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Corinne Dupré

«Mon AVC a changé ma vie, mais il ne m’a pas enlevé l’envie de vivre»

8 septembre 2026

Corinne avec ses deux enfants : Gregory et Lucie.

«J’ai dû réapprendre à vivre. Après l’AVC, j’ai dû tout reconstruire. Au début, j’étais en fauteuil roulant. Ensuite, j’ai utilisé un déambulateur. Aujourd’hui, je marche avec une canne. Le chemin a été long. Très long...» Témoignage poignant d’une survivante d’un accident vasculaire cérébral.

Le corps perd soudainement le contrôle. Et dans bien des cas, un côté du visage s’affaisse, le sourire devient asymétrique. Un bras ou une jambe s’engourdit, s’affaiblit ou refuse tout simplement de répondre. Les mots deviennent difficiles à trouver, la parole se brouille, parfois impossible à comprendre. Quand ce mal frappe, la vision peut aussi se troubler ou disparaître d’un œil. Certains ressentent de violents vertiges, perdent l’équilibre ou peinent à marcher. Parfois, un mal de tête soudain et inhabituel apparaît. Selon les cas, ces signes peuvent survenir séparément ou plusieurs à la fois, et le message du corps est alors clair : quelque chose vient de se passer dans le cerveau et l’urgence est absolue. C’est un accident vasculaire cérébral (AVC).

Corinne Dupré, 50 ans, a vécu cela et si elle a choisi de témoigner, c’est parce qu’elle entend trop de personnes être victimes d’un AVC ces derniers temps et aussi parce qu’elle est consciente qu’elle revient de loin et qu’elle aurait pu ne plus être de ce monde aujourd’hui. «Je suis maman de deux enfants : Greg, 27 ans, et Lucie, 23 ans. J’avais 40 ans quand c’est arrivé. Avant mon AVC, j’étais une femme très active. J’aimais la vie et ses excès. J’étais indépendante, toujours prête à travailler et à relever de nouveaux défis. J’ai eu plusieurs expériences professionnelles, notamment dans l’hôtellerie, les centres d’appels et la formation. J’aimais être entourée, travailler, aider les autres et surtout me sentir indépendante. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, en quelques secondes, tout cela allait changer», nous confie Corinne Dupré.

C’est le 9 avril 2017 que sa vie a complètement basculé. «Ce jour-là, vers 5 heures du matin, j’étais seule à la maison. Je m’apprêtais à aller prendre une douche. Et puis, soudainement… le trou noir. À 6h30, mon fils Greg, qui avait alors seulement 17 ans, est arrivé à la maison. Il m’a retrouvée inconsciente, par terre, dans une flaque d’eau. Il a fait preuve d’un sang-froid extraordinaire. Sans paniquer, il m’a prodigué les premiers soins en attendant l’arrivée des secours. La situation était particulièrement difficile pour les secours, car je me trouvais au premier étage et je pesais alors 103 kilos. J'étais inconsciente et il fallait réussir à me transporter jusqu’à l’ambulance. Ma vie venait de basculer en quelques instants», nous confie cette mère de famille en revenant sur le terrible drame qui a affecté toute sa vie.

«J’ai été transportée à l’hôpital et admise aux soins intensifs, toujours inconsciente. J’ai passé une semaine dans le coma et environ quatre mois en soins intensifs. J’avais perdu la parole. J’étais complètement paralysée du côté droit et j’avais trois veines rompues dans la tête. Les médecins ne pensaient pas que j’allais survivre», raconte Corinne avec émotion tout en poursuivant son récit : «Lorsque ma famille est arrivée à l’hôpital, la doctoresse May leur a expliqué que mon état était extrêmement grave. Selon les pronostics qui leur avaient été communiqués, il y avait 98 % de risque que je ne survive pas. Ma famille souhaitait me transférer dans une clinique. Mais la doctoresse leur a conseillé de me laisser à l’hôpital, car toutes les machines nécessaires étaient disponibles pour tenter de me maintenir en vie et me donner une chance de survivre.»

Course contre la montre

Chaque minute après l’AVC de Corinne a été une véritable course contre la montre. «Pendant plusieurs semaines, je suis restée branchée aux machines. Après environ un mois, la doctoresse a annoncé à ma famille qu’elle avait finalement réussi à me mettre hors de danger. Mais le plus difficile ne faisait que commencer. Du jour au lendemain, je ne pouvais plus rien faire seule. Imaginez une femme qui faisait tout par elle-même et qui, du jour au lendemain, se retrouve alitée, sans voix, incapable de s’exprimer et dépendante des autres pour les gestes les plus simples. C’était ma nouvelle réalité. Je devais tout réapprendre. Marcher. Parler. M’exprimer. Faire confiance à mon corps. Pendant mes quatre mois à l’hôpital, mes journées étaient souvent rythmées par l’attente. J’attendais mes proches. J’attendais mes enfants. Mais le plus douloureux, c’était de les voir devant moi sans pouvoir leur parler. Je voulais leur dire tellement de choses, mais les mots ne sortaient pas», poursuit Corinne.

Mais dans tous ses malheurs, elle a pu, dit-elle, compter sur les bonnes personnes : «Heureusement, j’ai été entourée par une équipe d’infirmières extraordinaires, toujours aux petits soins avec moi. La doctoresse était également très présente et prenait le temps de m’expliquer les différentes étapes de ma reconstruction. Les orthophonistes et les kinésithérapeutes venaient régulièrement pour commencer ma rééducation. Petit à petit, il fallait reconstruire ce que l’AVC avait détruit. Après ma sortie des soins intensifs, je suis allée vivre chez mes parents. Mon fils est venu avec moi pour m’aider. Ma fille, elle, a dû déménager chez son père. La vie de toute ma famille avait changé.»

Et avec son fils, un lien encore plus fort s’est noué dans l’adversité, : «Greg, qui n’avait alors que 17 ans, a dû arrêter ses études pour prendre soin de moi. Il devait m’aider à me doucher, me donner à manger, changer mes couches et m’aider dans les gestes les plus intimes du quotidien. Pour une maman, vivre cela est extrêmement difficile. Voir son propre enfant devoir s’occuper de vous alors que c’est normalement vous qui devez prendre soin de lui est une douleur difficile à expliquer. J’étais sa maman. Et pourtant, c’était lui qui devait prendre soin de moi. Ma fille venait me rendre visite environ trois fois par semaine. Sa présence était également très importante pour moi. Pendant toute ma première année après l’AVC, j’ai continué la kinésithérapie et la rééducation.»

Une battante

Ne pas jeter les armes, se battre était important pour Corinne : «Malgré tout ce qui m’était arrivé, une chose n’avait pas changé chez moi : mon caractère de battante. Le lendemain de ma sortie de l’hôpital, mon fils m’a préparée pour sortir. Il m’a emmenée faire du shopping à Bagatelle, en fauteuil roulant. Cela peut sembler être une petite chose. Pour moi, c’était énorme. Après des mois passés à l’hôpital, après avoir été alitée et avoir perdu une grande partie de mon autonomie, me retrouver dehors, dans un centre commercial, avec mon fils, c’était ma première petite liberté retrouvée. Et je me suis dit que, malgré tout, j’allais continuer à me battre.»

Pendant sa rééducation, Corinne a aussi, contre toute attente, rencontré l’amour : «Au milieu de cette période difficile, alors que j’étais encore en pleine rééducation et que je devais réapprendre à vivre avec mon nouveau corps et mes nouvelles limites, j’ai rencontré quelqu’un. Je ne pensais pas qu’après tout ce que j’avais vécu, quelqu’un pourrait m’accepter avec mes difficultés, mes séquelles et mes changements. Mais lui l’a fait. Il m’a acceptée telle que je suis. Il n’a pas regardé uniquement mon handicap. Il a vu la femme derrière la maladie, la femme qui se battait pour retrouver sa vie. Il a accepté mes moments difficiles, mes limites, ma canne, mes séquelles et toutes les choses que l’AVC avait changées en moi. Et surtout, il est toujours là aujourd’hui. Cette rencontre a été une nouvelle preuve que la vie peut nous surprendre, même après les épreuves les plus douloureuses.»

Chaque jour est, pour Corinne, une bataille : «J’ai dû réapprendre à marcher et à parler. J’ai aussi dû réapprendre à croire que je pouvais encore être aimée, désirée et acceptée telle que je suis. Cette personne m’a donné une belle leçon : un handicap ne retire ni notre valeur, ni notre féminité, ni notre droit d’aimer et d’être aimée. J’ai dû réapprendre à vivre. Après l’AVC, j’ai dû tout reconstruire. Au début, j’étais en fauteuil roulant. Ensuite, j’ai utilisé un déambulateur. Aujourd’hui, je marche avec une canne. Le chemin a été long. Très long.»

Aujourd’hui, après avoir traversé une grosse tempête, Corinne va mieux. «J’ai encore des séquelles. Mon côté droit reste handicapé et ma vision s’est progressivement détériorée. Je ne peux plus faire tout ce que je faisais avant. Certaines choses nécessitent encore l’aide d’une autre personne. Mais j’ai appris à ne pas avoir honte de mes difficultés. Ma canne ne représente pas ma faiblesse. Elle représente mon combat. Chaque fois que je marche avec elle, je me rappelle d’où je viens. L’AVC m’a appris à regarder la vie autrement. Avant, je pensais que la vie était faite de grands projets, de travail, de sorties et de toutes ces choses que l’on considère comme normales. Aujourd’hui, je sais que les choses les plus simples sont parfois les plus précieuses. Pouvoir me lever, pouvoir faire quelques pas, pouvoir parler, pouvoir rire avec mes enfants, pouvoir sortir et pouvoir simplement ouvrir les yeux le matin», nous dit Corinne.

Depuis, elle voit définitivement la vie différemment : «Avant, je cherchais les grandes victoires. Aujourd’hui, mes petites victoires sont devenues mes grandes victoires. Cette épreuve m’a appris que la vie peut changer en quelques secondes et qu’il ne faut jamais prendre sa santé pour acquise. Après ce qui m’est arrivé, j’ai compris que je devais prendre davantage soin de moi. Je fais plus attention à mon alimentation, à mon poids et à mon hygiène de vie. Je fais de l’activité physique selon mes possibilités et je suis beaucoup plus attentive à mon suivi médical. Avant, je pensais que prendre soin de soi pouvait attendre. Aujourd’hui, je sais que notre santé ne doit jamais passer en dernier.»

Si elle a choisi de raconter son histoire, c’est pour que son expérience puisse servir à quelqu’un d’autre, dit-elle : «Si mon histoire peut sauver une seule vie, alors toutes les difficultés que j’ai traversées auront eu un sens. Je veux rappeler qu’un AVC peut toucher n’importe qui et qu’il ne faut jamais ignorer les signes. Il faut écouter son corps. Il faut faire ses contrôles médicaux. Il faut surveiller sa tension, son alimentation, son cholestérol et son hygiène de vie. Et surtout, lorsqu’un signe anormal apparaît, il ne faut pas attendre. Chaque minute compte. Moi, j’ai eu une deuxième chance. Je sais que tout le monde n’a pas cette chance.»

A-t-elle un message pour les Mauriciens ?

«Je leur dirais : prenez soin de vous avant que votre corps ne vous oblige à le faire. Ne remettez pas votre santé à demain. Écoutez votre corps. Faites vos contrôles. Prenez soin de votre cœur et de votre santé. Et surtout, apprenez à reconnaître les signes d’un AVC. Si votre visage tombe d’un côté, si un bras devient faible, si votre parole devient inhabituelle ou si quelque chose vous semble anormal, n’attendez pas que cela passe. Cherchez immédiatement de l’aide. Parce que moi, je sais ce que cela signifie de voir sa vie changer en quelques secondes», souligne cette battante qui a fait de ses épreuves une arme.

«Aujourd’hui, neuf ans après mon AVC, je suis toujours là. Je ne suis plus la Corinne d’avant. Mais je suis là. Je marche. Je souris. Je me bats. Je vis. Je suis une maman. Je suis une femme. Je suis une survivante. Et chaque matin, quand j’ouvre les yeux, je me rappelle une chose : j’ai survécu. J’ai encore une histoire à raconter. Mon AVC a changé ma vie. Mais il ne m’a pas enlevé l’envie de vivre. J’ai perdu beaucoup de choses le 9 avril 2017. Mais j’ai aussi découvert une force que je ne connaissais pas en moi», conclut Corinne, qui aujourd’hui, plus que jamais, écoute son corps qui a tenu tête à un AVC.

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