Elle a parlé d’une vie qui lui a échappé. Henna Auckloo, 33 ans, a évoqué une existence figée depuis le 14 septembre 2017. Ce jour-là, Indurduth Auckloo, 63 ans, est retrouvé sans vie dans sa maison de Cité St-Luc, à Forest-Side. Son corps, dissimulé sous une couverture, porte plusieurs blessures à l’arme blanche. Son fils Akash Auckloo est soupçonné de l’avoir agressé mortellement. Le lendemain il sera retrouvé pendu à Camp-des-Ambrevades, à Pamplemousses. Henna Auckloo, elle, est sa belle-fille. Et elle a été reconnue coupable, à une majorité de huit jurés contre un, de complicité dans l’homicide involontaire (manslaughter) de son beau-père, cette semaine.
Ce vendredi 17 juillet, elle s’adresse à la Cour d’assises avant les plaidoiries sur la peine devant la juge Prameeta Goordyal-Chittoo (la décision concernant son temps d’emprisonnement sera rendue à une date ultérieure). Elle clame, une nouvelle fois, son innocence : «Mo ankor krwar dan mo linosans. Mo pou kontign lager pou mo linosans.» C’est à la demande de son avocat, Me Navin Ramchurn, assisté de Mes Hamid Jaggoo et Pallavi Ancharaz, que la jeune femme revient sur son parcours, son enfance et son diplôme en health care. Elle évoque le décès de son époux Akash Auckloo, explique n’avoir jamais pu accomplir les rites funéraires, parle de la disparition tragique de sa sœur en 2020, ainsi que de la dépression dans laquelle sa mère s’est progressivement enfermée après ce drame. «Depi 2017 ziska zordi, mo pa’nn reisi viv enn lavi normal», confie-t-elle. Pour la jeune femme, malgré le verdict rendu par le jury, le combat judiciaire est loin d’être terminé.
La poursuite, à travers Me Audrey Stephen, Principal State Counsel, a, elle, rappelé que si l’accusée ne possède aucun antécédent judiciaire, plusieurs circonstances aggravantes doivent être prises en considération. Elle a notamment souligné l’absence de remords de la condamnée, sa participation au nettoyage des lieux ainsi qu’au déplacement du corps ; des gestes qui, selon l’accusation, visaient à égarer les enquêteurs. Une peine comprise entre 23 et 35 ans de réclusion a été proposée.
La défense a plaidé pour que la cour regarde aussi la femme derrière le dossier. Celle qui affirme avoir agi sous l’emprise de son mari au moment des faits. Depuis le début de cette affaire, Henna Auckloo soutient que c’est Akash Auckloo qui a mortellement agressé son père, à l’issue d’une violente dispute. Selon sa version, elle lui aurait remis un objet tranchant à sa demande, sans participer directement à l’agression.
Près de neuf ans après les faits, le dossier approche de son épilogue judiciaire. Reste désormais à la Cour d’assises de déterminer la peine qui sera infligée à Henna Auckloo.