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Jaya Bunghooye tuée en pleine rue par son époux Kriteshsingh | Vidyawontee : «Mo tifi ti pou ankor la si lalwa ti pli sever»

Le suspect est actuellement en détention pour assassinat.

Le cœur de cette maman est complètement meurtri depuis l’agression mortelle de sa fille Jaya par son gendre. Ce dernier, un toxicomane, était en liberté conditionnelle pour non-respect du Domestic Violence Act. Vidyawontee Anatah nous raconte sa détresse.

Elle ne dort plus, ne mange plus. Elle ne vit plus depuis que sa plus jeune fille Jaya est morte dans des circonstances horribles. Pour l’aider à retrouver des forces, sa fille aînée Sweety l’a forcée à prendre un peu de riz, avec du dol et des bred. «Je l’ai obligée à manger», lance cette dernière. Après avoir avalé péniblement quelques bouchées, Vidyawontee Anatah, 53 ans, retombe dans le gouffre de désespoir qui menace de l’engloutir complètement. Les fortes pluies qui frappent la bicoque en tôle où elle habite, en ce mardi 4 février, sont à l’image de sa détresse. 

 

Vidyawontee n’arrête pas de penser à l’horrible manière dont sa benjamine Soujaya Bunghooye, plus connue comme Jaya et âgée de 23 ans, a perdu la vie. Sa «petite fille» qu’elle ne verra plus jamais sous ses yeux, qu’elle ne serrera plus jamais dans ses bras et à qui elle ne pourra plus dire «je t’aime». Parce qu’un homme lui a enlevé la vie. Son époux Kriteshsingh, 27 ans, plus connu comme Babi, lui a tailladé le cou après une énième dispute conjugale. La tuant ainsi en pleine rue, sous les yeux épouvantés des passants. Au moment de l’agression, Jaya allait prendre le transport pour se rendre à son travail. La police a arrêté le suspect le lendemain, alors qu’il se cachait dans un champ de cannes non loin du domicile de ses parents à Flacq. Il est déjà passé aux aveux et a allégué qu’une histoire d’infidélité serait à l’origine du drame. Ce que nient fermement les proches de la victime.

 

Devant son assiette encore en partie remplie, Vidyawontee regarde tristement sa petite-fille de 6 ans qui joue à la poupée à côté d’elle, alors que son petit-fils de 3 ans – les enfants de Jaya – fait la sieste après une matinée mouvementée : «Zordi ki mo pe resi manz inpe. Mo finn degoute net ek lavi apre lamor mo tifi, me kan mo pans mo de ti zanfan, mo oblize lev latet pou fer zot lavenir», confie la quinquagénaire. Pourquoi sa fille ne l’a-t-elle pas écoutée quand elle l’a mise en garde contre cet homme ? n’arrête-t-elle pas de se demander. «Si Jaya ti ekout mwa, zame pa ti pou ariv li tousala. Je prie pour que son âme repose en paix car elle a souffert le martyre avant de mourir. Mon gendre avait plusieurs armes tranchantes sur lui. Il l’a d’abord poignardée au ventre avant de la forcer à le suivre à moto. Il lui a tranché le cou avec une autre arme et a pris la fuite lorsque des gens se sont rués vers ma fille pour lui porter secours», souligne Vidyawontee. Tout ce qu’elle souhaite aujourd’hui, c’est que son gendre paie pour son terrible acte, que sa fille obtienne justice.

 

«J’ai toujours été contre…»

 

Elle raconte que Jaya et Kriteshsingh se sont connus «lepok mo tifi ti ankor kolez». Cette dernière n’avait que 15 ans. «Elle était folle amoureuse de lui. J’ai dû signer contre mon gré un an plus tard pour lui permettre de se marier civilement. Je précise que j’ai toujours été contre cette relation. Mo ti deza kone li move ek li pa ti ena manier koze me li ti promet mwa li pou bien tret mo tifi. Et ma fille avait tellement insisté. Elle n’avait d’yeux que pour lui. Elle disait qu’elle savait ce qu’elle faisait. J’avais signé pour ne pas lui déplaire», se souvient avec regret la quinquagénaire qui est veuve depuis la mort de son mari des suites d’une longue maladie en 2009.

 

Un an après le mariage, Jaya a mis au monde une fille. Son calvaire aurait commencé peu après, à en croire sa mère : «Li ti fini koumans gagn bate me li ti pe kasiet nou selma.» Les jeunes gens vivaient chez elle à l’époque, dans sa maison en tôle de deux pièces. «Li ti pe bat mo tifi boukou aswar kan mo pa la. Mo travay Tuna Fishing. Enn zour, mo ti trouv enn mark lor Jaya. Li ti koz manti ek mwa. Li dir ki letazer la kwizinn inn tom lor so lebra. Linn koumans rakont mwa so problem bien apre. Apre sa, Kriteshsingh inn gagn enn bout later an eritaz ek so nani dan Flacq. Zot ti konstrir enn ti lakaz laba me mo tifi pann res lontan laba. Li ti pe tro gagn bate. Anplis, Babi ti droge. Apre zis enn lane laba, linn kit so mari pou retourn kot mwa avek so de zanfan.»

 

Jaya et Kriteshsing vivaient séparément depuis un an et demi. La jeune femme travaillait comme valet de chambre dans un hôtel de la région. Et Vidyawontee l’aidait comme elle le pouvait à joindre les deux bouts. «Mo mem ki ti pe get bann ti zanfan-la. Mo ti ed mo tifi ek mo pansion vev. Sak fwa diskision leve kan Babi rod kas ek mo tifi pou li al droge. Li deza lor metadonn», explique Vidyawontee. Il n’est un secret pour personne à Camp Poorun, où habite la famille de Jaya, que Kriteshsingh, un peintre automobile de profession, est accro à la drogue dure. Il y a deux ans, Jaya avait essayé de sortir son époux de l’enfer de la drogue en l’inscrivant dans un centre de désintoxication mais il ne se rendait jamais à ses rendez-vous.

 

«Fiché à la police»

 

Le 6 janvier, raconte Vidyawontee, Jaya avait été victime d’une tentative de meurtre lorsque Kriteshsingh l’avait étranglée et avait déchiré ses vêtements lors d’une dispute devant la maison de sa mère. Leur fille de 6 ans a été témoin de toute la scène. La fillette raconte que son père «ti ras seve (mo) mama». Jaya doit son salut à des voisins qui sont intervenus à temps pour lui porter secours. Kriteshsingh avait également kidnappé Jaya, en mars 2019, alors même que celle-ci bénéficiait d’un Protection Order contre lui. Le peintre avait pris la voiture d’un client et avait forcé son épouse à monter à bord. Il avait ensuite pris la direction d’un champ de cannes où il l’avait ligotée et rouée de coups avant de la laisser partir. «Mon gendre est fiché à la police», martèle Vidyawontee. À l’époque, Kriteshsingh avait été arrêté sous une accusation provisoire de Breach of Domestic Violence Act. Toutefois, il a retrouvé la liberté après avoir fourni une caution. «Mo tifi ti pou ankor la si la lwa ti pli sever kont bann mari ki bat zot fam. Mo pa ti pou perdi mo tifi zordi si Babi ti dan kaso», lâche avec douleur Vidyawontee. Sweety explique, pour sa part, que son beau-frère avait bien planifié son coup : «Un voisin nous a dit qu’il surveillait les faits et gestes de ma sœur depuis plus d’une semaine. C’est clair qu’il n’avait pas de bonnes intentions. Voilà pourquoi nous réclamons encore plus justice.»

 

Sweety récuse les allégations selon lesquelles sa sœur avait un amant : «Ma sœur travaille dans le domaine de l’hôtellerie où elle a des collègues masculins qui habitent des villages avoisinants. Qui a-t-il de mal à rentrer du travail avec l’un d’eux ? Son but était de rentrer plus tôt à la maison pour pouvoir s’occuper de ses enfants. C’est mon beau-frère qui a déjà trompé ma sœur avec une habitante de Dubreuil il y a cinq ans.» Jaya lui avait pardonné, à l’époque, par amour pour leur fille qui n’avait que quelques mois.

 

Jaya était la benjamine de sa famille. Elle a deux sœurs et un frère. Sweety souligne qu’elle était joviale de nature et très populaire. Ce qui n’était pas du goût de son époux. «Ma sœur a déjà travaillé dans un fast-food, à Grand-Baie. Mais elle a dû changer de travail car son époux lui reprochait sans cesse d’avoir une liaison avec un collègue.» Elle avance également que sa petite sœur avait des projets ambitieux qui lui tenaient à cœur. Elle souhaitait notamment travailler sur un bateau de croisière. Elle avait déjà entamé les démarches administratives auprès d’un agent recruteur et passé l’étape des examens médicaux.

 

«Elle voulait avoir plus d’argent pour assurer l’avenir de ses enfants. Elle voulait aussi économiser pour me permettre d’avoir une maison décente», affirme Vidyawontee qui n’a pas autorisé les beaux-parents de sa fille à assister aux funérailles de cette dernière parce que «zot inn koz enn bann koze ki pa bizin kan zot garson ti fini touy mo tifi». La quinquagénaire reproche au père de Kriteshsingh d’avoir dit que sa fille avait un amant. Interrogé, ce dernier s’est refusé à tout commentaire. Son épouse reprochait, elle, à Jaya d’avoir «lipie long». Ce qui ne laisse pas Vidyawontee indifférente. «Mo lans li enn defi vinn prouve ki mo tifi so lipie ti long. Mo tifi ti pe travay bien dir pou fer lavenir so bann zanfan», souligne Vidyawontee. Hélas, elle est morte atrocement, laissant ses enfants derrière elle. Le nom de Jaya s’ajoute à la déjà longue et tragique liste des féminicides à Maurice. Un mal qui continue à ronger et à briser des vies, des familles…

 


 

Un tatoueur interrogé…

 

Les limiers de la Criminal Investigation Division (CID) de Flacq ont interrogé un habitant de Poste-de-Flacq dans la soirée du drame. Ce tatoueur de 23 ans est celui que la famille du présumé meurtrier soupçonne d’être l’amant de Jaya Bunghooye. Le jeune homme a expliqué aux enquêteurs qu’il connaissait la victime depuis deux mois. Le jour fatidique, ils se seraient vus vers 11 heures. Jaya serait ensuite rentrée chez elle pour se préparer à aller au travail. Le tatoueur a également raconté aux policiers que Jaya lui avait dit ce jour-là que son époux lui réclamait de l’argent. Ce n’est que vers 15 heures, dit-il, qu’il a appris que la jeune femme avait été agressée mortellement par son époux.