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Chagos : Trump valide, Maurice relâche la pression

7 février 2026

Désormais, il faut attendre que le Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill soit de nouveau inscrit à l’agenda de la House of Lords.

Après avoir qualifié l’accord sur les Chagos de «grande stupidité», Donald Trump a finalement donné son feu vert à l’accord entre Maurice et la Grande-Bretagne. Si le gouvernement mauricien et les Chagossiens en faveur de cet accord se disent soulagés, la prudence reste tout de même de mise.

Cela fait deux semaines que Maurice marche sur des œufs. Aujourd’hui, on peut enfin souffler… du moins jusqu’au prochain rebondissement. La déclaration tonitruante de Donald Trump qualifiant de «grande stupidité» l’accord sur la restitution de la souveraineté de l’archipel des Chagos par les Britanniques avait semé le doute et ravivé les inquiétudes sur l’aboutissement de cet accord sensible, au cœur d’enjeux diplomatiques, stratégiques et géopolitiques majeurs. Bien que le gouvernement mauricien et ceux qui espèrent voir se concrétiser ce long combat pour la reconnaissance des droits de Maurice sur l’archipel n’aient pas perdu espoir, l’incertitude s’était installée, soulevant des interrogations sur les répercussions de la prise de position du président américain et la réelle volonté du gouvernement britannique à conclure cet accord.

L’affaire a pris une nouvelle tournure après la déclaration de Trump le jeudi 5 février, dans laquelle il accorde son soutien au deal entre la Grande-Bretagne et Maurice. «Je comprends que le Premier ministre Starmer a passé le meilleur accord possible. Mais si cet accord échoue ou si quiconque menace les opérations et les forces américaines sur notre base, je me réserve le droit de protéger militairement et de renforcer la présence américaine à Diego Garcia», a écrit le président américain sur son réseau Truth Social, affirmant avoir eu une conversation productive avec le Premier ministre britannique, sßir Keir Starmer.

Le chef d’État américain a rappelé que Diego Garcia demeure un pilier central du dispositif de sécurité nationale des États-Unis. Il a souligné l’efficacité des forces armées, la modernité de leurs équipements et l’importance stratégique de la base. «Que ce soit bien clair : je ne permettrai jamais que notre présence sur une base si importante soit compromise ou menacée par de faux arguments ou des absurdités environnementales.» Après leur conversation, Donald Trump et Keir Starmer ont affirmé leur volonté à «poursuivre une coopération étroite pour la mise en œuvre de l’accord» relatif aux Chagos.

À Maurice comme en Angleterre, ce développement n’a laissé personne indifférent. Si le gouvernement mauricien accueille positivement cette évolution, il entend toutefois rester prudent sur les prochaines étapes du processus de rétrocession. Pour les Chagossiens favorables à cet accord, qu’ils vivent à Maurice ou au Royaume-Uni, la déclaration de Trump a ravivé l’espoir dans un combat de longue date.

Pour Allen Vincatassin, président de l’UK Native Chagossians Council, la déclaration de Trump constitue un réel soulagement. «La plupart des Chagossiens vivant au Royaume-Uni se disent aujourd’hui soulagés par cette annonce. Pour ma part, j’accueille favorablement cette nouvelle et j’estime qu’il reste de l’espoir pour que la communauté chagossienne puisse retourner chez elle, tandis que Maurice retrouve sa souveraineté», confie-t-il. À Maurice, Olivier Bancoult, leader du Groupe Réfugiés Chagos, ne cache pas son soulagement : «Encore une fois, la vérité a triomphé. C’est une réponse claire à ceux qui tentent de saboter ce processus de restitution.»

La Chagossian Voices, qui milite pour la reconnaissance et la défense des droits du peuple chagossien en tant que peuple autochtone déplacé de force, reste prudente, nous explique Richard Ally, l’un de ses membres. «La déclaration de Trump n’est pas surprenante, les États-Unis ayant déjà exprimé leur soutien en mai 2025. Chagossian Voices continuera d’œuvrer pour des améliorations dans la mise en œuvre de l’accord, notamment sur la représentation des Chagossiens, la gestion du fonds fiduciaire, la réinstallation et les visites dans les îles. Nous ne sommes pas opposés à la sécurité, à la coopération ni à la paix. Toutefois, ces objectifs ne doivent pas se faire au prix de l’effacement d’un peuple autochtone ou du report indéfini de la justice. Le développement ne peut être légitime s’il se construit sur l’exclusion, le silence et des injustices historiques toujours en cours.»

Les Maldives insistent

Une séance spéciale s’est tenue à la Chambre des Lords à Londres, le mercredi 4 février, en présence d’experts et de membres du Joint Committee on Human Rights. Consacrée aux droits des Chagossiens, elle a porté sur le respect du droit international et la protection des droits humains. Les experts ont souligné les insuffisances du deal, estimant qu’il ne garantit pas pleinement les droits des Chagossiens, notamment en matière de consultation, de retour et de réparations, face à des impératifs avant tout stratégiques.

Si le soutien américain a rassuré certains acteurs, l’accord ne fait pas l’unanimité. À l’échelle régionale, les Maldives ont exprimé leur désaccord, revendiquant leur droit sur l’archipel des Chagos. Au Parlement, le président maldivien Mohamed Muizzu a indiqué que le gouvernement avait officiellement soumis des objections au Royaume-Uni les 8 novembre 2024 et 18 janvier 2026, exprimant son «rejet de cette décision» et son intention d’annuler une lettre envoyée par l’ancien président Ibrahim Mohamed Solih à Maurice le 22 août 2022, qui reconnaissait la souveraineté mauricienne sur l’archipel. Mohamed Muizzu a également précisé que des procédures judiciaires avaient été engagées afin de récupérer la zone maritime perdue à la suite de la décision du Tribunal international du droit de la mer.

La réaction de Londres, tombée le 6 février, a rappelé que la question de la souveraineté de l’archipel relève exclusivement des relations entre le Royaume-Uni et Maurice. «Plusieurs tribunaux, décisions et institutions ont clairement établi que la question de la souveraineté de l’archipel des Chagos concerne le Royaume-Uni et Maurice», a souligné le Foreign Office dans un communiqué.

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