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Jean-François Favory : «Un handicap ne définit pas une personne»

L’ONG Dis-Moi (Droits humains océan Indien) vient de lancer deux projets sur le droit à la justice pour avoir accès à une assitance juridique et le droit à l’Indépendance des personnes en situation de handicap. Jean-François Favory, 37 ans, paraplégique, basketteur en fauteuil et responsable de la commission des personnes en situation de handicap au sein de l’organisme, nous parle des avancées et de sa réalité à lui…

L’ONG Dis-Moi propose depuis peu deux nouveaux services. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

On les a lancés récemment. Un des projets est d’empower persons with disabilities et il est de la commission des personnes handicapées. Le deuxième est une Pro-bono law Clinic pour donner des conseils juridiques gratuits aux personnes qui sont défavorisées et qui ne peuvent pas se tourner vers un avocat, faute de moyens.

 

Pourquoi êtes-vous venu de l’avant avec ces deux projets ?

 

Il y avait une demande, surtout par rapport à tout ce qui touche aux personnes handicapées. On veut changer la façon dont les gens perçoivent les personnes qui sont en situation de handicap parce qu’à Maurice actuellement, une personne qui vit cette réalité est une personne malade. C’est la perception qu’ont les gens d’une personne handicapée. Quand elles pensent à une personne en situation de handicap, elles ne pensent pas au fait que cette personne peut conduire, travailler, être un sportif qui joue au basket, en fauteuil, bien sûr, ou qu’elle puisse faire de l’athlétisme ou tout autre sport adapté. Quand on dit sport adapté, c’est n’importe quel sport, mais adapté au handicap de la personne. Mais les gens ne voient pas cela. Ils ne comprennent pas cela. Par exemple, les gens ne comprennent pas pourquoi une personne en fauteuil peut passer avant tout le monde dans une banque. Cela m’est arrivé récemment, les gens ne comprennent pas pourquoi on me donne la priorité. On m’a d’ailleurs lancé un commentaire : «Donn zot Rs 5 000 ousi, zot bizin pas avan !» Cela pose problème. On veut changer cette vision qu’on a du handicap à Maurice. On veut faire comprendre aux gens qu’une personne en situation de handicap est une personne active, une personne tout court. On ne dit pas que l’État ne sait rien. L’État fait de bonnes choses, mais comme toute chose qui se fait, il faut les améliorer, on doit évoluer avec son temps. L’État mauricien a ratifié la Convention des Nations unies pour des personnes en situation de handicap. Signé et ratifié, c’est une chose, le mettre en pratique c’en est une autre. Le projet, c’est aussi cela : aller vers les gens et leur expliquer que Maurice a signé une loi et qu’ils ont des droits. Il y a encore beaucoup de choses à revoir. Par exemple, il y a toujours des autobus qui ne sont pas accessibles aux handicapés. Bref, on a du travail.

 

Comment est-ce que cette cellule va opérer ?

 

Notre objectif est de rendre possible et légitime l’indépendance des personnes handicapées dans leur vie de tous les jours, que ce soit dans leur vie sociale, professionnelle ou en tant que citoyens. Quand une personne se retrouve du jour au lendemain handicapée, il y a tout un travail à faire pour qu’elle puisse se débrouiller avec sa nouvelle réalité. Par exemple, pour une personne qui se retrouve en fauteuil, il s’agit de lui apprendre à se déplacer de son lit à son fauteuil et vice versa, entre autres apprentissages, pour qu’elle soit indépendante malgré le handicap. Et c’est possible ! Un handicap ne définit pas une personne, car elle peut être ce qu’elle veut : ambitieuse, avoir envie de faire des études, de travailler, de tomber amoureuse et de fonder une famille. Nous travaillerons aussi pour sensibiliser et informer les personnes en question de leurs droits, étudier et identifier leurs besoins afin de les conseiller et de leur venir en aide autant que possible. Pour ce faire, nous serons accompagnés de spécialistes et de professionnels : un physiothérapeute, un coach de sport adapté ou encore un psychologue pour évaluer les différents cas qui existent ou encore pour connaître les besoins. Par exemple, il y a différents fauteuils adaptés pour différentes situations. Il faut, par exemple, un fauteuil spécifique pour jouer au basket-ball et un autre pour l’athlétisme. Je précise que le responsable du projet et certains des intervenants sont eux aussi des personnes handicapées, tout en étant indépendant dans leur vie de tous les jours et dans leur vie professionnelle.

 

Vous êtes aussi passé par ces étapes ?

 

Je portais des couches à un moment donné. Ensuite, j’ai appris qu’il y avait d’autres méthodes pour ne plus avoir à porter des couches. Je vais aux toilettes et j’utilise une sonde pour pouvoir uriner. C’est des petites choses qu’on apprend au fur et à mesure. J’ai appris cela quand je suivais un traitement à l’île de La Réunion où j’ai subi une opération de la scoliose. J’y ai rencontré un médecin qui m’a expliqué tout cela. Malheureusement, beaucoup de Mauriciens handicapés ne peuvent avoir recours à l’expertise étrangère. Comme j’ai appris tout cela, j’essaie de transmettre ce que je sais au plus grand nombre afin que ces personnes puissent voir le monde autrement. Les personnes en situation de handicap ne savent pas ce qu’elles peuvent faire, ce qu’elles peuvent atteindre. Je vais leur montrer toutes les possibilités qui s’offrent à elles. Moi, par exemple, je conduis. J’ai une voiture adaptée à ma condition. J’ai ainsi un fauteuil très léger qui me permet de le mettre et de le retirer de la voiture. Il y a aussi l’étape pour développer son corps autrement afin de pouvoir se déplacer et d’être indépendant. Par exemple, dans mon cas, j’ai besoin d’avoir les bras plus solides pour pouvoir manipuler mon fauteuil et me débrouiller tout seul. Et tout cela s’apprend. Je suis aussi dans une équipe de basket-ball, qui a participé en février à la coupe des clubs champions de l’océan Indien, que nous avons remportée. Tout est possible ! Pour notre projet, on ne va pas rencontrer les gens une seule fois, il y aura tout un suivi derrière. Ce n’est pas quelque chose qui va être efficace du jour au lendemain. Le CSR collabore avec nous pour pouvoir commencer ce projet qui permettra aux personnes handicapées de se surpasser.

 

Qu’en est-il du projet Pro Bono Clinic and Victims Support Unit ?

 

Le pro Bono consiste à traiter à titre volontaire et gratuit, le dossier des personnes défavorisées qui n’ont pas la possibilité d’avoir recours à la Legal Aid et de leur fournir des conseils juridiques. On va se focaliser, dans un premier temps, sur les personnes vulnérables victimes de délit plutôt que sur ceux accusés d’avoir commis un délit, d’où l’appellation Victim Support Unit. Ces personnes ne bénéficient, à ce jour, d’aucune assistance judiciaire et sont souvent embrouillées par la complexité de la machine judiciaire.