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Eddy Balancy : «Après avoir été un “juge à cœur ouvert”, je me vois encore plus à l’aise dans le rôle d’un “chef juge à cœur ouvert”»

Son rôle de chef juge, l’administration de la justice à Maurice, ses actions et son parcours… Dans l’interview qui suit, Eddy Balancy se raconte et parle de ses priorités.
 

Le 26 mars, vous avez été nommé chef juge. Vous avez donc jusqu’ici assumé votre nouvelle fonction depuis 26 jours. Comment est-ce que cela se passe pour vous ?

 

Cela se passe très bien. J’ai découvert une nouvelle dimension à cette fonction. Les correspondances venant du public, les doléances des membres de la profession et mon constat de l’état des lieux m’ont fait comprendre qu’écouter des affaires et rendre des jugements ne doivent plus être ma priorité. C’est la justice avec un grand J qui doit l’être désormais, même si je compte bien continuer à contribuer à la jurisprudence mauricienne. Mes talents dans l’administration, de Manager, seront mis à l’épreuve. Je suis conscient que ma seule expérience de gestion d’entreprise se limite à : l’organisation de nombreux pique-niques en autobus ; la gestion de deux écoles de foot et l’organisation de tournois de foot pendant environ 14 ans ; et l’organisation et la supervision des travaux de construction et de rénovation relatives à ma maison, un bâtiment appartenant à ma sœur établie à Londres et une maison familiale datant de plus de 100 ans. Avec surprise et bonheur, je découvre que les talents que j’ai développés dans ces domaines me sont extrêmement utiles pour organiser les tribunaux et parfaire la formation des juges et magistrats ainsi que d’autres grades du personnel.

 

Vous avez commencé par faire un état des lieux. Quel constat avez-vous fait de l’administration de la justice à Maurice ?

 

Du côté des structures, de la considération pour le public et pour le plaideur n’ayant pas les moyens financiers, c’est très déplorable. Du côté de la formation et de la spécialisation des magistrats et des juges, «there is room for improvement».

 

Comment concevez-vous le rôle de chef juge ?

 

Chaque chef juge a sa spécificité, son approche, sa personnalité. Extraverti et sanguin, je le suis. Après avoir été un «juge à cœur ouvert», je me vois encore plus à l’aise dans le rôle d’un «chef juge à cœur ouvert», c’est-à-dire que : je parle librement de mes opinions et de mes sentiments, autant que cela peut se faire, sans enfreindre le devoir de réserve d’un chef juge ; je suis très transparent dans tout ce que je fais en cour et en public. En chambre et en cour, je révèle aux hommes de loi mon point de vue «as at present advised» pour leur permettre de mieux plaider, me réservant le droit de changer d’avis le cas échéant ; je n’ai pas la langue de bois ; j’ai toujours le cœur un peu faible envers les défavorisés, les victimes, les pauvres, les démunis, les laissés-pour-compte.

 

Pédagogue et formateur, je le suis aussi. Ayant depuis 1966 enseigné à des étudiants plus jeunes que moi que d’une année, puis repris l’enseignement en matière de droit à l’université de Maurice relatif au diplôme de LLB et de BSC Police Studies et assuré la formation d’avocats et d’avoués au Council of Legal Education à Maurice, je ressens une vocation irrésistible pour la formation de mes juges et magistrats, domaine où je perçois des lacunes. Non pas que je me considère parfait, loin de là. Mais ma philosophie est que nous pouvons, comme les joueurs d’une équipe de foot, nous entraîner nous-mêmes, n’ayant recours aux experts étrangers que lorsque cela s’avère vraiment nécessaire, d’autant plus que ces derniers ne connaissent pas forcément les rouages de notre système judiciaire.

 

Vous avez dit que vous tenez à être, dans l’exercice de vos fonctions de chef juge, un homme de terrain. Comment cela se traduit-il dans votre quotidien ?

 

J’ai déjà, par mes actions et mes initiatives, indiqué ma conception d’un chef juge homme de terrain : ma visite surprise à la Bail and Remand Court où j’ai constaté un état des lieux déplorable physiquement, visite qui a déjà abouti à une réparation des meubles en un temps record ; ma récente visite à la nouvelle cour de Savanne, située à Souillac, où j’ai mis à l’épreuve mes talents d’ingénierie, de contrôle et de «personnel management» pour m’assurer que cette nouvelle cour soit un sanctuaire apte à l’administration de la justice ; ma visite du nouveau bâtiment qui abritera bientôt la Cour suprême, accouplée de discussion avec le Project Manager. 

 

Il semblerait que vous avez beaucoup de projets que vous comptez bien réaliser pendant votre relativement court mandat (26.03.19 au 05.06.20). N’est-ce pas trop ambitieux de votre part ?

 

Je ne le crois pas. Comme je l’ai déjà dit, un grand nombre de projets me trotte depuis longtemps dans la tête. Maintenant que je suis en position de les réaliser, je ne perds pas de temps. Comme je l’ai aussi déjà expliqué, il s’agit d’abord d’effectuer beaucoup de petits changements qui auront toutefois des effets incroyables.

 

De votre point de vue, quels ont été les landmarks de votre parcours éducatif (scolaire, universitaire, vocationnel) et de votre carrière ?

 

Les moments les plus marquants de mon parcours académique et vocationnel ont été : lorsque j’ai appris que j’avais été classé 6e aux examens de la petite bourse ; le jour (6 mars 1973) où j’ai été proclamé un des deux lauréats de la bourse d’Angleterre côté classique ; le moment où j’ai obtenu mon diplôme de Bachelor in Laws (LLB) du prestigieux King’s College de l’université de Londres ; le jour où j’ai obtenu ma maîtrise en sociologie du droit, spécialisation peu commune d’origine américaine ; le moment où j’ai été «called to the bar of England and Wales», c’est-à-dire autorisé à pratiquer comme avocat dans les cours d’Angleterre et du pays de Galles ; le jour où j’ai été nommé juge de la Cour suprême de Maurice à l’âge de 40 ans ; et le jour où j’ai prêté serment comme chef juge de cette cour.