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16 mars 2022 16:11
Il vit un véritable cauchemar. Jordan Albert, 27 ans, fait actuellement face à une terrible situation : il pleure amèrement son fils David, âgé d’un an, et sa compagne Stéphanie, 27 ans, tous deux décédés à l’hôpital à deux jours d’intervalle. Outre son immense chagrin, il est confronté à une angoisse qui menace de l’engloutir. Son autre fils Léo, né prématurément lors d’une césarienne compliquée avant la mort de sa mère, est toujours admis à la Neo-Natal Intensive Care Unit où son état inspire de vives inquiétudes. «Ena dilo dan so latet», nous dit ce jeune maçon, la voix cassée par l’émotion. Il craint de recevoir un appel téléphonique de l’hôpital lui annonçant une autre tragique nouvelle. Il n’en peut plus.
Le monde de Jordan Albert a commencé à s’écrouler le samedi 5 mars. Ce jour-là, vers 21h25, en pleine panique, il s’est précipité au poste de police de Roche-Bois avec son fils David dans les bras. Le petit avait de graves problèmes de santé et il ne savait pas quoi faire. «David ti feb. Enn semenn inn bizin ale vini lopital ek li», raconte Jordan. Des policiers ont alors emmené l’enfant d’un an à l’hôpital Jeetoo. Hélas, sur place, le personnel soignant n’a pu que constater son décès. L’affaire a ensuite été référée à la police et une autopsie a été pratiquée par le Dr Chamane, Police Medical Officer, le lundi 7 mars, en présence d’un médecin du privé. Jordan Albert en avait émis le souhait car il soupçonnait une négligence médicale. Selon le rapport soumis par le Dr Chamane, le petit David a succombé à une «septicémie» provoquée, semble-t-il, par une infection. Il précise que la mort est de «cause naturelle».
Deux jours plus tard, alors qu’ils sont toujours à terre après le décès du garçonnet tant aimé, voilà que Jordan et les siens font face à un autre terrible coup du destin. La maman du petit David, Stéphanie – qui était enceinte de huit mois –, est morte elle aussi après une césarienne compliquée à l’hôpital du Nord où elle a mis au monde un autre fils prénommé Léo Davio Albert. Le bébé prématuré est, depuis, admis à la Neo-Natal Intensive Care Unit de cet établissement. «Li ousi li pa bien», regrette Jordan.
Le Dr Chamane a eu la lourde tâche de pratiquer une autopsie sur Stéphanie également. Son rapport indique que la jeune femme a succombé à un choc hémorragique provoqué par des problèmes de très forte tension artérielle. On lui avait fait une césarienne vers 2h30, le dimanche 6 mars, après son admission en catastrophe au Labour Ward, la veille, aux alentours de 22h30. Les funérailles de la jeune femme et de son fils ont eu lieu le mercredi 9 mars, au domicile de ses parents, à Roche-Bois, dans une atmosphère très lourde, chargée de tristesse, de révolte, d’incompréhension, d’angoisse…
Jordan et ses beaux-parents ne savent pas comment se remettre de ce double drame. «Zafer-la ankor so. Pa fasil pou aksepte. Latet pa anplas ditou», confie le jeune homme, la voix nouée par le chagrin. Il était en couple avec Stéphanie depuis deux ans. «Nous avions eu le coup de foudre lors d’une séance de prière. Nous avons d’abord emménagé chez mes parents à Terre-Rouge. Nous sommes à Roche-Bois depuis décembre. Stéphanie a tenu à déclarer David à son nom à l’état civil», dit-il. David a vu le jour alors que sa mère était enceinte de sept mois. Comme il avait des graves problèmes de santé à sa naissance, il a passé un total de six mois en couveuse à l’hôpital.
Le personnel médical a dû faire une trachéotomie au petit David, soit un trou dans la gorge, pour lui permettre de respirer. Il avait également un autre tube dans le ventre pour pouvoir se nourrir. C’est uniquement de cette façon, explique son père, qu’on arrivait à lui faire manger et boire. «Fer inpe lontan pann sanz sa tib dan so vant-la. Fer plis ki trwa mwa ki lopital pe dir nou pena sa an stok ek bizin atann pou gagn seki nouvo. Nou pe panse sa mem kinn fer li gagn infeksyon», lâche Jordan. Après le décès du nourrisson, ses proches ont également appris avec stupeur qu’il avait été testé positif à la Covid-19.
«Zot inn dir nou sa zis ek labous. Pena okenn papye kot inn ekrir sa. Mo madam pa ti ena sa problem-la li», souligne Jordan. Quoi qu’il en soit, il est convaincu que son fils a été victime d’une grosse erreur médicale. «Finn bizin ena neglizans. Enn dokter prive ti asiste lotopsi. Linn dir nou ki bann dokter lopital inn fane. Mo pe reflesi si bizin pourswiv zot apre.» Le seul hic est que le médecin du privé en question est très controversé. Il a déjà fait l’objet de plusieurs enquêtes au niveau du Medical Council dans le passé.
Michel Maurice, 59 ans, et son épouse Marie-Anne, 48 ans, sont également dans le flou total concernant les circonstances du décès de leur fille Stéphanie et de leur petit-fils David, en plus d’être dévastés par le chagrin. «Lopital inn zis dir nou ki nou tifi inn fer emorazi inn mor. David li linn mor ek enn infeksyon», avance Michel. Son épouse et lui n’oublieront jamais les événements qui ont conduit à la mort de leur fille. «Mo tifi inn gagn enn sok terib kan linn aprann lamor so garson. Linn koumans malad telma linn plore. Li ti deza ena problem tansion for. Bann dokter lopital inn bizin fer sezaryenn ek li lerla. Malerezman linn al mor zis apre li osi. Linn perdi tro boukou disan», confie Michel qui pleure également la perte de son petit-fils. «Lamor mo ti zanfan enn gran pert pou nou. Nou ti ansam toulezour. Mazinn enn kout nou soufrans aster apre lamor nou tifi ek nou ti zanfan. Nou fami abat net. Nou inkonsolab.»
Michel tient, lui, un discours plus prudent sur les circonstances entourant ce double décès. «Zis bann dokter mem ki kone vremem kinn arive. Nou pa kapav koz neglizans aster-la me finn bizin ena kitsoz ki pann bon pou ki mo ti zanfan mor ek enn infeksyon ek mo tifi fer emorazi. Mo ti zanfan-la inn bien soufer. Li pa ti kapav koze. O mwin aster linn aret plore an silans», souligne tristement Michel.
Interrogé sur ce double décès, un préposé du ministère de la Santé confie que le ministre et ses proches collaborateurs sont déjà en présence d’un rapport. Il incombe désormais aux membres du Medical Negligence Standing Committee de situer les responsabilités et de décider de la marche à suivre.
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