À Sainte-Croix, les pas se font prières. Depuis ce mardi 8 septembre, une marée de fidèles converge vers le caveau du Bienheureux Jacques-Désiré Laval, à l’occasion de sa fête, célébrée aujourd’hui, mercredi 9 septembre. Une grande marche placée sous le signe de la foi, du recueillement et du partage, qui a transformé les rues en véritable chemin de spiritualité.
Tout au long du parcours vers le caveau à Sainte-Croix, les prières se mêlent aux animations spirituelles. Et depuis les dernières heures, jeunes et moins jeunes, familles et groupes de fidèles de toutes les confessions avancent ensemble, portés par une même ferveur. Et aux alentours du caveau, l’ambiance est particulière. Le quartier vibre, les voix s’élèvent et les bougies illuminent les visages. Entre messes, chants et temps de prière, chacun vient déposer une intention, rendre grâce ou simplement chercher un peu de paix auprès de celui que les Mauriciens surnomment «l’Apôtre de Maurice». À Sainte-Croix, le pèlerinage vers le caveau du Bienheureux Jacques-Désiré Laval n’est pas seulement une marche de foi. Pour Mgr Jean Michaël Durhône, elle est aussi une image de l’Église et de la société que nous sommes appelés à construire : une société où l’on avance ensemble, sans laisser personne sur le bord du chemin. Marcher côte à côte, explique-t-il, c’est apprendre à écouter l’autre», à adapter son rythme, à s’arrêter lorsque quelqu’un peine et, surtout, à prendre soin les uns des autres. Une démarche qui, selon lui, résume l’héritage du Père Laval : «Kouma Per Laval, nou ekout seki bann dimounn pe viv. Kouma Per Laval, nou discerne… e kouma Per Laval, nou pran soin bann pli pov.» Mgr Durhône rappelle que le Père Laval avait su entendre le cri des anciens esclaves à son arrivée à Maurice en 1841. Il ne s’était pas contenté de leur annoncer l’Évangile : il avait pris le temps de les rencontrer, d’apprendre leur langue et de comprendre leurs blessures, leurs souffrances mais aussi leurs espérances. Cette capacité d’écoute, l’évêque invite à la renouveler aujourd’hui face aux maux qui traversent le pays : violences faites aux femmes, accidents de la route, violence dans les écoles, cyberharcèlement, propos racistes sur les réseaux sociaux, mais aussi drogue, alcool et suicide chez les jeunes. Face à ces réalités, il met en garde contre «le repli sur soi, la résignation ou l’indifférence». Pour lui, écouter doit conduire à agir. «Marcher ensemble dans l’Église à Maurice, c’est devenir une Église qui écoute, qui discerne et qui prend soin», dit l’évêque.
Dans son homélie, Mgr Durhône souligne aussi l’intuition du Père Laval d’avoir fait confiance aux laïcs, notamment à d’anciens esclaves, pour devenir catéchistes, accompagnateurs et responsables de communautés. «Les missionnaires auprès des pauvres sont les pauvres eux-mêmes», rappelle-t-il en évoquant cette vision profondément novatrice du missionnaire.
Aujourd’hui encore, l’Église veut discerner comment se mettre au service des plus vulnérables, notamment à travers des initiatives contre la drogue, l’alcool, le suicide, les violences et les discriminations. Enfin, Mgr Durhône rappelle que la foi ne peut rester au stade des paroles. Elle doit se traduire en gestes concrets. «Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri», rappelle-t-il à travers le prophète Isaïe. Le message est limpide : marcher dans les pas du Père Laval, c’est marcher avec «les pauvres, les blessés de l’histoire, avec ceux dont la voix est peu entendue». Et tandis que onze services et ONG poursuivent, à Sainte-Croix, leur mission auprès des personnes touchées par la drogue, le suicide, l’alcool, les violences domestiques ou la prison, l’évêque lance un dernier appel : «Demandons au Seigneur la grâce d’écouter, de discerner et de prendre soin à l’exemple du Père Laval», pour construire ensemble «une société plus juste et fraternelle».