Publicité

Trump accorde son soutien au Royaume-Uni pour les Chagos

Après l’incertitude, le soulagement

3 mars 2025

Donald Trump accordera son soutien au Royaume-Uni dans la rétrocession de l’archipel des Chagos. Une nouvelle accueillie avec émotion et soulagement par les natifs, alors que ceux qui s’opposent au deal Maurice-Grande-Bretagne continuent de s’élever contre.

Ces dernières semaines, tous n’attendaient plus qu’une chose : la position de Donald Trump. Allait-il soutenir la décision de la Grande-Bretagne de céder la souveraineté de l’archipel des Chagos à Maurice ou allait-il aller à l’encontre de ce deal ? La question jusqu’ici était restée entière. La nouvelle est finalement tombée dans la soirée du jeudi 27 février à l’issue d’une rencontre entre le président américain et le Premier ministre britannique, sir Keir Starmer, à la Maison-Blanche, Washington D.C.

Donald Trump a fait savoir que les États-Unis ne voient aucune objection à soutenir ce deal et se dit prêt à épauler l’Angleterre dans cette démarche, à condition que la base militaire de Diego Garcia demeure sous contrôle américain. «Je dois encore voir les détails du deal, mais il me semble pas mauvais. Ils parlent d'un bail à très long terme, très puissant, un bail très solide, environ 140 ans en fait. C'est une longue période, et je pense que nous serons enclins à suivre votre pays. Nous allons avoir des discussions à ce sujet très bientôt et j’ai le sentiment que ça va très bien se passer.»

L’accord en cours de négociation stipule, en effet, que le Royaume-Uni obtiendra un bail de 99 ans pour Diego Garcia, avec la possibilité d’une extension de 40 ans additionnels. Malgré le changement de souveraineté de l’archipel, ce deal permettrait ainsi aux États-Unis de maintenir leur présence militaire dans la région et de déjouer l’influence de la Chine. Pour rappel, une délégation mauricienne menée par l’Attorney General Gavin Glover s’était rendue à Londres il y a un mois pour finaliser l’accord. À la suite de cette rencontre et alors que le deal entre le Royaume-Uni et Maurice était presque conclu, les Britanniques ont fait volte-face et soutenu devoir consulter l’administration américaine d’abord afin d’avoir l’aval de Trump sur la question. Depuis, les négociations n’avaient pas beaucoup avancé. Entre-temps, l’opposition britannique n’a eu de cesse de s’élever contre cet accord accentuant les pressions et les tensions autour de ce deal.

Pour Olivier Bancoult, c'est une «claque» pour ceux qui s'élèvent contre cet accord.

Aujourd’hui, la position de Donald Trump apporte non seulement du soulagement du côté de Maurice, mais elle représente surtout une victoire de plus pour les natifs et ceux qui ont toujours milité pour que Maurice retrouve la souveraineté sur les Chagos. Après les différentes tensions qui ont opposé le Groupe Réfugiés Chagos (GRC) à ceux qui souhaitent que les Chagos demeurent sous emprise britannique, Olivier Bancoult ne cache pas sa satisfaction. «Aujourd’hui, c’est la vérité qui triomphe. Nous avons toujours lutté pour que l'injustice infligée aux Chagossiens natifs soit corrigée. Je ne parle pas à mon nom, mais en celui des natifs qui se trouvent à Maurice, en Grande-Bretagne et aux Seychelles. Ce que Trump dit vient nous donner totalement raison. C’est une claque à ceux qui se disent plus Anglais que les Anglais.»

La communauté chagossienne, toujours très divisée sur la question, est aujourd’hui fragmentée en plusieurs petits groupes qui cherchent chacun de leur côté à défendre leurs idées. Pour Olivier Bancoult, ce qui reste le plus important néanmoins, c’est que le souhait de ceux qui ont subi de plein fouet l’injustice de la déportation soit respecté. «Les natifs ont soutenu ce deal parce qu’ils ont vu que dedans il y avait quelque chose pour eux, dont un droit de retour et une réparation. On comprend que sur Diego il y a une base militaire, mais ils peuvent retourner vivre sur Peros Banhos et Salomon s’ils le souhaitent. Le plus jeune natif Chagossien a 52 ans et le plus âgé fêtera ses 100 ans dans quelques jours. Que veulent ces personnes ? Quel est leur souhait ? Qui a connu la misère et la souffrance plus que ceux qui sont nés sur leur terre et qui ont été chassés de chez eux. C’est chagrinant de voir qu’aujourd’hui, les enfants dont les parents ou grands-parents ont souffert et subi l’injustice se déclarent plus Anglais que Keir Starmer. Ils soutiennent les Anglais. Ce n’est pas logique.»

Corriger une injustice

La détermination de certains, dénonce-t-il, à vouloir faire capoter l’accord entre la Grande-Bretagne et Maurice est triste et révoltante. «Beaucoup se sont opposés à cet accord et leur souhait, c'était que le président Trump bloque le deal. Ils ont manigancé avec l’opposition britannique et ont tout fait pour que cet accord ne tienne pas. Je dois dire que certaines presses locales ont aussi joué un mauvais rôle en donnant la priorité aux descendants et en ignorant la voix des natifs. Nous avons montré notre sincérité avec le gouvernement mauricien quand nous sommes allés devant les Nations Unies et la Cour internationale de justice. C’est à travers l’état mauricien que nous avons pu expliquer notre souffrance. Aujourd’hui, il y a des personnes qui agissent comme des antipatriotes en s’élevant contre la souveraineté de Maurice. Ce n’est pas Olivier Bancoult qui a décidé, ni aucun Chagossien. Ce sont les juges de la Cour internationale de justice, suivis du Tribunal international des droits de la mer. Si on doit objecter, qu’on objecte directement avec ces institutions.»

Ce qui est le plus révoltant, poursuit Olivier Bancoult, c’est de voir ces personnes traiter Maurice avec mépris et dédain. «L’archipel des Chagos a toujours été rattaché à Maurice, même quand celui-ci était sous l’empire britannique. Quand les habitants étaient malades aux Chagos, ils venaient directement à Maurice. Ils se faisaient soigner à l’hôpital civil ou à Candos, et non pas à l’hôpital de Crawley. Comment, aujourd’hui, on peut ignorer ce lien que nous avons avec Maurice ? De plus, combien de Chagossiens ont vécu à Maurice après la déportation ? Ce n’est qu’à partir de 2002 que certains ont pu partir en Angleterre après un combat que nous avons mené à la Cour de Londres. Je ne dis pas qu’on n’a pas connu la discrimination, mais nous avons tout de même pu vivre notre vie.»

Jean-Francois Nellan demande à ce que la voix des Chagossiens soit entendue.

Ne pas oublier d’où l’on vient, ajoute-t-il, est important. «Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes à Maurice, mais aujourd'hui, ils veulent faire croire que Maurice est le dernier des enfers où on ne peut plus vivre, ce qui est totalement faux. Il y a des gens qui veulent bouger pour aller en Australie ou au Canada pour améliorer leurs conditions de vie, mais leur cœur est rattaché à leur île natale. Il ne faut pas faire croire qu’il y a aujourd’hui une pression pour que les Chagossiens quittent Maurice parce qu’ils sont persécutés. Ce n’est absolument pas le cas.»

Au Royaume-Uni, le combat des Chagossian Voices a toujours été à l’opposé du GRC. C’est donc logique que la nouvelle ne les réjouisse pas. Pour Jean-François Nellan, porte-parole du groupe, la déclaration de Trump reste floue et n’est pas une garantie de l’aboutissement de l’accord. «Nous restons positifs, car il ne s’agit pas d’un accord définitif et concret. Il reste encore du travail à faire et cela ne change pas notre position. Nous n’avons pas de détails précis sur les vues des États-Unis sur les détails de l’accord et nous n’avons pas de calendrier de sa mise en œuvre. De plus, une proposition de changement dans la souveraineté nationale des îles n’affecte pas ce que nous demandons : l’autodétermination des Chagossiens, un droit au retour des Chagossiens, un contrôle des fonds par les Chagossiens et une voix prépondérante dans les décisions concernant les îles.» Déterminé malgré tout à poursuivre leur combat, les Chagossian Voices continuent à explorer toutes les avenues juridiques possibles pour contester cet accord. «Nous continuerons à nous battre pour les intérêts des Chagossiens et pour les meilleurs résultats possibles pour nous.»

De l’autre côté, le groupe BIOT Citizen, mené par Misley Mandarin qui s’est rangé du côté des Britanniques, continue de s’opposer fortement à ce que Maurice retrouve la souveraineté sur les Chagos. Malgré l’aval de Trump, leur volonté à jurer allégeance à la Grande-Bretagne ne faiblit pas. Sur leur page Facebook, ils ont lancé un énième appel au président américain : «La communauté chagossienne est profondément déçue. J’exhorte le président Trump à reconsidérer le traité des Chagos et à opposer son veto à cet accord inacceptable.» Ils se disent aussi inquiets de l’avenir des Britanniques : «Avec des impôts élevés et une pauvreté croissante au Royaume-Uni, il est troublant que des fonds soient envoyés à l’étranger alors que les citoyens britanniques dans le besoin reçoivent peu d’aide.»

Publicité