hospitalier le plus proche où sa mort a été confirmée par un médecin. Une autopsie a ensuite été pratiquée et a attribué son décès à une strangulation, confirmant ainsi la thèse de l’acte criminel.
Aveux
Puisque les bijoux que portait Saraswatee Mootia avaient disparu, soit ses deux bagues et son alliance, l’enquête s’était orientée vers la thèse d’un vol ayant mal tourné. D’autant qu’il ne s’agissait pas du premier vol commis dans la plantation. Soupçonnant le meurtre d’avoir été commis par des toxicomanes de la région, Vedashay avait placé toute sa confiance en la police pour résoudre cette affaire au plus vite. Grâce aux images des caméras de surveillance situées à proximité du lieu du drame, les enquêteurs n’ont pas tardé à identifier un suspect déjà connu des services de police pour des affaires d’agression : Radhakrishna Mooneesawmy, un habitant de Petit-Raffray âgé de 51 ans.
Plusieurs unités de la force se sont alors mobilisées pour le retracer, ce qui a mené à son arrestation au bout de 48 heures. Soumis à un feu roulant de questions, il est passé aux aveux, évoquant un différend avec la victime lié à une somme d’argent qu’elle lui devait après la vente d’un terrain. Après sa comparution devant le tribunal sous une accusation provisoire de meurtre, il a été placé en détention policière, mais les enquêteurs ignoraient alors que cette affaire était loin d’être complètement résolue.
Liaison
Suite à l’arrestation de Radhakrishna Mooneesawmy, les membres de l’entourage de Saraswatee Mootia ont commencé à se poser une multitude de questions quant aux réels motifs ayant conduit cet homme au meurtre. Pour cause, celui-ci ne serait nul autre que le meilleur ami du frère de la victime, nous avait confié un membre de la famille souhaitant garder l’anonymat. «Toulezour li manze bwar kot li.» Cette même source nous avait ensuite fait part de ses préoccupations, s’interrogeant sur l’implication de leur proche dans cette affaire. Elle nous avait indiqué au cours de la semaine écoulée que le frère de la victime «inn panike kan finn aret so kamarad. Li pe dir ki bann-la pou vinn aret li ousi la. Li pe konport li kouma enn dimounn fou. Nou pe panse li konplis dan sa case-la». Leurs soupçons les ont ainsi poussés à prendre rendez-vous avec les limiers de la MCIT pour leur donner un statement en ce sens.
C’est ainsi qu’après un énième interrogatoire, Radhakrishna Mooneesawmy a fini par changer sa version des faits. Il a avoué avoir agi sous les instructions de son ami Pritam Tany, le frère de la victime, âgé de 54 ans, et de Khusboo Mootia, 29 ans, la belle-fille de celle-ci. Il a avancé que ces derniers lui auraient demandé d’éliminer Saraswatee Mootia contre une somme de Rs 1 million parce que celle-ci aurait découvert qu’ils avaient une liaison. Appréhendés ce jeudi 24 septembre, ils ont comparu devant le tribunal le lendemain. Une accusation provisoire de giving instruction to commit murder a ainsi été logée contre Pritam Tany tandis que Khusboo Mootia a été inculpée pour conspiracy.
Pour l’entourage de Saraswatee Mootia, l’arrestation de deux membres de leur famille dans le cadre de cette affaire est un véritable choc. Vedashay est sans aucun doute le plus bouleversé, doublement trahi par celle qu’il vient d’épouser. «Li pa ti mank nanye dan sa lakaz-la. Mo pena mo», nous a-t-il confié, complètement déboussolé. Il est dans un état de sidération totale, brisé par l’incompréhensible. «Se enn sok ; mo pa kone kinn pas dan zot latet», a-t-il lâché, complètement dévasté. Il a d'ailleurs avoué qu’il était à bout et qu’il ne pouvait pas en dire plus pour le moment : «Mo latet fatige ek tousala.» Comment ne pas l’être dans ces conditions ? Comment accuser le coup lorsque la trahison vient de l’intérieur et que le deuil d’une mère se double de l’effondrement de son propre couple ?
Par ailleurs, Radhakrishna Mooneesawmy a participé à une reconstitution des faits du meurtre de Saraswatee Mootia ce vendredi 25 septembre. Escorté par les limiers de la MCIT, il a notamment retracé, avec les enquêteurs, le parcours qu’il aurait emprunté le jour du meurtre et leur aurait indiqué le lieu par lequel il aurait pris la fuite avant d’être reconduit en cellule. Khusboo Mootia a déjà admis son implication dans cette affaire. À l’heure où nous mettions sous presse, Pritam Tany n’avait encore rien dit. Les deux restent en détention policière pour le moment. L’enquête suit son cours sur cette terrible affaire familiale où la trahison aurait mené au meurtre.