Dès l'entrée, un large sourire nous accueille. Celui d'un homme qui n'a visiblement pas fini d'être là. Henriot Ah-Koon, fidèle lecteur de 5-Plus dimanche depuis de longues années, fait partie de ces rares personnes que le temps semble avoir épargnées dans l'âme. Le corps a peut-être ralenti, mais le regard, lui, pétille encore. Le 28 avril dernier, Henriot Ah-Koon a soufflé ses 100 bougies aux côtés de ses deux filles, des résidents de la maison de retraite, ainsi que du vice-président de la République et du maire de Quatre Bornes.
Cet habitant de Quatre-Bornes a toujours eu une façon bien à lui d'appréhender la vie, de la croquer à pleines dents. Pas question de regarder passer les jours depuis une fenêtre. Henriot, c'était le genre d'homme à enfiler ses chaussures et à partir. Marcher, grimper, explorer. Pendant des années, il a fait partie d'un groupe : le Hualien. Avec ses compagnons, il a sillonné les sentiers de l'île, foulé des sommets, découvert des cascades cachées. Ces sorties, il les évoque encore comme si c’était hier. Henriot faisait aussi beaucoup de sorties en famille ; une chose est sûre, il ne s’ennuyait jamais.
Mais s'il y a une passion qui résume peut-être mieux que toute autre cet homme épris de mouvement et de dépassement, c'est bien le sport. Le football d'abord, qu'il a suivi et aimé. Et puis surtout, le tennis, sa grande affaire, son terrain de jeu favori. Il a continué à jouer jusqu'à ses 80 ans. Ce grand-père de quatre petits-enfants avait aussi un amour particulier pour la photographie. «Je me souviens qu’à l’époque mon père avait sa chambre noire où il développait les photos», nous raconte sa fille. De plus, Henriot est très connu à Curepipe. Ceux qui ont fréquenté la région se souviennent sans doute encore de celui qui tenait Le Danube Bleu, un magasin où l'on trouvait des jouets et des gadgets en tous genres.
Une vie entourée des siens
Henriot Ah-Koon n'a pas traversé ce siècle seul, au contraire. Il est l'un des cinq enfants d'une fratrie soudée, dont un frère jumeau qui l'a quitté en 2022, emportant avec lui une part irremplaçable de sa mémoire. Mais c'est une autre absence qui a sans doute pesé le plus lourd : celle de Joceline, l'amour de toute une vie. «Mes parents étaient très fusionnels. Mon père a aimé ma mère avec un grand A. Elle nous a quittés en 2021 ; c’est là que mon père a commencé à sentir le poids du monde. Lui qui n'avait jamais semblé fatigué par la vie a soudain dû apprendre à vivre avec ce vide», nous confie sa fille Françoise.
Justement, c’est elle qui veille à ce qu’Henriot reçoive chaque week-end son journal entre les mains. «Mon père a toujours aimé avoir son exemplaire de 5-Plus. Il lit le journal depuis sa création. D'ailleurs, c'est son journal préféré», nous confie-t-elle. Et même si ses yeux, aujourd'hui, ne suivent plus les lignes avec la même facilité qu'avant, Henriot s'accroche. Il lit ce qu'il peut. Parce que certaines passions, on ne les abandonne pas, elles font partie de qui on est. Lui-même le dit : «J'ai toujours aimé 5-Plus, car il englobe toutes les infos de la semaine. Et ma rubrique préférée est bien évidemment le sport, car je suis un grand fan de Manchester United.»
D’ailleurs, il ne jette jamais les exemplaires du journal. Il les conserve précieusement dans un petit carton installé dans sa chambre, comme de véritables souvenirs auxquels il tient énormément.
