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Par Michaëlla Seblin
7 mars 2026 18:31
La polémique qui agite actuellement la place publique, opposant un prêtre catholique à l’Évêché, contribue à élargir la réflexion sur nous-mêmes, nos convictions, mais aussi la place que nous accordons aux présumés agresseurs et aux éventuelles victimes, souvent mineures.
Tout commence par un communiqué publié sur la page du diocèse. On y apprend qu’à la suite d’une enquête menée par une antenne du Vatican, le père Fabien a été reconnu coupable de «sollicitations inappropriées», après des allégations formulées par deux mineures. Le communiqué précise que le prêtre fait désormais face à plusieurs interdictions : pendant cinq ans, il ne pourra pas exercer d’activités pastorales avec des mineures, entendre des confessions ni participer à des pèlerinages, entre autres. En revanche, il lui sera permis de célébrer la messe dans les prisons pour hommes et de participer au travail de traduction de la Bible en kreol.
Alors que ce communiqué, déjà largement commenté, a suscité de nombreuses réactions, les déclarations du père Fabien sur la radio nationale, qui reconnaît avoir eu «une parole imprudente envers une fille», s’apparentant à «une blague», et se défendant d’être un «pédophile», ont contraint le diocèse de Port-Louis à émettre un second communiqué, plus explicite.
On y apprend, cette fois, que le prêtre aurait reconnu, devant témoins, avoir demandé à une mineure de l’embrasser et qu’il aurait également accepté de se rendre dans un centre au Kenya destiné aux prêtres en difficulté. Et le diocèse d’expliquer que le Vatican n’aurait pas agi sur la base d’une simple «blague».
Au-delà de cette affaire, c’est notre attitude face à des allégations d’agressions sexuelles qui devrait nous interpeller : notre manque de retenue, nos conclusions hâtives et notre manière de juger les choses en émettant des opinions toutes faites, la plupart du temps, sans nuances, derrière nos écrans. Pour beaucoup, il est impensable qu’une personne que nous avons côtoyée, appréciée ou admirée puisse être coupable d’actes, de gestes ou de paroles déplacés. Pour d’autres, ce sont les dires des victimes qui sont immédiatement mises en doute.
Pourtant, l’actualité internationale ne cesse de nous rappeler que les prédateurs ne correspondent pas toujours à l’image que l’on se fait d’eux. Les révélations liées aux Epstein Files, la vague dénonciatrice du mouvement #MeToo ou encore des accusations visant une flopée de personnalités ont contribué à lever le voile sur des comportements longtemps passés sous silence.
Et malgré cela, il y a comme une difficulté à reconnaître que des agressions peuvent prendre la forme de sollicitations, de comportements et de gestes inappropriés, surtout lorsque l’auteur présumé est une personne que l’on connaît ou que l’on respecte. Comme si le simple fait de fréquenter quelqu’un pouvait l’absoudre de tout soupçon.
C’est avec ce genre de réaction qu’on finit par devenir complice d’un silence qui protège les suspects, les institutions ou leur réputation, qu’importe si les victimes vivront avec un traumatisme tout au long de leur vie.
Dans l’affaire Pavaday – ou un ancien professeur qui fait face à des allégations de «child grooming» à l’école primaire de Lorette de Curepipe –, c’est une enseignante, dont il faut souligner le courage, qui n’a pas hésité à en parler à sa direction. Sa longue amitié pour son collègue ne l’a pas empêchée de valoriser la parole de ses élèves. «Si quelque chose comme ça était arrivé à mon enfant, j’aurais voulu qu’une personne ait le courage d’en parler», confiait-elle dans notre édition du dimanche 15 février.
Une initiative difficile mais traduisant une part de responsabilité prise par une éducatrice qui a appuyé sur le signal d’alarme, dont le relais a été ensuite pris par la justice à qui il revient de juger des faits reprochés au présumé agresseur.
S’il faut mettre cet exemple en lumière, c’est parce que souvent l’esprit corporatiste prend le dessus dans les cas d’allégations sexuelles tandis que les responsables ne savent pas toujours comment réagir. Les présumées victimes se retrouvent alors laissées à elles-mêmes, découragées, avec une seule option – si elles décident d’aller de l’avant : la spirale judiciaire dont la première étape est de consigner une plainte à une police pas toujours formée pour écouter des récits sensibles.
Rappelons-nous, en cette journée du 8 mars, que les victimes d’agresseurs sexuels ont aussi des droits, et soutenons celles qui osent briser le silence, en contribuant à une conscientisation sur des agissements inacceptables. Rappelons-nous aussi que nos réflexes impulsifs à défendre ou condamner, nos réactions, nos silences disent beaucoup de nous, révèlent ce que nous sommes collectivement et la place que nous accordons aux présumés agresseurs ainsi qu’aux victimes dans notre société !
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