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28 février 2026 19:09
Une autre semaine sous tension pour le dossier Chagos. Alors que Maurice dit suivre l’évolution du dossier de près, les revirements britanniques, les pressions américaines et les déclarations surprenantes de Misley Mandarin continuent d’alimenter l’incertitude autour de l’avenir de l’archipel.
Maurice nage une fois de plus en pleine confusion depuis que Londres a laissé entendre, avant de se rétracter, qu’une pause était envisagée dans le processus de rétrocession des Chagos. Entre déclarations contradictoires, pressions américaines et menaces de contestation internationale, l’accord conclu avec le Royaume-Uni semble plus incertain que jamais. Depuis que Misley Mandarin et trois Chagossiens ont élu domicile sur Paros Banhos, prenant tout le monde par surprise, le dossier du Chagos deal patine, alimenté par plusieurs rumeurs et spéculations qui entretiennent davantage le flou autour de l’avenir de cet accord.
D’ailleurs, le Conseil des ministres, qui s’est réuni ce vendredi 27 février, a dit prendre note avec préoccupation du retard dans le processus législatif au Royaume-Uni concernant le Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill, tout en continuant à suivre le dossier de très près. Si aucune déclaration officielle de la part du gouvernement mauricien n’est prévue pour l’heure, un comité interministériel étudie en ce moment la question et les différentes options de Maurice.
Évoquant les Chagos, le Premier ministre Navin Ramgoolam, qui assistait ce vendredi à l’inauguration d’une nouvelle ligne de production de boissons gazeuses chez Phœnix Beverages Ltd, est resté évasif : «Nous avons des défis, nous l’avons vu avec les Chagos. Il faudra que je trouve Rs 10 Mds en plus.» À ce sujet, le Deputy Prime Minister Paul Bérenger a annoncé ce samedi la tenue d'un comité la semaine prochaine. Composé de Navin Ramgoolam, de lui-même, de Ritesh Ramful et de Gavin Glover, celui-ci aura pour objectif d'étudier les différentes options de Maurice.
Aujourd’hui, la situation est plus que jamais incertaine, surtout après les récentes déclarations contradictoires du gouvernement britannique. En début de semaine, un ministre du Foreign Office a affirmé que le processus avait été «suspendu» pour discussions avec les États-Unis, après les critiques de Donald Trump. Cependant, Downing Street a immédiatement démenti toute pause, évoquant une erreur de formulation. Le gouvernement britannique affirme qu’il n’y «aucune pause» dans l’agenda, affirmant que «les échéances seront annoncées comme d’habitude». Car même si les débats sur le projet de loi ont repris ce jeudi 26 février à Westminster, le climat autour de cet accord reste extrêmement tendu.
Il faut dire que le dernier retournement de veste de Donald Trump et les pressions politiques et diplomatiques qui en découlent ont brouillé les pistes, résultant en un projet de loi qui avance difficilement au Parlement britannique. Sans compter que les Maldives, qui ne sont pas décidées à lâcher l’affaire, envisagent maintenant une action devant l’International Court of Justice pour contester la souveraineté de Maurice sur l’archipel.
Suspension des relations Maurice-Maldives
D’ailleurs, face aux agissements des Maldives qui ne reconnaissent plus la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos et qui s’opposent au Chagos deal, Maurice a décidé de suspendre avec effet immédiat toutes les relations diplomatiques avec la République des Maldives. Une décision annoncée dans le Conseil des ministres et à laquelle a réagi Ritesh Ramful, ministre des Affaires étrangères : «C’est une décision mûrement réfléchie car même après une décision de la Cour internationale de justice, la résolution de Maurice aux Nations unies, Maldives refuse toujours d’accepter. C’est clairement une atteinte de notre souveraineté. Il n’y aura donc plus aucune relation entre Maurice et les Maldives.»
De son côté, Misley Mandarin a aussi réagi : «Il s’agit d’une décision absolument déplorable du gouvernement mauricien. Les Maldives devraient être saluées pour leur décision courageuse et fondée sur des principes de contester le gouvernement de Sir Keir Starmer pour son rôle persistant dans la persécution du peuple chagossien. Maurice instrumentalise la diplomatie, ce qui aura de graves répercussions pour la région. La responsabilité de la montée des tensions dans l’océan Indien incombe uniquement au gouvernement britannique, qui tente de céder nos îles à Maurice. Ils doivent abandonner cet accord immédiatement, dans son intégralité.»
D’ailleurs, en ce qui concerne l’ordre d’expulsion visant les quatre Chagossiens installés à Peros Banhos, il y a aussi du nouveau. Alors qu’elle avait été précédemment suspendue par un juge de la High Court of the British Indian Ocean Territory qui avait accordé une injonction temporaire pour empêcher leur éloignement, cette suspension a de nouveau été prolongée jusqu’au 13 mars, date à laquelle une nouvelle audience est prévue. Avec deux semaines de sursis supplémentaires, Misley Mandarin continue de faire des déclarations fracassantes depuis les Chagos.
Alors que la presse britannique relate que Donald Trump, qui a changé de position sur ce dossier à trois reprises, refuse d’approuver définitivement l’accord tant que Londres ne garantit pas un accès opérationnel en cas d’escalade militaire contre l’Iran, Misley Mandarin a pris les devants. Et ce, alors même que le gouvernement britannique craint qu’un feu vert autorisant des frappes américaines ne mette la Grande-Bretagne à mal face au droit international.
Mais voilà qu’au-delà de toutes les considérations diplomatiques et juridiques, Misley Mandarin, qui se présente comme «First Minister» des Chagos, a annoncé cette semaine qu’il autorisait les États-Unis à lancer des frappes contre l’Iran. Une prise de position surprenante, qui dépasse largement le cadre du dossier des Chagos et qui accentue les tensions géopolitiques internationales autour de l’archipel.
Olivier Bancoult, qui a, par ailleurs, porté plainte cette semaine contre deux internautes pour diffamation, n’a pas tardé à réagir affirmant que les propos Misley Mandarin n’engagent que lui et ne reflètent en rien la position de la communauté chagossienne. Le leader du Groupe Refugiés Chagos a tenu à rappeler que contrairement à lui, Misley Mandarin n’a pas été mandaté par les Chagossiens pour permettre une utilisation de la base militaire de Diego Garcia. «C’est un one-man-show. Les gens savent que je représente officiellement la communauté chagossienne alors que lui s’autoproclame first minister. La communauté se dissocie totalement des propos de Misley Mandarin.» Pour Olivier Bancoult, celui-ci devra assumer ses propos.
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