Prolongation de l’épreuve de force ! Et c’est le flou qui persiste. Chaque camp affûte sa stratégie, mobilise ses partisans et tente de démontrer sa puissance.
D’un côté, les députés mauves – désormais désignés comme la «bande des 15» – donnent rendez-vous à la prochaine Assemblée des délégués, le 11 avril, pour ratifier la décision prise à une large majorité par le Comité central (49 voix contre 2) en faveur du maintien du MMM au gouvernement.
De l’autre, un Bérenger des grands jours, acclamé par une foule hétéroclite mêlant militants, curieux, figures politiques, déçus de tous bords, Bérengistes et anciens du MMM. Tous rassemblés sous la large ombrelle des Mauriciens, auxquels le leader du MMM a lui-même fait appel pour le rassemblement de ce samedi.
Alors que l’on s’attendait à un début de clarification sur la posture du leader du MMM, celui-ci a choisi de prolonger le flou en avançant quatre options pour la suite : (i) rester au gouvernement avec une tendance minoritaire (ii) se présenter devant l’Assemblée des délégués avec une liste mise à jour en reformulant la question : rester dans l’Alliance du changement avec ou sans Bérenger ? (iii) engager une bataille légale, ce dont il reconnaît lui-même que ce sera difficile, et (iv) créer un nouveau MMM en favorisant une alliance avec les forces progressistes du pays en marge des prochaines législatives.
Conclusion : le pays semble parti pour deux semaines supplémentaires de crise, de tractations, de lobbying et de critiques fratricides, dans l’attente de l’Assemblée des délégués – instance-clé appelée à décider de l’avenir du MMM, que la «bande des 15» estime acquise à sa cause.
Après les dérapages et les propos condamnables de Gunness et de ses alliés suite à la démission de leur leader comme Deputy Prime Minister, ces derniers ont revu leur communication en choisissant le consensuel Uteem comme porte-parole, celui-ci recentrant le débat autour du respect de la Constitution du parti, à travers ses instances et ses mécanismes démocratiques.
C’est ainsi que la «bande des 15» peut revendiquer une première bataille avec les 49 votes (obtenus lors du Comité central de vendredi dernier) qui s’alignent sur la décision du Bureau politique mauve visant à poursuivre leur aventure au gouvernement. Tous les regards sont désormais tournés vers le 11 avril, où une Assemblée se tiendra dans un nouveau contexte post-démission de Bérenger. Les délégués se montreront-ils solidaires de leur chef ou celui-ci se retrouvera-t-il en minorité, et contraint alors redéfinir son avenir politique ?
Pour l’heure, le leader mauve continue d’entretenir le doute, que ce soit sur sa propre position parlementaire ou sur celle des deux élus qui l’ont suivi (Joanna Bérenger et Chetan Baboolall) ; les trois qui, précise-t-il, ne seront pas présents lors de la prochaine séance parlementaire en attendant une précision sur leur nouvelle place à l’Assemblée nationale. Après avoir affirmé que le poste de leader de l’opposition ne l’intéresse pas, Bérenger a semé le trouble en évoquant la possibilité d’une élection partielle au n°19 comme moyen d’éclaircir la situation.
Une hypothèse difficile à croire avec tout le risque et l’incertitude électorale qu’une telle démarche comporte, alors même que le leader du MMM peut continuer, depuis son siège d’élu, à peser sur l’échiquier politique.
Et pendant que les stratégies s’affrontent et qu’une crise interne à un parti majeur capte toute l’attention, les Mauriciens, eux, assistent impuissants à l’érosion de leur pouvoir d’achat.Deux augmentations en quelques jours – la bonbonne de gaz et le diesel – annoncent une série d’autres à venir, sur fond de tensions au Moyen-Orient qui rappellent brutalement notre vulnérabilité.
Alors que d’un camp à l’autre, on dit travailler pour le pays, c’est le citoyen lambda qui sort perdant dans n’importe quelle situation de rapport de force !