Il est parti et il a conquis. Le Mauricien Ajmal Bhojul a inscrit son nom dans l’histoire du sport mauricien en décrochant un titre de champion du monde de jiu-jitsu brésilien lors des SJJIF World Brazilian Jiu-Jitsu Championships 2026 qui prend fin ce dimanche à Tokyo, au Japon. Le jiujiteiro quadricolore a remporté la médaille d’or le jeudi 3 septembre après un parcours impressionnant dans le concours no-gi (sans kimono), division open, ceinture marron.
L’athlète de la Mauritius Brazilian Jiu-Jitsu Federation (MBJJF) est monté sur la plus haute marche du podium devant les Japonais Dai Gotou, deuxième et médaillé d’argent, Naoya Kosaka et Takayuki Seki, troisième et médaillé de bronze. En plus de sa couronne mondiale, Ajmal Bhojul a également remporté deux médailles d’argent, notamment en no-gi et gi (avec kimono), où il s’est incliné face au Japonais Dai Gotou en finale -88 kg. Il a aussi décroché une médaille de bronze après sa troisième place dans le concours open en gi.
Un parcours remarquable pour cet élément de la Special Mobile Force qui en était à sa première expérience mondiale. «C’est un rêve qui se réalise. J’ai toujours voulu représenter mon pays à un championnat du monde et monter sur le podium. Par la grâce de mon créateur, je l’ai fait du premier coup. Il n’y a pas de mots pour exprimer ce qu’on ressent après la victoire, de monter sur un podium, d’entendre notre hymne national tout en voyant flotter notre drapeau quadricolore devant tous ces pays. J’ai encore des frissons», commente Ajmal Bhojul au lendemain de son sacre.
Cette quête mondiale, notre compatriote la caressait depuis longtemps, inspiré par son mentor Tawfiq Jaunbocus, champion du monde de 2017, celui qui l'a initié à la discipline. Après Tawfiq Jaunbocus (2017) et Kailash Patan (2017 et 2022), il est le troisième Mauricien à décrocher un titre mondial dans ce sport, la preuve de la bonne santé du jiu-jitsu brésilien mauricien, malgré le peu de soutien financier dont dispose la MBJJF.
Sacrifice personnel
Malgré quelques obstacles financiers qui auraient pu le freiner, notamment lorsque sa fédération a perdu la reconnaissance de l’État mauricien, il a persévéré pour financer son déplacement au Japon, et tenter de réaliser son rêve. Le champion a même dû faire un sacrifice personnel !
«J’ai vendu ma voiture pour pouvoir réaliser mon rêve. Ce n’était pas évident, mais c’est une décision que je ne regrette pas, car je sentais que le coup était jouable. Je croyais en mes capacités et je savais, au fond de moi, que je pouvais atteindre le podium. Je dis un grand merci à mon créateur, à la MBJJF pour son soutien indéfectible, à ma famille qui a toujours cru en moi, même si elle a un peu peur quand je me blesse, à mes amis et à mon employeur, la Mauritius Police Force, qui a toujours cru en notre potentiel », confie le champion du monde. Il remercie également Sign Tuning, Zaika Chicken, Iglo Aluminium, Tipo Grill et Sultan Retail.
L’histoire d’Ajmal Bhojul avec le jiu-jitsu brésilien commence à l’âge de 15 ans. C’est son institutrice, Shaheen Jaunbocus, qui lui fait découvrir la discipline en le mettant en contact avec Tawfiq Jaunbocus. Le jeune garçon accroche immédiatement et se prend de passion pour ce sport, tout en voyant en son entraîneur un modèle à suivre.
«Il a été un exemple pour moi et j’ai toujours essayé de le copier. Ses précieux conseils m’ont aussi beaucoup aidé. J’emmenais mon kimono avec moi au collège à Flacq et, après les classes, je partais m’entraîner à Médine Camp de Masque. Après les entraînements, mon père venait me récupérer. Sinon, je faisais le trajet jusqu’au domicile familial à Bel-Air-Rivière-Sèche à vélo», raconte-t-il.
Des années plus tard, le champion du monde entend à son tour transmettre ce qu’il a appris. Aujourd'hui marié et père de deux enfants, Ajmal Bhojul est entraîneur au club de Brisée -Verdière, où il encadre une quinzaine de jeunes les mardis et vendredis, de 18h30 à 20h30. Pour lui, cette transmission va bien au-delà de la pratique sportive : il s’agit aussi d’inculquer des valeurs, de former les jeunes et de leur offrir un cadre susceptible de donner un sens à leur parcours.
Après ce titre mondial, le jiujiteiro ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Conscient qu’il a encore de beaux jours devant lui, il entend poursuivre sa quête d’autres titres internationaux, tant en jiu-jitsu brésilien qu’en arts martiaux mixtes (MMA) qu’il pratique également.
Sa participation aux Mondiaux de Tokyo lui a permis de voir où se situe le niveau mauricien face aux autres pays. «Le niveau est certes très élevé, mais nous ne sommes pas loin non plus. Il faut savoir que dans certains pays, le jiu-jitsu brésilien est présent depuis bien des années alors que nous sommes un peu les nouveaux venus, mais cela ne nous empêche pas de rivaliser avec les grandes nations. Bien sûr, si nous avons plus de soutien, nous serons en mesure de faire encore plus rayonner la République de Maurice sur la scène internationale», conclut Ajmal Bhojul.
D’autres médailles pour Maurice
La MBJJF a aligné une équipe de sept combattants à ces Championnats du monde. Hormis Ajmal Bhojul, les autres membres de la sélection mauricienne ont aussi brillé en terre japonaise lors de la journée de jeudi. Dans le concours no-gi, Naseef Abdool Rahman a décroché la médaille d’argent chez les mi-lourds masters 35 ans, ceinture bleue. Tawfiq Jaunbocus se contente de la médaille de bronze chez les poids plume masters 46 ans, ceinture noire. Irfaan Banny monte lui aussi sur la troisième marche du podium en mi-lourd masters 36 ans, ceinture mauve. Udhin Hassan, en poids léger, 18 ans, ceinture mauve, et Zainuddine Toumun, en super lourd, 18 ans, ceinture bleue, ont également obtenu le bronze.