Cinq ans après notre dernier passage au Caveau du Père Laval, alors marqué par un pèlerinage organisé sous les restrictions sanitaires liées à la Covid-19, nous sommes retournés sur place. Cette année, le sanctuaire accueille une nouveauté : un chemin de croix composé de 14 sculptures en bois, inauguré et béni le 23 août dernier.

Installées devant l'église de Sainte-Croix, ces 14 stations invitent les visiteurs à un moment de recueillement avant qu’ils ne poursuivent leur chemin vers le caveau. Le pèlerinage 2026 est placé sous le thème «Ensam ek Père Laval pou enn sosiete pli zis ek fraternel». Au fil de notre visite, nous sommes allés à la rencontre de celles et ceux qui, chaque jour ou chaque année, font vivre ce lieu de pèlerinage. Du menuisier à l'origine du nouveau chemin de croix au marchand de fleurs, en passant par la responsable de la Procure, une jeune engagée au service de l'Église, des pèlerins de différentes confessions et un fidèle venu de La Réunion, tous nous racontent, à leur manière, le lien qui les unit au Père Laval.


Derrière le nouveau chemin de croix se cache le savoir-faire de Christian Domingue. À 52 ans, ce menuisier-ébéniste de Bel-Air-Rivière-Sèche travaille le bois depuis toujours. Son père et son grand-père tenaient déjà l'atelier familial, fondé en 1975, où il a passé une bonne partie de son enfance. Aujourd'hui encore, il parle de son métier avec la même simplicité. Si l'entreprise fabriquait autrefois principalement des meubles de mariage dans le style Louis XV, lui a progressivement apporté une touche plus contemporaine. «J'aime le style organique», confie-t-il. En 2019, un grave accident de travail lui coûte trois doigts. Cette épreuve bouleverse sa vie et le rapproche de sa foi. Accompagné par le père Yudesh durant sa convalescence, il offre ensuite un fauteuil à l'église de Bel-Air en signe de reconnaissance, avant de réaliser d'autres œuvres pour plusieurs églises de Maurice et de Rodrigues. En février 2025, le père André Sunassee lui confie la réalisation du nouveau chemin de croix. Pendant plusieurs mois, Christian Domingue donne ainsi vie aux 14 stations ainsi qu'à une sculpture du Christ qui accueille aujourd'hui les pèlerins à l'entrée du parcours. En août dernier, il revient à Sainte-Croix pour installer l'ensemble avec son épouse Marie-Noëlle et leurs deux enfants, Cécile et Cédric. Malgré l'importance du projet, Christian Domingue reste d'une grande modestie. Il parle peu de son talent, davantage du travail accompli. Plus habitué à l'atelier qu'à la lumière, il avoue avoir du mal à réaliser l'ampleur de ce projet. «Je n'aurais jamais imaginé qu'un jour mes œuvres seraient vues par autant de personnes.» Son souhait est simplement que les pèlerins prennent le temps de s'arrêter devant chaque station. Avant de conclure, avec la même humilité : «Je remercie le père André Sunassee et le père Patrick Polydor pour leur confiance.»


À la Procure du Père Laval, Marie-Claude Zenopie accueille chaque visiteur avec la même douceur. Derrière son comptoir, elle conseille ceux qui cherchent un chapelet, une médaille, une statue ou une simple image en souvenir de leur passage. Et presque à chaque fois, la même phrase revient avec un sourire rassurant : «Ne vous inquiétez pas, c'est déjà béni.» Voilà bientôt 25 ans qu'elle travaille au sanctuaire. Mais son histoire avec le Père Laval remonte à bien plus loin. «Je suis née ici.» Sa maison se trouvait autrefois juste à côté du caveau où son père était cuisinier pour les prêtres. «Les gens nous appelaient les enfants du Père Laval. Toute notre vie tournait autour de lui.» Elle a vu le sanctuaire évoluer au fil des années, sans jamais perdre ce qui, selon elle, fait son âme. «J'ai toujours ressenti une atmosphère calme et paisible ici.» Petite, elle attendait avec impatience l'arrivée du pèlerinage. Les installations des lumières annonçaient la fête. «C'était un peu comme attendre Noël. Avec mes frères, on s'asseyait devant la maison pour regarder les pèlerins passer.» Ces souvenirs se mêlent aujourd'hui à ceux des milliers de visiteurs qu'elle accueille chaque année. Des malades, des familles, des croyants de toutes confessions. «Le Père Laval appartient à tout le monde. C'est un patrimoine de Maurice.» Elle dit avoir été témoin de nombreux récits de guérisons. Elle évoque aussi sa propre histoire. Son fils souffrait d'asthme depuis son plus jeune âge. «J'ai fait une neuvaine au Père Laval pour lui. Aujourd'hui, il va très bien.» Très émue par le nouveau chemin de croix, elle rappelle que le bienheureux Jacques-Désiré Laval accordait lui-même une grande importance à la croix. Son message s'adresse aujourd'hui à tous les Mauriciens : «Prions beaucoup, surtout pour nos jeunes qui tombent dans les fléaux d'aujourd'hui. Et gardons cette unité que nos grands-parents nous ont transmise.»




Impossible de rejoindre le Caveau du Père Laval sans croiser Didier Chaton. Sur son vélo, des bouquets de fleurs à la main, il lance, avec le sourire, son habituel : «Enn ti fler, madam ?» Une scène que les habitués connaissent bien. Depuis l'âge de 14 ans, il vend des fleurs devant le sanctuaire. «Mo fer sa travay-la avek leker kontan.» S’il est peintre en carrosserie de profession, c'est ici qu'il dit se sentir le plus à sa place. «Mo pli kontan vinn isi, koz ar dimounn ek vann mo bann fler.» Chaque matin, dès 5 heures, il prend le bus jusqu'à Crève-Cœur pour acheter ses fleurs avant de revenir à Sainte-Croix. Une tradition qu'il a héritée de son père, Clency Chaton, qui exerçait déjà cette activité. Même les feuilles qui entourent les bouquets, qu'il appelle «fey lakok», il va les couper lui-même à L’Espérance. Au fil des années, Didier est devenu un témoin privilégié des histoires qui entourent le Père Laval. «Mo finn tann boukou temwagnaz.» Il se souvient notamment d'un pèlerin venu de La Réunion pour remercier le bienheureux après la guérison de sa fille atteinte d'un cancer. «Per Laval enn vre dokter. Linn fer bokou mirak.» Pour lui, peu importe les croyances, une chose est certaine : «Lemond antie vinn priye isi.»

À 25 ans, Stacy Parsooramen fait partie de cette nouvelle génération qui s'engage pleinement dans la vie de l'Église. Membre de la chorale depuis l'âge de 11 ans, elle est aujourd'hui très active au sein de l'Équipe d'animation pastorale (EAP) de la cathédrale Saint-Louis, à Port-Louis. Cette année, le pèlerinage prend une dimension toute particulière pour elle. En 2027, elle représentera le diocèse de Port-Louis aux Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ), à Séoul, en Corée du Sud. «Faire partie de cette délégation est une grande joie et une responsabilité.» À ses yeux, le Père Laval continue d'inspirer les jeunes d'aujourd'hui. «On entend souvent dire que les jeunes s'éloignent de la foi. Pourtant, nous sommes déjà nombreux à nous préparer pour les JMJ et ce cheminement montre qu'il existe un véritable intérêt pour la foi.» Ce mardi 8 septembre, la cathédrale Saint-Louis sera l'un des principaux points de rassemblement avant le départ vers Sainte-Croix. Dès 17h30, prières et chants précéderont la marche. «Tout le monde est le bienvenu. Venez nous rejoindre pour marcher ensemble jusqu'au Caveau du Père Laval. Faire ce premier pas, c'est déjà beaucoup.» Son message fait écho au thème retenu cette année. «Malgré tout ce qui se passe dans notre société, nous devons marcher ensemble, comme une seule nation. Notre société est durement touchée par le fléau de la drogue, mais si chacun apporte sa pierre à l'édifice, nous pourrons construire une société plus juste et plus fraternelle.»