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Une Suissesse condamnée à 15 ans de prison pour le meurtre de son époux mauricien

Anne-Marie Henri, la tante de Thierry Diamas : «Nou soulaze avek sa verdikt-la, me nou tristes pou touzour la»

30 novembre 2025

Ils avaient fait connaissance sur les réseaux sociaux trois ans avant le drame.

Près de quatre années se sont écoulées depuis les faits. Le 29 décembre 2021, Thierry Diamas, 31 ans, originaire de Beaux-Songes et installé à Vernier, une commune du canton de Genève, a été tué froidement d’une balle dans le dos par son épouse Maria, une Suissesse de 15 ans son aînée. Le vendredi 21 novembre, cette dernière, reconnue coupable d’assassinat, a écopé de 15 ans d’emprisonnement ; une sentence qui vient enfin mettre un terme à ce processus judiciaire éprouvant bien qu’elle n’atténue pas la tristesse des membres de sa famille. Anne-Marie Henri, la tante et confidente de la victime, également témoin dans l’affaire, s’est confiée.

Les fêtes de fin d’année sont souvent idéalisées comme un moment joyeux. À quelques semaines des célébrations de Noël et du Nouvel An, l’heure est déjà aux réjouissances pour de nombreuses familles ; l’occasion pour elles de se retrouver pour des activités conviviales renforçant leurs liens. D’autres, en revanche, appréhendent chaque année cette période de festivités, synonyme pour elles de nostalgie et de tristesse. Cela fait quelques années que rien n’est plus pareil pour les proches de Thierry Diamas. Pendant que certains s’attèlent à trouver le cadeau parfait, à décorer le sapin ou à s’organiser pour les traditions familiales, ils cherchent à trouver un équilibre dans le chaos puisque ce moment de l’année leur rappelle constamment que celui qu’ils chérissaient tant n’est plus là.

En décembre 2021, le trentenaire, originaire de Beaux-Songes, a été assassiné froidement par son épouse d’une balle dans le dos à Vernier, une commune du canton de Genève, en Suisse. Le vendredi 21 novembre, le Tribunal de Genève a reconnu sa femme coupable d’assassinat et l’a condamnée à 15 ans d’emprisonnement, mettant ainsi fin au processus judiciaire éprouvant mais n’éliminant pas forcément la douleur profonde des membres de son entourage. «Nou soulaze avek sa verdikt-la me nou tristes pou touzour la», lâche Anne-Marie Henri, sa tante, toujours aussi bouleversée.

Le jour fatidique, avait rapporté un site d’informations, il était environ 22 heures lorsque la centrale d’urgence avait reçu l’appel de détresse de Thierry Diamas, qui était alors âgé de 31 ans. En s’exprimant avec beaucoup de difficulté, il avait signalé avoir été blessé par balle par son épouse Maria, une Suissesse de 15 ans son aîné. Il avait été retrouvé à quelques mètres de leur domicile, à Vernier, agonisant à terre. «Malgré les soins prodigués, l’homme, âgé de 31 ans, a ensuite perdu connaissance et cessé de respirer peu avant l’arrivée de l’ambulance. Les massages cardiaques entrepris tant par les policiers que par les ambulanciers n’ont pas permis de le réanimer. Son décès a été constaté à 22h50», avait évoqué le communiqué du pouvoir judiciaire. C’est à travers une proche, installée en Suisse, que les proches de Thierry Diamas avaient, eux, appris la terrible nouvelle. Même si quatre années se sont écoulées depuis la tragédie, leur souffrance est toujours aussi palpable, particulièrement pour Georgina Diamas, qui a tenu à faire le déplacement pour entendre de vive voix la sentence infligée à la meurtrière de son fils. «Linn bien boulverse. Sa prose-la finn fer li reviv tousala. Li ti le lazistis pou so zanfan. Linn dir mwa ki sa moman-la ti bien emouvan pou li ; linn gagn ner letan linn get sa fam-la. So leker ankor fermal, so sagrin ankor dan li», confie Anne-Marie Henri.

«Comportement froid et lâche»

Avant que le Tribunal de Genève ne rende son verdict, celui-ci s’est appesanti sur les déclarations de l’accusée tout le long de la procédure et a insisté sur son manque de crédibilité, évoque un site d’informations. «Ce n’est qu’acculée qu’elle a fini par admettre qu’elle avait tiré. Elle a inventé des épisodes comme celui du viol anal dans le garage la veille des faits», a déclaré la présidente, Katerina Figurek Ernst. Elle a souligné que «l’épouse avait pris des précautions pour ne pas être repérée, notamment en éteignant la géo localisation de son téléphone et qu’elle avait dissimulé des preuves, par exemple en prenant une douche à son retour au domicile conjugal après avoir tiré. Mais aussi qu’elle était sortie de chez elle pour suivre son mari, en se munissant d’une arme à feu». Selon elle, «ce modus indique une réflexion préalable à l’acte». S’étalant sur le moment du tir, le Tribunal de Genève a décrit une femme «déterminée. Elle n’a pas été dépassée par l’émotion mais soulagée. Son comportement froid et lâche avant, pendant et après l’acte, inquiète. Elle ne pouvait ignorer avoir tiré, l’avoir atteint et l’avoir mortellement blessé», rapporte le même site d’informations.

Faisant état d’«une froideur glaçante», la présidente a rappelé que Maria avait quitté les lieux en abandonnant la victime à son sort. «Face à l’absence de scrupule et la futilité du mobile, le Tribunal l’a condamnée pour assassinat quand bien même elle n’a pas prémédité son crime.» La présidente a été catégorique : «Aucun motif valable, compréhensible n’explique son geste. Le mobile est odieux car futile et égoïste.» Les juges ont donc estimé que le 29 décembre 2021, Maria avait tué son époux «avec conscience et volonté». Les juges n’ont pas, non plus, manqué d’évoquer la «relation toxique» qu’entretenait le couple, ainsi que les disputes régulières souvent «en lien avec la jalousie de la prévenue alors même que l’infidélité du mari n’a jamais été prouvée». D’ailleurs, Anne-Marie Henri, la tante et confidente de Thierry Diamas, s’est retrouvée dans l’obligation de témoigner durant la procédure puisqu’elle détenait sur son cellulaire des photos et enregistrements prouvant que le trentenaire était victime de violence conjugale. Le besoin de contrôle ou la cupidité explique le passage à l’acte prémédité de cette femme qui souffre d’un trouble de la personnalité mixte paranoïaque et borderline, a relevé le représentant du Ministère public.  La présidente a souligné le risque élevé de récidive dans le cadre de relations de couple, lui imposant un traitement ambulatoire en sus de la peine carcérale afin de se soigner. Elle devra aussi verser des frais de procédure à hauteur de 115 000 francs, et 40 000 francs supplémentaires pour dommage moral à la mère du jeune homme. 

«Fam-la inn manipil li»

Thierry Diamas et son épouse Maria, rappelons-le, avaient fait connaissance sur les réseaux sociaux trois ans avant le drame. Quelque temps plus tard, il avait quitté l’île pour s’installer à Genève, où il avait décroché un emploi comme maçon. Sur un petit nuage, il n’avait pas tardé à emménager avec celle qu’il a bien vite épousée, sans s’imaginer que son bonheur ne serait que de courte durée. «Se enn zanfan ki'nn viv dan lamizer, ki'nn trase, ki'nn travay dir. Zame li'nn fer okenn move larout. Ler li'nn konn sa fam-la, li'nn panse ki se enn lot vwa a lakel li ti destine, me li pa'nn kone dan ki piez li pe al met li. Il voulait simplement réussir sa vie, aider sa famille. Sa seule erreur a été d’aimer la mauvaise personne», se désole Anne-Marie Henri.

Lorsque sa relation a commencé à se compliquer, raconte-t-elle, «mon neveu s’est confié à moi. Li ti pe sonn mwa an kasiet letan li ti pe al travay pou dir mwa fam-la bat li, kontrol so kas, anpes li frekant so fami, so bann kamarad. Li pa ti pe mem dakor ki mo neve koz kreol kan fami pe sonn li parski li pa ti pe konpran nou langaz. Mo neve ti dir mwa pa dir so mama nanye parski kouma enn bann dimounn ti pou rod koz an so faver, fam-la ti pou fer tou pou li koup kontak avek zot». Le couple, dit-elle, s’était momentanément séparé avant le drame. «Mon neveu s’était installé dans un appartement avec des amis, faisait des heures supplémentaires au travail et économisait parce qu’il voulait rentrer à Maurice. Mo pa kone kouma fam-la finn manipil li pou li retourne. Mo ti dir li ki mo sagrin so sor, me ki mo pa kapav rant dan so menaz, ki mo pa pou opoz mwa a so desizion mem si mo ti anvi li kite. Linn rod gard lespwar ki tou pou korek.»

La procédure judiciaire a été particulièrement lourde et éprouvante pour l’entourage de Thierry Diamas au cours de ces quatre dernières années. «À chaque fois que je me suis rendue au Tribunal, j’ai tâché de garder mon calme, mais ce n’était pas le cas pour l’épouse de mon neveu. Elle interrompait toujours l’audience, refusant que je m’exprime en créole même si un interprète était présent. Linn fer boukou sinema dan lakour. Mo'nn touzour trouv sa dan fim, me sa fam-la enn vre sikopat. Mo'nn viv bann zafer mo pa'nn atann. Sak fwa m'onn al lakour, li ti bien difisil. Ou ena linpresion pe rezwe sa fim-la, ou anvi plore, kriye ou ankoler, tou lemosion revini. Gramersi li'nn resi avoy mwa tou prev pou sa fam-la al kondane», avance Anne-Marie Henri, un brin soulagée. Bien que l’entourage de Thierry Diamas aurait souhaité que sa meurtrière écope d’une plus lourde sentence, dit-elle, «nou'nn prefer aksepte verdikt-la parski finn ler pou li repoz an pe aster. Se enn gran mank, enn gran pert, sete enn zanfan ki ti dous, kalm, ki zame pa finn gagn okenn problem ar dimounn, li pa ti ena okenn problem lasante. Sak fwa rant dan desam, lerla nou remazinn sa, nou ankor plis santi so labsans. Asterla finn ariv ler pou nou fer nou dey».

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